Après avoir vu – sans surprise- la décision relative à la création du fameux ETF Bitcoin reporté au mois de septembre par le gendarme des marchés financiers américains ce mercredi, la star des cryptomonnaies poursuit son décrochage, loin de sa flamboyance de l’année dernière.

Souvenez-vous l’été dernier. Le Bitcoin faisait « sécession », se scindant en deux monnaies distinctes, le Bitcoin « canal historique » et le Bitcoin Cash, une nouvelle « currency », conséquence directe  de cette « crise de gouvernance » de la communauté Bitcoin. « Sur fond de désaccords sur la façon de gérer la montée en puissance vertigineuse du Bitcoin d’un point de vue technique, les dissensions internes se sont amplifiées alors que le cours de la cryptomonnaie vivait une nouvelle flambée », nous expliquait, à l’époque, Tristan Colombet, PDG de DomRaider qui réussira, quelques mois plus tard, la première levée de fonds en cryptomonnaies dans l’Hexagone. Un énième soubresaut dans l’histoire tortueuse du Bitcoin qui aurait pu causer sa perte. Mais que nenni, les deux monnaies coexistant depuis pacifiquement et n’ayant plus aucun « lien » entre elles, si ce n’est leur nom.  La suite est connue de tous : le Bitcoin « canal historique » va (trop ?) rapidement crever tous les plafonds et terminé l’année 2017 sur les chapeaux de roues, avec un cours frisant les 19 000 dollars. Mais le cru 2018 sera d’un tout autre acabit avec une chute progressive au fil des mois (même assez vertigineuse entre janvier et mars) et en ce vendredi 10 août, la valeur du Bitcoin dépasse « à peine » les 5 600 dollars.  Soit tout de même près du double de sa valeur de l’été dernier.


Mais les coups de semonce se sont multiplient pour la doyenne des « cryptos ». Après moult piratages de plateforme d’échange notamment en Corée du Sud et au Japon, «terres » par excellence de ces monnaies numériques, et diverses tentatives de régulation et d’encadrement plus ou moins heureuses, le Bitcoin a perdu de sa superbe. Dernière décision ayant pesé sur le cours : celle de la SEC (le gendarme des marchés financiers américains) de reporter à décembre la création d’un ETF Bitcoin.  Cette décision était attendue – même si comme évoqué en préambule, son report n’était pas vraiment une surprise – car la création de ce fonds indiciel permettrait aux investisseurs institutionnels qui souhaiteraient acheter de la cryptomonnaie. Une avancée « significative » pour le maintien du cours et sa consolidation. Mais la « SEC » a préféré renvoyer sa décision au 30 septembre « « La Commission prolonge le délai de 45 jours. Le Conseil estime qu’il convient de prévoir un délai plus long pour agir sur le changement de règle proposé afin qu’il ait suffisamment de temps pour examiner la demande », a estimé le gendarme boursier outre-Atlantique.  

Le Bitcoin en voie d’institutionnalisation 

Une décision qui a freiné le Bitcoin dans son « opération reconquête qui a perdu 8% sur la seule journée de mercredi alors qu’il avait tout de même retrouvé quelques couleurs  ces dernières semaines (+30% sur le mois de juillet) grâce notamment à l’intérêt du plus grand d’actifs au monde, le new-yorkais BlackRock et ses 6 300 milliards d’actifs sous gestion qui aurait créé une équipe chargé de travailler sur des thématiques relatives aux cryptomonnaies.  Quelques mois auparavant, c’était une autre institution financière prestigieuse, la banque Goldman Sachs ( il est vrai considéré comme l’un des établissements les moins crypto-sceptiques) qui travaillait à l’élaboration d’une équipe de trading en cryptomonnaies. La banque avait notamment recruté en ce sens le trader Justin Schmidt, 38 ans, qui a notamment fondé l’an passé une société de trading de cryptomonnaies baptisée Translunar Crypto.  « On assiste pour le moment à des expérimentations de la part des institutionnels dans la mesure où le cadre juridique et fiscal international est encore très loin d’être figé sur ces questions », tempérait Tristan Colombet, au moment de cette annonce.

Toutefois, le dirigeant souligne que ces grandes banques ne veulent pas « courir le risque de rater ce virage, ayant bien conscience qu’un véritable mouvement était en marche ». Comme susmentionné, Goldman Sachs a fait partie, au même titre que Citigroup ou encore Bank of America des établissements les moins « virulents » à l’encontre du Bitcoin. Même si il convient de rappeler qu’à l’instar de Jamie Dimon, le patron de Goldman Sachs a eu, il y a quelques temps, des propos peu amènes sur le Bitcoin, estimant qu’il s’agissait « d’un moyen pour commettre des fraudes ».  Ce qui n’a pourtant pas empêché la banque de franchir le Rubicon au point d’accompagner le lancement en trombe  d’un des premiers produits financiers permettant de parier sur le bitcoin à la Bourse de Chicago. S’il est loin de son faste de l’été dernier, le Bitcoin est très loin d’être enterré.