Même avant l’arrivée du Covid-19, l’année 2020 n’était pas favorable à l’essor de la mode. Les changements constatés dans les chaînes d’approvisionnement et chez les consommateurs poussent les marques à faire face à un avenir désorienté et à tenter de s’adapter à un système de mode qui n’existe plus.

Le « new normal » n’a pas de date d’expiration et pour survivre et évoluer, l’industrie doit se tourner vers internet afin de trouver de nouvelles idées créatives et commerciales, allant du développement de solutions de commerce électronique innovantes à l’investissement dans des influenceurs. Les priorités post-covidiennes sont également motivées par le désir d’éliminer les déchets textiles et de se concentrer sur la durabilité, tout en renforçant le sentiment de communauté créative dans le monde entier.


La première édition du projet Global Talents Digital a eu lieu au mois de juin, sous l’impulsion du Conseil russe de la mode et de la Mercedes-Benz Fashion Week en Russie. L’événement a rassemblé 50 créateurs de 20 pays différents, qui ont associé réalité augmentée, vêtements numériques et modèles virtuels. Le public a ainsi pu utiliser des QR codes pour explorer tous les looks en détail. TikTok a également été de la partie, en créant le hashtag #перезагружаюмоду (en anglais « rewiring fashion ») pour apporter plus de visibilité au projet. Avec près de 30 millions de vues à ce jour, le hashtag facilite la conversation entre les utilisateurs de la plateforme la plus jeune et la plus dynamique qui soit. Les 11 créateurs qui suivent ont tout d’un pari sûr pour l’avenir qui l’est moins ! 

 

Jake Liu @jakeliuxx (Australie)

Les vêtements multifonctions, transformables et unisexes sont la signature du style de Jake Liu, qui fait allusion dans ses créations au concept de déconstruction des stéréotypes modernes de la beauté. Sa collection No, Everlasting Eternity accueille la relation corps/tenue sans se conformer aux conventions de forme ou de style. Les pantalons scintillants, les tops en laine, les tuniques en soie et les corsets expriment une ambiance flamboyante et futuriste.


Regina Turbina @regina_turbina1 (Russie)

Ophelica est une collection entièrement numérique où les matériaux imaginaires côtoient des silhouettes classiques. Des mannequins cyborg sans visage défilent sur le podium dans des jeans larges en tie and dye psychédélique, mais aussi dans des imperméables qui rappellent les années 1990 et rendent hommage à la palette bleue iconique d’Yves Klein. Le mélange des tons et des textures, avec des empiècements de fourrure sur les pantalons et les vestes, synthétise les espoirs et les peurs du jour.


 

Florentina Leitner @florentinalight (Autriche) 

C’est une Cendrillon postmoderne qui a inspiré cette collection exubérante, pleine d’imprimés amusants, avec des tâches de dalmatiens et des visages de poupées, des fleurs et des formes géométriques. Le court-métrage de Marnik A. Boekaerts présentait des mannequins dans un château médiéval, s’affrontant lors de compétitions sportives de zumba ou de tir à la corde. Les robes à fleurs et les combinaisons bleu vif ont payé leur tribut aux idéaux de la mode britannique, investissant les grands halls, les anciennes chambres et les jardins luxuriants.


 

Vanesa Krongold @vanesakrongold (Argentine)

Imaginez que vous vous réveillez à côté de vous-même. C’est l’histoire de la collection Swamp and Psychedelia, qui raconte une renaissance toute en poésie et en féminité. Deux jumelles plongées dans un univers à la Suspiria, dotées de pouvoirs télékinétiques et télépathiques réalisent des mouvements rituels, vêtues de maxi robes légères en soie dans des couleurs psychédéliques. Le mélange de jacquard et de tissus high-tech accentue l’approche quasi magique de la collection, qui révèle des réalités auxquelles nous sommes peut-être volontairement aveugles.


 

ALKHANASHVILI @_alkhanashvili_ (Géorgie)

Il existe une différence entre accepter le changement et rejeter la stabilité. Et si certains étaient destinés à nager à contre-courant ? Dans son court métrage, la marque présente un long manteau gris futuriste qui étreint le corps d’un jeune homme errant dans la ville la nuit sur son skateboard. La collection Make Him Listen to Himself introduit une idéologie du vêtement masculin dans laquelle la tenue est une représentation exacte de ce que l’on ressent à l’intérieur. Les créateurs géorgiens luttent par ailleurs contre le poids de la censure à Tbilissi.


 

Annaiss Yucra @annaissyucra (Pérou) 

Certaines injustices sont trop grandes pour être oubliées. La créatrice de cette marque a trouvé son inspiration dans les histoires incroyables de résilience de deux femmes péruviennes. La première, Lina Medina, est devenue la mère la plus jeune du monde à l’âge de cinq ans. La deuxième est la grand-mère de la créatrice, qui a été vendue à l’âge de huit ans pour permettre à ses parents de rembourser une dette. La crise humanitaire de l’exploitation des jeunes filles sévit encore aujourd’hui. La collection a été présentée en collaboration avec Ivvany, première influenceuse virtuelle noire, afin d’éveiller les consciences face au racisme, aux inégalités de classe et aux standards de beauté pour les générations futures de femmes battantes.


 

Rabbithole @rabbithole.brand (Russie)

Le tricot n’est pas forcément synonyme de pulls de Noël, et c’est ce que montre cette collection. S’inspirant de la pratique militante du tricot urbain, Ekaterina Tsareva a créé sa collection brillamment inconsciente dans son utilisation d’ornements géométriques, de mini-jupes ultra-courtes, de pièces néo-romantiques et de combinaisons complexes entre couleurs et textures. Alors que la réalité numérique dicte des règles avant même que nous ne soyons prêts, il est rafraîchissant de combiner paradoxalement familiarité et originalité dans des motifs cosmiques, avec la volonté de prendre des risques comme seul moyen d’atteindre un esprit libre.


 

Linus Leonardsson @linusleonardsson (Suède)

Mêler fun et glamour peut être une manière d’accentuer des questions sociales telles que la démolition de la conformité aux normes de genre et l’importance de la durabilité des créations. Dans cette collection inspirée des années 1970, fête et fantaisie se rejoignent : des vêtements inspirés, fabriqués à partir de matériaux recyclés, pour assurer une pollution environnementale la plus faible possible. La collection Rare New World met en avant le conservatisme traditionnel sous l’assaut de forces culturelles opposées.


 

Rahel Guiragossian @rahelguiragossian (Suisse)

Abandonnant l’idée de saisons dans la mode, la créatrice se demande si les vêtements peuvent être créés pour durer des siècles durant, à l’image de l’art. L’attachement à l’héritage intergénérationnel apparaît dans son choix d’utiliser les peintures de son grand-père, de son père et de son frère pour ajouter une valeur sentimentale aux vêtements et aux accessoires. Les imprimés floraux abstraits aux traits vifs et aux nuances expressives s’enroulent autour du corps sans coupure, ce qui permet au créateur d’assurer une production sans déchets.


 

Guido Vera @guidoveracl (Chili) 

Le slogan de la marque « Simple design for complex minds » relie les principes commerciaux de la mode durable au patrimoine artisanal indigène et à la faune menacée des vastes paysages chiliens. La collection On the road. Issue 3 prend ses origines dans la ville légendaire de Punta Arenas, au bord du détroit de Magellan, entre Pacifique et Atlantique, et s’intéresse à la sécheresse provoquée par l’homme et autres catastrophes évitables. L’utilisation de fausse fourrure, d’accessoires sans déchets issus de matières plastiques recyclées et de coton péruvien naturel défend un look minimaliste conçu pour les nomades modernes.


 

Anciela @anciela_london (Colombie) 

La créatrice Jennifer Droguett Espinosa a participé à la transformation de la ville de Medellín, auparavant connue pour son taux de criminalité élevée, mais aujourd’hui transformée en un centre de la mode et de l’industrie textile colombiennes. Les vallées, les montagnes et les maisons colorées se retrouvent dans les textiles tissés et les imprimés, pour des vêtements conceptuels dotés de poches volumineuses et de détails remarquables faits à la main. La collection est la preuve que le changement social est possible grâce à l’effort communautaire. Par ailleurs, l’utilisation du fil NewLife, fabriqué à partir de plastiques recyclés récupérés dans l’océan, fait avancer le récit de la transformation et de l’espoir.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Stephan Rabimov

 

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