La science économique pourra capter véritablement en quoi la nouvelle économie change la donne, le jour où elle ne s’intéressera plus seulement aux mutations technologiques, mais plus prosaïquement à ce que le secteur de l’immobilier a à nous apprendre, encore et toujours.

 


L’adage est connu, quand le bâtiment va, tout va. Par extension, le secteur de l’immobilier serait révélateur de la bonne ou de la mauvaise santé d’une économie. Il pourrait bien être aussi révélateur de la bonne ou de la mauvaise santé intellectuelle de la science économique elle-même.

En observant ce que la nouvelle économie apporte de plus spectaculaire (capitalisations d’entreprises inédites, nouvelle concentration du pouvoir entre les mains de quelques géants, accélération du rythme des mutations, invasion technologique, défis lancés aux monnaies elles-mêmes…) elle oublie que le secteur de l’immobilier représente  10 % du PIB de la France avec 217 milliards d’euros de valeur ajoutée en 2015, et forme une filière composée de pas moins de huit branches d’activités : construction, ingénierie, architecture / urbanisme, investissement, expertise, promotion immobilière, commercialisation, gestion de l’immobilier. Les économistes oublient aussi peut-être un peu vite que le secteur de l’immobilier ne disparaîtra pas, car les gens continueront bien à habiter quelque part et les entreprises à occuper des immeubles.

 

Il est toujours plus aisé d’analyser un phénomène nouveau à travers le prisme d’habitudes, de méthodes et d’outils d’analyse hérités du passé. Alors, pourquoi ne pas en profiter pour prendre le secteur de l’immobilier comme témoin, comme point de repère, comme base solide pour analyser l’impact de la nouvelle économie sur l’économie en général. A défaut d’être un appartement témoin, l’immobilier tout entier pourrait servir de secteur témoin pour plusieurs raisons :

Tout d’abord, le secteur sera largement impacté par les nouvelles technologies. La manière dont on fixe le prix du mètre carré en apporte elle-même la preuve. Dans quelles proportions le système de sécurité (anti-virus, anti-malware, anti-ransomware…) qui protégera un immeuble telle une cage de Faraday, et qui n’existe pas encore, impactera son prix ? Et la proximité de cet immeuble avec une station Hyperloop ? Et la qualité de sa fibre, si celle-ci existe encore, ou sa connectivité avec des solutions de connections à Internet dernier cri ?

Ensuite, le secteur de l’immobilier constitue un secteur suffisamment tangible pour répondre aux exigences de l’analyse. L’immobilier n’est pas autre chose que la construction, l’acquisition de biens, la location de bien, du service (agents immobiliers, gestion, immobilier indirect, …). Le secteur est appréhendable, délimitable, mesurable. On ne peut pas en dire autant du transport qui prend constamment de nouvelles formes (co-voiturage, VTC, projet Hyperloop, Uber Eats…), de l’hostellerie (AirBnb, hébergement gratuit avec des sites comme Couchsurfing), ou de la culture (téléchargement gratuit, co-production).

Enfin, le secteur immobilier a bénéficié dans la foulée de l’IEIF, depuis maintenant suffisamment longtemps, d’indices, d’études, de mesures permettant de disposer d’un historique solide et exploitable.

Le secteur de l’immobilier reste malheureusement un appartement témoin, que nul économiste ne visite, faute sans-doute d’y avoir pensé. Pourtant c’est bien ce secteur qui le premier a inventé tout un écosystème basé sur l’usage et non sur la possession (avec la location de biens), comme le numérique tente de le faire aujourd’hui en nous incitant à payer à l’usage voitures, vélos, hébergements, films, musiques, matériels et services en tous genres. En attendant, préparons-nous à remplacer l’adage “quand le bâtiment va, tout va” par “quand la connexion va, tout va”.