La chute des taux d’intérêt provoque une situation inédite où l’épargne sans rendement n’a pas vraiment sa place. Il faut persuader les épargnants qu’une gestion plus dynamique est aujourd’hui nécessaire et pertinente. Par Philippe Maso y Guell Rivet, Président PM Consulting.

La crise financière de 2008 puis la crise de l’euro ont accouché d’une réalité macro-financière inédite dans notre histoire économique récente : un afflux de liquidités libéré par les banques centrales, un effondrement des taux d’intérêt jusqu’au taux zéro, voire négatif, notamment en Europe, et la quasi-disparition de l’inflation. C’est tout un pan de la théorie économique qui s’est retourné, emportant avec lui des concepts anciens comme la hiérarchie des taux ou le rôle régulateur de l’inflation dans l’économie.


Cette situation est largement le fait de décisions politiques, prises dans l’intérêt des États et qui leur ont permis d’abord de surmonter la crise de l’euro puis de contrer les effets du coup d’arrêt occasionné par la pandémie du coronavirus. Résultat : toutes les limites en termes d’endettement et de déficits publics ont explosé. C’est une situation extraordinaire à plus d’un titre, dont personne ne se hasarderait à prédire comment elle pourrait se dénouer, ni dans quels délais.

Si les États sont satisfaits, les épargnants le sont évidemment moins. Nous ne parlons pas ici de l’épargne à risque, qui s’investit sur les marchés financiers ou dans les fonds d’investissement, de private equity ou de retournement. Nous parlons de l’épargne des épargnants courants, investie dans des produits plutôt sûrs, dont le sous-jacent est le plus souvent constitué d’obligations d’État, notamment par le biais des produits d’assurance-vie.

Le nadir de l’épargne tirelire

Nous assistons à un changement de paradigme d’autant plus important à analyser que les flux d’épargne mondiale ne sont pas appelés à se réduire dans les années à venir. Une forme d’épargne est en train d’atteindre son nadir : l’épargne « tirelire », dans laquelle le capital et la liquidité sont garantis dans le même temps. Une assurance cruciale pour les épargnants à qui l’on a proposé depuis longtemps cette martingale, qui défie la logique de la théorie financière et est surtout inadaptée au nouvel environnement de taux bas ou négatifs.

Comment sortir de cette situation problématique ? La première solution consisterait à modifier les règles de solvabilité désormais en vigueur, notamment dans l’assurance. Elles ont été basées sur la règle du mark to market, introduisant ainsi dans les portefeuilles des compagnies d’assurance toute la volatilité du marché. Pour l’absorber, les pouvoirs publics ont demandé aux assureurs de gonfler davantage leurs fonds propres, ce qui les confronte à un effet de ciseau très contraignant pour leur profitabilité. Ces règles ont été renforcées après la crise financière de 2008. C’était un choix politique et réglementaire européen, sur lequel il est toujours possible de revenir. Beaucoup en parle mais rien ne bouge encore.

Vers des produits plus rentables et moins liquides

La seconde solution consisterait à expliquer aux épargnants ce qui, dans ce nouveau contexte, rend nécessaire et pertinent de s’engager dans une gestion plus dynamique de l’épargne. Le « zéro risque » et le « 100% de liquidité » sont désormais incompatibles. La nature profonde d’un produit d’épargne est d’évoluer avec le marché. La conjoncture financière d’aujourd’hui est telle qu’il faut aller vers des produits plus rentables et moins liquides dans lesquels la garantie du capital ne serait assurée qu’au delà d’un certain horizon de temps, tout ceci au profit de rendements plus élevés pour l’épargne.

Aller vers ce modèle n’est pas simple. Il suppose d’inverser la logique proposée aux Français depuis plusieurs décennies. Il suppose de la part des banquiers, des assureurs et des régulateurs un grand effort de pédagogie et d’imagination pour concevoir des produits nouveaux et surtout pour participer au développement de la culture financière des épargnants. C’est un objectif majeur pour réinventer un concept d’épargne dynamique et rémunératrice.