Avalon, la société de locations d’avion, a annulé sa commande de 75 Boeing 737 Max, d’une valeur de 8 milliards de dollars. Cette décision pourrait marquer le début des difficultés pour les constructeurs aéronautiques Boeing et Airbus, alors que la pandémie de Covid-19 paralyse le trafic aérien.

Boeing pourrait rencontrer de plus grandes difficultés que le groupe français. Alors que le 737 Max est déjà cloué au sol depuis un an, de nombreux clients vont pouvoir renoncer à leurs commandes sans qu’aucune pénalité ne leur soit appliquée si les appareils ne sont pas livrés dans l’année qui suit la date convenue. La banque d’investissement Barclays estime que le carnet de commandes de Boeing est constitué en grande partie de commandes superflues des compagnies aériennes, qui font l’acquisition d’avions dont elles n’ont pas réellement besoin, ce qui n’est pas le cas d’Airbus.


Adam Pilarski, un consultant d’Avitas qui met en garde depuis des années que les compagnies aériennes commandent trop d’avions, prévoit que le trafic aérien ne reviendra pas au niveau de 2019 avant 2023, une prévision qui rejoint celle de nombreux autres observateurs du secteur.

Il a déclaré à Forbes : « Nous avons déjà assez d’avions pour les quatre prochaines années. Toute personne qui avait fait commande de nouveaux avions n’en veut plus en ce moment ».

Partout dans le monde, les compagnies aériennes suspendent leur activité. Les analystes de la banque d’investissement Jefferies JEF estiment que pour le mois d’avril, les vols réguliers sont réduits à 20 % de la capacité normale, et que plus de la moitié des avions de la flotte mondiale étaient à terre vendredi dernier.

Une bonne partie de ces avions pourraient même ne jamais reprendre du service, car les compagnies aériennes remplacent les vieux avions de plus en plus tôt. Cela permettra aux constructeurs aéronautiques de se remettre en selle une fois la demande rétablie, mais ce soulagement ne sera que superficiel. En effet, les analystes de Barclays affirment que Boeing et Airbus vont être obligés de réduire leur production de 30 à 40 % d’ici 2021, et peut-être au-delà.

Les voyages internationaux étant les plus touchés par la pandémie, il leur faudra du temps pour revenir à la normale. De nombreux analystes avancent que la demande de gros-porteurs sera la plus touchée. La banque Jefferies estime que leur production devrait chuter de 60 % au cours des trois prochaines années, ce qui fera plus de tort à Boeing qu’à Airbus, étant donné l’importance de son activité de construction de grands modèles, comme le 787 et le 777X.

Boeing pourrait également être plus exposé qu’Airbus aux annulations et aux reports de commandes, compte tenu de sa clientèle. Barclays estime qu’un tiers du carnet de commandes d’Airbus semblait être en surcommande avant la pandémie, contre près de la moitié pour Boeing. Le problème est plus grave pour le constructeur américain concernant les gros-porteurs, puisque selon Barclays, 58 % de son carnet de commandes provient de compagnies aériennes en surcommande.

Les plus gros clients sont principalement des compagnies aériennes d’Asie et du Moyen-Orient qui ont connu une expansion rapide ces dix dernières années en raison de l’enrichissement sur leurs marchés nationaux et de faibles taux d’intérêt, qui ont fait grimper les ventes d’avions.

Le principal client de Boeing se trouve être la compagnie low-cost Flydubai, qui a des commandes pour 237 appareils 737 Max en cours, soit 198 de plus que ce que son activité justifie selon Barclays. Lion Air est juste derrière, avec 174 avions excédentaires en commande chez Boeing. Le groupe indonésien a également commandé 190 appareils de la famille A320, dont 135 que Barclays considère comme injustifiés, ce qui le place en troisième position parmi les clients d’Airbus qui surcommandent le plus.

Selon Barclays toujours, la compagnie aérienne malaisienne low-cost AirAsia est celle qui surcommande le plus au monde, avec un excédent de 326 appareils en commande chez Airbus. En février, la compagnie a reporté la livraison de 78 avions A330neo pour sa filiale AirAsia X.

Adam Pilarski assure que les négociations vont être tendues entre les compagnies aériennes, les sociétés de leasing et Boeing et Airbus. Les constructeurs préféreront des reports de commandes plutôt que des annulations, tandis que les acheteurs menaceront de rompre leurs contrats en déclarant faillite : « C’est une bonne période pour les avocats », déclare le consultant.

En plus d’abandonner ses commandes de Boeing 737 MAX, pour lesquelles Avolon n’avait pas trouvé de clients, la société de location d’appareils aéronautiques a annulé ses engagements pour 4 Airbus A330neo et a reporté la livraison de 25 avions monocouloir à 2024 au moins, dont 16 Boeing 737 Max. Avolon compte encore un total de 55 commandes pour ce dernier modèle. Ces mesures ont réduit de 42 % ses engagements de livraison de nouveaux avions jusqu’en 2023, soit 165 avions.

Boeing a déclaré que la restructuration du carnet de commandes d’Avalon était un accord mutuel : « Comme nous avons produit moins d’avions Max que prévu, nous avons mis en œuvre ces ajustements pour regagner de la flexibilité dans la gestion des plus de 4 300 commandes non exécutées. C’est également la meilleure démarche pour s’aligner sur les réalités du marché, alors que nous équilibrons l’offre et la demande et que nous protégeons la valeur sous-jacente du 737 Max, en particulier dans le secteur du leasing ».

L’une des options dont disposent les compagnies aériennes à court d’argent est de vendre des avions à des bailleurs et de les louer. Adam Pilarski, dont la société travaille sur ce type de transactions, affirme qu’il n’en a encore vu aucune de ce genre en cours : « Je pense qu’en ce moment, les gens ont trop peur pour faire quoi que ce soit ».

 

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