Selon les dirigeants financiers des sept plus grandes économies du monde, le stablecoin Libra de Facebook n’est pas prêt à être lancé. Mardi, les banquiers du G7 ont publié une déclaration s’opposant au lancement tant que Libra ne sera pas correctement réglementée.

L’an dernier, Facebook a annoncé son projet ambitieux de lancer une monnaie virtuelle, vantant ses avantages potentiels par rapport aux cryptomonnaies traditionnelles et promettant de faciliter l’envoi d’argent à travers le monde (qui serait aussi rapide que l’envoi de SMS et moins cher que la plupart des virements internationaux). Avec des milliards d’utilisateurs dans le monde, Libra pourrait même transcender les gouvernements et les banques centrales, aidant ainsi les 1,7 milliard de personnes non bancarisées à entrer dans le système financier mondial.


Selon un document publié par le G7 et préparé pour une réunion des ministres des Finances et des banques centrales des États-Unis, du Canada, du Japon, de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Italie et de l’Allemagne, le potentiel de Libra pour améliorer l’accès aux services financiers, et pour réduire les coûts, ne représenterait pas une perte pour les banquiers. Toutefois, ils mettent en garde : sans une supervision et une réglementation appropriées, Libra pourrait représenter un danger pour la stabilité financière, la protection des consommateurs, la vie privée, la fiscalité ou la cybersécurité. Et c’est sans parler du blanchiment d’argent, du financement du terrorisme et de l’intégrité des marchés. Une préoccupation justifiée, compte tenu de la situation.

« Le G7 continue de soutenir qu’aucun projet mondial de monnaie stable ne devrait être mis en œuvre tant qu’il ne répond pas aux exigences juridiques, réglementaires et de surveillance pertinentes par une conception appropriée et en respectant les normes applicables », indique le document.

Selon les premières annonces de Facebook au sujet de Libra, le modèle de cette dernière diffère de celui de Bitcoin, car il s’agit d’une blockchain privée, par opposition à une blockchain publique (pour laquelle toute personne disposant du matériel adéquat peut appliquer les protocoles d’extraction et valider les transactions). Avec Libra, la blockchain est centralisée, et son mécanisme de consensus, son logiciel et sa gouvernance sont contrôlés par les membres de Libra Association, qui peuvent valider les transactions. Et en tant que stablecoin, elle est liée à une monnaie traditionnelle ou à un panier d’actifs, et sera utilisée pour les paiements ou le stockage de la valeur.

« À son lancement, la blockchain de Libra comptera 100 organisations autorisées. Visa, MasterCard, Uber, Vodafone et Spotify font partie des sociétés fondatrices de la Libra Association », estime le Forbes Technology Council.

En réponse à l’annonce de Libra faite en avril, le Conseil de stabilité financière du G20 a formulé dix recommandations pour une approche commune et internationale de la réglementation des stablecoins. Comme le note le document du G7, de nombreuses autorités examinent les risques et les opportunités associés aux monnaies virtuelles des banques centrales. La Banque centrale européenne a déclaré ce mois-ci qu’elle pourrait émettre un euro numérique, et la Banque d’Angleterre a également commencé à envisager une livre sterling numérique.

L’opposition du G7 au lancement de Libra aura-t-elle un effet majeur sur les plans de lancement de celle-ci ? Des pays vont-ils décider d’imposer des sanctions à Facebook si le projet est maintenu ? À ce jour, rien n’est sûr.

 

Article traduit de Forbes US – Auteure : Rebecca Bellan

 

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