La crise du Covid-19 aura frappé l’ensemble des économies du Globe avec une extraordinaire violence. En France, les réactions auront été à la mesure de la crise sur le plan économique et les annonces de soutien ont très vite concerné les entreprises sur tout le territoire. Les prêts garantis par l’Etat (PGE) ont rapidement été promus comme la réponse aux problèmes de trésorerie des entreprises. Et ce en mobilisant l’ensemble des banques et établissements de crédit Français. Après deux mois de confinement en France, quel est le bilan de ce traitement de choc ?

 


La garantie d’Etat, solution miracle ?

12 années après la crise financière de 2008, c’est une pandémie mondiale qui s’est abattue sur tous les continents. L’économie réelle s’est retrouvée à l’arrêt. En France, au soir du 14 mars 2020, le gouvernement annonçait la fermeture des lieux recevant du public non indispensables à la vie du pays. S’en est suivi, deux jours plus tard, le confinement généralisé de la population en France, mettant ainsi en péril l’activité du pays. L’Etat a très vite réagi en mettant en place les PGE afin de permettre aux entreprises de se financer, et garantir une trésorerie suffisante pour éviter les dépôts de bilan. Bercy et son bras armé, la Banque Publique d’Investissement (Bpifrance) ont alors proposé de garantir l’ensemble des prêts demandés par les entreprises à leur banque.

Ce dispositif, extraordinaire par son ampleur, permet dans les faits de financer l’ensemble des entreprises privées touchées par la crise du CoVid-19, soit une majorité des établissements basés en France et leurs filiales. Ainsi, les entreprises pourront bénéficier de conditions très favorables pour obtenir le financement de jusqu’à trois mois de chiffre d’affaires (CA), soit la durée estimée de la crise par les pouvoirs publics. Les montants empruntés sont garantis à hauteur de 90 % par l’Etat. Les 10 % restants sont en risque pour les établissements financiers. Et même en risque dit total, car l’arrêté pris par Bercy interdit les établissements financiers à demander d’autres garanties ou sûretés à même d’atténuer les risques qu’ils supportent. Ceci a été pensé afin de se prémunir du risque d’anti sélection. En effet, si les banques n’étaient soumises à aucun risque, alors les établissements financiers seraient incités à minimiser les diligences, et à prêter à tous sans sélectionner les entreprises à même d’honorer leur crédit.

Les entreprises peuvent ainsi faire face à leurs charges courantes, avec un report d’échéance d’un an et un coût de garantie nul la première année puis croissante en fonction de la maturité demandée. Le 5 mai dernier, Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, annonçait ainsi 57 milliards d’euros de PGE ainsi financés par les banques, et selon lui les montants pourraient dépasser les 100 milliards d’euros. Un succès salué par l’ensemble des acteurs.

 

Un endettement privé à des niveaux inquiétants

Mais cette augmentation importante de l’endettement privé en France n’est pas une bonne nouvelle. En effet, les niveaux d’endettement des entreprises françaises avaient continuellement augmenté ces dernières années, contrairement aux autres pays d’Europe. Une appétence dopée par l’environnement des taux bas et un coût du risque faible. Mais les alertes de la Banque de France commençaient à se faire de plus en plus inquiétantes jusqu’à fin 2019. Avec un endettement des entreprises privées qui est passé de 135 % à la veille de la crise financière de 2008 à 175 % du PIB, l’institution pointait principalement le risque de remontée des taux d’emprunt qui auraient pu être à l’origine de difficultés à rembourser, et un risque de défaut notamment des plus grandes entreprises.

La crise a depuis touché l’ensemble de l’économie. Et aujourd’hui l’explosion des défauts corporate est un risque de plus en plus prégnant. En effet, les critères d’octroi et l’urgence de la situation n’ont pas permis de prendre en compte l’ensemble des risques sous-jacents aux crédits octroyés. Bien que les montants soient limités à 3 mois de CA, nous ne sommes pas à l’abri que la crise subsiste au-delà. Auquel cas, prolonger et étendre l’octroi de crédit apparaitra nécessaire, notamment pour les secteurs qui resteront touchés de manière durable par la crise. De plus, les notations prises en compte pour l’éligibilité au PGE étaient des cotations Banque de France. Or celles-ci se basaient sur les informations structurelles et conjoncturelles observables avant la crise. Cette contrainte purement opérationnelle ne permet pas de garantir de la qualité de crédit et la capacité d’adaptation des tiers à cette crise soudaine. Enfin, la pression médiatico-politique a été forte sur les acteurs bancaires. En effet, ces dernières ont été elles-mêmes touchées par la crise, dans leurs modèles opérationnels. Pourtant, les attentes étaient si fortes que l’activité a connu très vite une forte accélération. Aussi, il faut bien noter que sur le marché du crédit corporate, les établissements ont réalisé un an de production de crédit, et ce en moins d’un mois.

 

La bombe pourrait exploser en fin d’année

Bien qu’aujourd’hui, nous n’observions pas encore une recrudescence des défaillances d’entreprises, celle-ci reste inéluctable. Et de nombreux indicateurs montrent que les établissements de crédits, les assureurs ou les observateurs anticipent autant que faire se peut ce phénomène. Mais ces défaillances sont retardées grâce aux différentes mesures de soutien à l’économie, dont les PGE, les reports de charges, les mesures de chômage partiel et bien d’autres. Mais aussi des contraintes opérationnelles ont rendu inopérants les tribunaux de commerce ou encore le marquage en défaut de paiement du fait des reports d’échéances et des facilités de caisse qui retiennent la vague des défaillances. Mais la digue montée dans l’urgence n’est pas pérenne. Et le flux des défaillances à venir gagnerait à être lissé sur longue période plutôt que de céder violemment en fin d’année, au risque de mettre en difficulté les établissements de crédits, et leurs garants étatiques.

Ces dispositions de garantie publique seront très coûteuses pour l’Etat. Nicolas Dufourcq anticipe d’ores et déjà un coût de 9 Milliards d’euros pour couvrir les défaillances de 10 % des entreprises attendues bénéficiaires du PGE. Mais ce scénario n’est que central, et repose sur des hypothèses fortes. Les mesures de continuation de soutien aux entreprises en difficulté à cause de mesures sanitaires drastiques devront être affinées et prises en compte dans les différents scénarii. Et parmi les plus importantes à considérer sont celles qui favoriseront les conditions d’accès au financement bancaire et en particulier la maîtrise des taux d’intérêts proposés aux entreprises en difficulté.

Article rédigé par Pierre-Michel Becquet, BSI Economics