« Quoi qu’il en coûte ». L’affirmation du président de la République lors de son intervention télévisée du 12 mars dernier avait été rassurante. Face à un choc économique sans précédent, l’Etat s’engageait à ce que pas un euro ne manque aux entreprises touchées de plein fouet par la crise grâce au prêt.

Dans les jours qui ont suivi, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, annonçait un plan de sauvetage inédit de l’économie reposant sur un montant qui avait de quoi marquer les esprits : 300 milliards d’euros de garantie publique pour les emprunts bancaires à venir. De quoi redonner le moral aux entrepreneurs déjà submergés par une vague d’une hauteur gigantesque menaçant d’emporter leur activité et une grande partie de leur trésorerie.


Trois semaines plus tard, le scepticisme a remplacé l’enthousiasme suscité par l’annonce initiale. Les entreprises se sont certes ruées sur le dispositif. Au 5 avril dernier, 100 000 d’entre elles avaient déposé un prêt bancaire garanti par BPI France, pour un total supérieur à 20 milliards d’euros.

Mais rien n’autorise à penser à ce stade que tout le monde va pouvoir sucer ce bonbon alléchant mis en vitrine par le gouvernement sous l’intitulé de PGE (Prêt Garanti par l’Etat). A quoi faut-il réellement s’attendre en termes de distribution de crédit aux entreprises dans les prochaines semaines ?


Face à l’inquiétude montante de leurs dirigeants, une première mise au point a été faite mercredi dernier par les banques : seules les plus solvables des TPE et PME bénéficieront en priorité d’un traitement quasi-automatique de leurs dossiers.

Cela veut dire que sur les 260 000 entreprises actuellement cotées par la Banque de France, seules celles notées entre une solvabilité estimée « assez faible » et « excellente » – dans le jargon une note pouvant aller jusqu’à 5+ – feront partie du premier service.

Pour pouvoir croquer sa part de PGE, une entreprise devra ainsi montrer patte blanche. Celles qui n’entreront pas dans ces critères devront attendre, les établissements de crédit leur promettant un examen « au cas par cas ». Comprendre : avec un risque de refus non négligeable pour les plus mal notées ainsi que pour le million d’entre elles ne disposant pas d’une notation de la Banque centrale.

Comment alors savoir si vous allez vous casser les dents en déposant un dossier chez votre banquier ou si vous allez vous frayer un passage et obtenir votre crédit ?

Le raisonnement de votre banquier sera en définitive assez simple à comprendre.

Si vous êtes dans la catégorie des 85% environ de PME notées à un niveau suffisant par la Banque de France, vous n’aurez en principe guère de souci à vous faire. L’examen de votre dossier sera en principe allégé et votre demande a priori validée dans un délai court, qui pourrait être de 5 jours.

Si votre entreprise n’entre pas dans ce périmètre, il faut vous attendre à ce que votre réseau bancaire raisonne en confrontant les données de vos exercices antérieurs à celles de l’examen de la répercussion qu’a eu la crise sur votre activité et votre besoin en fonds de roulement.

Premier problème pratique : peu de TPE-PME pourront produire à leur banquier leur résultat comptable 2019, qui est rarement consolidé avant la fin du mois d’avril. Voire encore plus tard. En principe, les comités de crédit devraient alors s’en tenir à une prise en compte de votre bilan 2018, éventuellement vous demander un projet de résultat 2019 ainsi que votre projet initial de budget et votre plan de trésorerie anticipé pour le présent exercice.

On peut penser qu’un résultat excédentaire en 2018 combiné à la démonstration d’une chute d’activité circonstanciée et de grande ampleur sur février et mars dernier par rapport à l’année antérieure, vous met a priori dans de bonnes dispositions pour obtenir votre prêt.

La décision sera d’ailleurs plus décentralisée, et prise au niveau des conseillers commerciaux, les comités de crédit tels qu’organisés habituellement étant appelés à fonctionner en format plus « express ».

En principe, et même si le prêt n’est garanti qu’à 90% par l’Etat, ce qui amènera votre banque à se montrer attentive, pour ne pas dire vigilante puisqu’elle partage le risque, elle n’a pas vocation à vous demander en tant que dirigeant une caution personnelle. Certains réseaux bancaires l’ont fait dans les premiers jours qui ont suivi l’ouverture du PGE et se sont fait taper sur les doigts, avant de retirer cette pratique inadaptée aux circonstances…

Pas d’autre illusion cependant à vous faire : surtout s’il s’avère que vos difficultés remontent à une période d’avant la crise de covid-19. Dans cette hypothèse et malgré les cris d’orfraie déjà poussés par le MEDEF et son président Geoffroy Roux de Bezieux, il y a fort à craindre que les banques, craignant d’entretenir des entreprises qu’elles classeront dans la catégorie « zombies » – des entreprises ayant au moins dix ans d’âge et dont le revenu opérationnel est insuffisant pour couvrir leur charge d’intérêts pendant trois années consécutives, selon l’OCDE- ne vous ferment le robinet du crédit.

Un réflexe de survie pour elles alors qu’elles souffrent déjà considérablement, avec des chutes sur les marchés financiers de l’ordre de -50% au premier trimestre pour Société Générale, Crédit Agricole et BNP Paribas.

Si l’on remet d’ailleurs les choses en perspective s’agissant de l’aversion au risque des banquiers de l’hexagone, il faut se souvenir qu’avant même le déclenchement de la présente crise, nos sociétés figuraient déjà parmi les plus endettées des démocraties occidentales.

Un simple coup d’œil sur la dernière livraison en date de la Banque de France en février dernier atteste de cette fragilité des sociétés dites non financières : leur endettement demeure bien plus élevé que dans la moyenne des pays de la zone euro au 3ème trimestre 2019, avec un taux de 74,3% en moyenne, soit plus de 33 points de pourcentage de plus que celui constaté en Allemagne par exemple où le taux d’endettement des entreprises privées n’excédait pas 41,3% à la même période.

Le prêt garanti par l’Etat n’est pas une manne qui viendrait combler tous les trous de la cuirasse de notre économie. Elle intervient en réponse à un choc temporaire et avec l’objectif unique de couvrir le risque de sociétés en pleine santé financière avant la crise et exposées à celui de ne pas surmonter l’épreuve du coronarivus. Le tout dans un environnement des affaires à ce point dégradé qu’un pic de faillites pourrait de nouveau être atteint en 2020, la barre des 60 000 défaillances annuelles étant moins un spectre qu’une prévision absolument réaliste.

Si votre entreprise devait être dans une situation plus intermédiaire – c’est-à-dire ni en pleine santé ni non plus « zombie »- et que le prêt vous était refusé malgré tout, il vous resterait encore deux cartouches. La première à tirer pour solliciter un autre établissement de crédit, mais avec des espérances limitées. Enfin, saisir la médiation du crédit, installée à la faveur de la dernière crise de 2008. Celle-ci pourra vous aider à renouer le fil du dialogue avec votre banquier, voire à infléchir sa position.

Soyons sans illusion excessive : en 2020, pas davantage qu’auparavant, les banques ne raseront gratis. La seule question est de savoir si elles accompagneront bien ceux qui en ont le plus besoin.

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