Lorsque le Bitcoin (ou BTC, cette monnaie électronique d’abord employée pour acheter et vendre des produits illégaux et d’autres produits via un cahier de comptes électronique publique et anonyme) a commencé à faire parler de lui, c’était en juin 2011, quelques jours après une spectaculaire chute de son prix qui passait de 15 € à « quelques centimes » parce que son bureau de change tokyoïte, Mt. Gox, avait été piraté. En février 2014, son prix était monté jusqu’à 473 €, soit une valeur cumulée de 5,9 milliards d’euros pour les 12,34 millions de Bitcoin créés.

Mais ces jours-ci, il faut débourser 13 600 € à 14 500 € par Bitcoin (lui donnant une valeur cumulée de 228 milliards d’euros). Avec le lancement imminent d’échange de contrats à termes en BTC à la bourse de Chicago, sur quelle logique évaluer le Bitcoin en dollars ?

Peter Cohan, auteur de Net Profit (Bénéfices Nets), qui traite d’investissements dans des actifs relatifs à Internet avant la bulle technologique des années 1990, s’est demandé s’il était possible que quoi que ce soit de réel émerge des bulles spéculatives.

Et, d’après son expérience, il propose deux théories qui permette d’attribuer au Bitcoin n’importe quel prix, de zéro à plus l’infini.

Théorie 1 : Le Bitcoin, pure émotion émaillée de vols intermittents

D’après cette théorie, les gens achètent ou vendent des Bitcoin dans une vague de peur. Ils ont plus précisément peur de rater une meilleure appréciation du Bitcoin. Et pour ceux qui souffrent de cette angoisse, de nombreuses preuves viennent conforter leur croyance.

Par exemple, la croissance annuelle moyenne du Bitcoin entre juin 2011 (15 €) et le 7 décembre 2017 (avec plusieurs fois une cote à 15 000 €) est de 182,5 %. Depuis le début de l’année, la valeur du Bitcoin a été multipliée par 17. Et sans surprise, le 6 décembre, 59 millions d’euros en Bitcoin ont été volés.

Avec une telle croissance des prix, de plus en plus de gens en viennent à la conclusion qu’investir dans le Bitcoin n’est pas ce qu’il y a de plus risqué. Ce qui serait bien, à présent, serait de pouvoir observer en temps réel les flux de capitaux pour chaque transaction de Bitcoin, pour voir quelle part de l’argent investi dans le Bitcoin vient d’acteurs institutionnels ou individuels, et à qui ils vendent.

Évidemment, acheter des Bitcoin peut être plus facile que de les vendre une fois que leur valeur chute. C’est aussi parce que la plupart des institutions acceptent les dollars, les euros, mais pas les Bitcoin pour leurs rentrées d’argent. D’où l’importance de la viabilité des échanges en Bitcoin.

Donc, quand des bureaux de change de Bitcoin sont piratés (ce qui semble arriver plutôt souvent), la peur de rater une meilleure appréciation de la monnaie laisse place à la peur de perdre ses fonds de Bitcoin.

Se précipiter tous ensemble vers la sortie n’est pas toujours une bonne idée pour les investisseurs (surtout quand les bureaux de change de Bitcoin ne sont pas réglementés, sont opérés par des individus à l’éthique potentiellement douteuse, avec un fonds de trésorerie disponible incertain en cas de vente panique.

La bulle de l’internet se caractérisait également par de brusques alternances entre la cupidité et la peur. On peut penser à l’histoire des actions de MicroStrategy, développeur de logiciels d’analyses : entre avril 1999 et février 2000, leur cote est passée de 73 € à 1 173 €, soit une croissance annuelle moyenne de 1 891 %. En mai 2000, elle avait perdu 86 % de sa valeur pour arriver à 161 € (encore bien au-dessus de son prix actuel de 113 €).

Bien sûr, contrairement au Bitcoin, MicroStrategy est une vraie entreprise, avec plus de 423 millions d’euros de chiffre d’affaire et une trésorerie disponible de 91 millions d’euros.

Théorie 2 : Le Bitcoin va améliorer l’économie mondiale

Imaginez un éventail d’entreprises cotées en bourse. À une extrémité, on trouve des entreprises comme Ford, qui fabriquent des objets physiques qui génèrent un vrai chiffre d’affaire, et à l’autre extrémité, il y a des entreprises qui n’ont pas de chiffre d’affaire, et peu de chances d’en avoir un jour.

Dans cette seconde catégorie, vous trouverez beaucoup d’entreprises de biotechnologies : ce sont des paris sur la capacité des scientifiques et ingénieurs à transformer de petites molécules en médicaments que les gens achèteront pour se soigner. Cette voie comporte de nombreux obstacles potentiels, mais les investisseurs donnent parfois à ces groupes une valeur qui se chiffre en milliards d’euros, à cause de leur possibilité de succès.

Le prix sur le marché de ces entreprises peut être analysé comme une valeur attendue : c’est la probabilité que l’entreprise surmonte tous les obstacles qu’elle rencontre et qu’elle commercialise son produit, multipliée par la valeur de tous les bénéfices que son médicament peut apporter à l’avenir.

Par certains aspects, le Bitcoin ressemble à ces laboratoires cotés en bourse. Mais au lieu d’avoir à surmonter des défis scientifiques et administratifs, il doit vaincre la réticence des gens et des entreprises à utiliser les cryptomonnaies dans leurs transactions.

Aaron Brown, éditorialiste chez Bloomberg et propriétaire de Bitcoin, a un point de vue intéressant quant à la manière d’évaluer le Bitcoin. Pour lui, la valeur du Bitcoin réside dans son code : pour le Bitcoin, « les autres cryptomonnaies, tokens et actifs, ainsi que les applications dérivées. Les investissements (et les bénéfices en résultant) se feront très probablement en Bitcoin. Il est impensable que cette monnaie ne remplisse pas ce rôle ».

Pour M. Brown, un Bitcoin vaut 17 000 €. Il explique que les cryptomonnaies « ont le potentiel d’augmenter la valeur des activités en ligne, et de créer d’autres activités de valeur ». Il estime que Internet représente 6 % des 63 mille milliards d’euros de l’économie mondiale, et que les cryptomonnaies peuvent y ajouter 2 %, dont la moitié iront aux investisseurs.

« Si je prends 2 % des 63 milliards du PIB mondial, que je divise par deux pour enlever la part des investisseurs, que je multiplie par 70 % pour obtenir la valeur en Bitcoin nécessaire au maintien de cette activité, et que je divise par les 21 millions de Bitcoin, j’obtiens 17 000 € par Bitcoin », explique-t-il.

Honnêtement, ce n’est pas très précis. Il estime d’ailleurs que si le Bitcoin s’échange pour moins de 1 700 €, il ne vaudra pas assez pour « servir de porte d’entrée à un important secteur économique en cryptomonnaies, ou alors les gens paieront 170 000 € pour ce service ».

Mais cette fourchette est peut-être encore trop étroite : selon votre système de croyance, elle peut s’étendre de 0 à plus l’infini.

On peut voir le Bitcoin comme une expérience de pensée qui mène à des articles intéressants. Mais si les institutions financières traditionnelles décident de s’impliquer, il pourrait sérieusement déstabiliser le système économique mondial.

S’il y a jamais eu un bon exemple du besoin de réglementation pour brider notre esprit animal, c’est bien le Bitcoin.