Rares sont ceux qui l’évoquent en public et pourtant les chiffres sont là : 55 % des Français ressentent du stress chaque semaine au travail selon l’étude « Workforce View 2020 », menée par le ADP Research Institute.

Le grand coup d’accélérateur a été mis avec l’arrivée de la pandémie. En effet, 62 % des Français reconnaissaient être inquiets de perdre la vie en étant contaminés par l’épidémie de coronavirus (ifop mars 2020). Alors quand les facteurs externes (sur lesquels personne n’a de contrôle) ne sont pas favorables, il y a fort à parier que chacun voit son stress décupler : perdre son emploi, faire de mauvais choix pour son entreprise, douter quant aux prises de décisions … Alors comment faire pour arrêter de stresser, continuer à « tenir » professionnellement, entreprendre et manager au regard d’un contexte économique et sanitaire complexe et incertain ?


Le stress : un reflexe « normal » et une réponse émotionnelle

Le cœur qui s’emballe, des plaques rouges dans le cou, les mains moites, les muscles tendus, la boule dans le ventre, la transpiration, la respiration courte…  Le corps est au commande. Plus rien ne fonctionne. Vous êtes à présent immergé dans un bain de cortisol. Une hormone bien connue dans la mécanique du stress comme la nor-adrenaline ou l’adrénaline. Le stress est une réponse automatique servant à nous protéger d’un danger. Cette hormone est une réaction organique régulée par le système nerveux central.

Le stress, oui mais finalement c’est quoi ? En réalité, c’est une injonction adaptative permettant de faire face à une menace en imaginant ne pas avoir les ressources suffisantes avec le questionnement qui suit : «  Serai-je capable de… ? Vais-je arriver à… ? C’est d’ailleurs dans les années 30 que le docteur Hans Selye (endocrinologue à l’Université de Montréal) théorisa sur la notion de bon stress et de mauvais stress. Il est l’un des précurseurs à avoir fait des recherches en ce sens. Il définit la notion ainsi : « Agression de l’organisme par un agent physique, psychique, émotionnel entraînant un déséquilibre qui doit être compensé par un travail d’adaptation ; agent qui agresse ; tension nerveuse, contrainte de l’organisme face à un choc (événement soudain, traumatisme, sensation forte, bruit, surmenage) ; état d’une personne soumise à cette tension ».

Le stress est un phénomène physiologique en lien avec une ou des émotions désagréables (peur, colère, tristesse, injustice…). Il est une réponse physique à un facteur extérieur appelé le « stresseur ». La bonne nouvelle, c’est que puisque nous sommes humains, nous avons tous vécus (au moins une fois) cette sensation physique. Le stress est une réponse à une émotion archaïque, la peur. On dit qu’elle est archaïque parce qu’elle est située dans une zone particulière du cerveau appelée le cerveau reptilien. En effet, le stress nous sert à la survie depuis la préhistoire. Encore maintenant, les manifestations qui étaient valables pour Néandertal le sont encore en 2020.

Il est là pour nous mettre en mouvement et nous faire courir comme l’homme préhistorique entendant au loin un troupeau de bisons.  Cet état d’urgence va nous permettre de mettre en place plusieurs possibilités : la fuite, le combat ou l’inhibition. De comprendre que le stress est propre à chacun, donc forcément subjectif. Ce qui est stressant pour l’un ne l’est pas l’autre. Cette évaluation induit la relativité propre à chacun en fonction de sa capacité à gérer (ou pas) la situation stressante. Force est de constater que le stress est utile lorsqu’il est adaptatif ; en revanche, quand il devient chronique, il peut générer des pathologies. C’est d’ailleurs le temps, la souffrance, le handicap qui définiront le trouble, la maladie.

Cette réponse physique quasiment automatique laisse à penser que rien ni personne ne peut reprendre la main. Seulement, le stress interagit avec plusieurs parties du cerveau et en l’occurrence une zone appelée cortex préfrontal (lieu de la réflexion, de la critique, de l’analyse…) qui va vous permettre de choisir la bonne réaction en face d’un déclencheur de stress. Laissant ainsi la place à un possible changement réactionnel et à l’intelligence émotionnelle.

Les facteurs du stress

Le stress, on l’aura compris se présente lorsque l’on est face à une forte demande et que la latitude décisionnelle est faible, que le contrôle est quasi inexistant et que le contexte social qui sert de modulateur est peu présent, comme le manque de feed-back, le manque d’équité, le manque de reconnaissance …

Les facteurs de stress sont multifactoriels * :

  • Intensité et temps de travail : exigences excessives de travail, complexité du travail, difficultés de concilier vie professionnelle et personnelle…
  • Exigences émotionnelles : tensions avec le public, obligation de cacher ses émotions…
  • Manque d’autonomie : procédures trop rigides, sous-utilisation des compétences…
  • Rapports sociaux de travail dégradés : conflit entre collègues et/ou l’encadrement, manque de reconnaissance…
  • Conflits de valeurs : conflit éthique (devoir faire des choses que l’on désapprouve), qualité empêchée (ne pas avoir les moyens de faire correctement son travail)…
  • Insécurité de la situation de travail : peur de perdre son emploi, incertitude sur l’avenir de son métier, … 

(*source INRS/ rapport du collège d’expertise de Gollac)

A cela s’ajoute aujourd’hui la crise sanitaire sans précèdent qui questionne sur la maladie, la mort et notre lien social.

De quoi stresser. La bonne nouvelle reste cependant celle qui permet de comprendre le facteur qui pour vous provoque un « emballement de la machine ». En agissant ainsi sur la cause, cela permet de reprendre le pouvoir et avoir la sensation de prendre en main son chemin. Maintenant, et c’est assez contre intuitif de comprendre que le contrôle (pas l’hyper contrôle) permet l’adaptation à telle ou telle situation stressante. La vie est imprévisible par essence. Aussi, s’autoriser à lâcher prise en faisant de son mieux et en acceptant de « faire avec » les aléas et les surprises inconfortables. Le pendant à cela est donc d’arrêter les « il faut » , les « je dois », stopper la tyrannie de l’amabilité et de la performance, de minimiser vos réussites… Parce que ces distorsions cognitives, qui sont finalement des erreurs de raisonnement, sont facteurs de stress

Avant d’aller plus loin, prenez le temps de vous poser quelques questions pour situer votre niveau de stress :

  • Vous imaginez-vous toujours face au pire ?
  • Êtes-vous sujet aux insomnies ?
  • Pensez-vous plus au problème posé qu’à la solution envisageable ?
  • Ruminez-vous beaucoup ?
  • Comment réagissez-vous face à un événement nouveau dans votre vie ?

Si vous répondez oui à plusieurs questions, il est probable que vous soyez stressé(e). Il est donc essentiel de trouver des solutions.

5 solutions pour combattre le stress

Modifier votre rapport au stress

On l’a vu, les effets sur le corps sont délétères surtout quand le stress devient chronique. Aussi, il est important de s’interroger sur vos croyances sur le stress en deux questions :

  • Est-ce que vous envisagez le stress comme utile ou a contrario est-il nuisible ?
  • Est-ce que le stress est votre allié pour vous développer et réussir ?

Tout ceci est donc bien une question de point de vue.

Méditer et respirer

En repensant votre rapport au stress, vous allez forcément redéfinir votre état d’esprit. En effet, un outil merveilleux peut être envisagé comme celui de la méditation de pleine conscience qui va vous permettre de revenir à vous et à vos sensations corporelles. La médiation est utilisée pour prendre conscience de ce qui traverse le corps sur le plan physique et émotionnel. C’est ainsi l’opportunité de calmer le corps qui réagit souvent avant l’esprit.

C’est à nouveau le moment de s’interroger :

  • Qu’est-ce qui compte pour vous dans la vie ?
  • Quel est votre état sur le plan des pensées, des émotions et du corps ?

Et puis, il y a la respiration lente et profonde afin de se reconnecter en pensant à ses tensions (mâchoires, dos, plexus …).

Pratiquer la gratitude

Dire merci pour mettre à distance le stress et s’offrir la possibilité de regarder ce que l’on a déjà et qui l’on est déjà. Comprendre que la joie est la reconnaissance de ce que je nomme les « petits bonheurs du quotidien » : se lever sans assistance, marcher, lire, voir les personnes que l’on aime, ..

Dormir correctement et faire de l’exercice

Une dette de sommeil favorise grandement l’apparition du stress. L’idéal étant d’accumuler entre 7 et 9 heures de sommeil/nuit permettant ainsi au cerveau de nettoyer les informations et les classer. La pratique du mouvement (marche par exemple) permet ainsi d’utiliser positivement les hormones du stress en excès dans le corps.

Être en lien avec les autres et avec la nature

Le lien social favorisant la vraie communication et l’altruisme fait baisser le niveau de stress. Même de manière virtuelle et à distance, échanger, rire, partager permet d’évacuer la pression. De la même manière, se connecter à la nature permet de recharger les batteries augmentant ainsi l’apaisement et le discernement plutôt utile dans la prise de décisions.

 

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