Le 12e G20 des jeunes entrepreneurs aura lieu les 29 et 30 octobre, juste avant le “vrai” sommet des 20 plus grandes puissances du monde. La France annonce ce jour sa délégation des 34 jeunes dirigeants d’entreprises françaises qui échangeront avec leurs homologues du monde entier. Avant de proposer leurs recommandations au gouvernement. Entretien avec Areeba Rehman, Présidente de Citizen Entrepreneurs, fondatrice et CEO de Fretbay et chef de file de la délégation française. 

Forbes France : Le G20 des entrepreneurs s’ouvre dans une période de crise : quel bilan faites-vous pour l’écosystème entrepreneurial français ? Etes-vous inquiets ? 


Areeba Rehman : Selon le sondage effectué auprès de nos délégués Citizen pendant le confinement, l’impact de la crise sanitaire sur l’activité des entrepreneurs de Citizen est jugé négatif à plus de 70% (dont 18% très négatif). Le bilan varie selon les secteurs. Le bilan reste mauvais pour les secteurs de l’hôtellerie, du tourisme, du transport sauf pour les entreprises dans le digital et celles qui ont su pivoter et fait preuve de résilience ! Cependant, 72% des entrepreneurs sont confiants dans l’avenir : « Notre business model reste valable, et malgré ses impacts, la crise ne fait qu’accélérer des tendances sur lesquelles nous sommes déjà positionnés (RSE, qualité, transparence, digital…). L’avenir est inquiétant pour les entreprises qui ne sont pas prêtes d’un point de vue financier et manquent de trésorerie ; il y aura beaucoup d’entreprises qui déposeront le bilan mais n’oublions pas que les crises ont toujours aussi donné naissance à de nouvelles opportunités business. Comme disait W. Churchill : “Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté.” Inutile de rappeler qu’un entrepreneur est dans le plus souvent des cas un éternel optimiste.

Quelles sont vos attentes pour cette édition 2021 ? 

L’édition 2020 est indispensable pour l’écosystème entrepreneurial français et global. Nous savons pertinemment que la relance de l’économie et la construction du nouveau demain seront faites par les entrepreneurs. Cette édition permettra d’autant plus de souligner les échanges, et les solutions nationales et internationales pour construire un meilleur demain. Cette année, le sommet est présidé par l’Arabie saoudite, un pays méconnu et surtout en désaccord avec nous, les Occidentaux, pour diverses raisons et spécifiquement sur les sujets de la mixité, de l’inclusivité, de l’égalité homme-femme.

Cette édition va se faire à distance : cela change-t-il beaucoup de choses dans la tenue des échanges ?

Compte tenu du contexte actuel, la France a opté pour une solution mixte. La délégation française se regroupera à Paris dans différents lieux partenaires tels que l’hôtel 5 étoiles Maison Albar, chez EY, chez BPIFrance, etc, sur les 4 jours. Le sommet, étant présidé par l’Arabie saoudite, sera en distanciel et diffusé grâce à une plateforme virtuelle française dans tous les pays du G20 YEA. Je suis fière d’avoir fait adopter à l’Alliance YEA un « savoir-français » au niveau mondial. Ainsi, le networking local restera au cœur des 4 jours de sommet aussi bien au niveau local que global.

Comment choisissez-vous les membres de votre délégation ? 

Les membres de la délégation répondent à un appel à candidature et doivent répondre à certains critères tels que 3 ans d’existence de leurs entreprises, 1 million de CA et avoir moins de 45 ans. Il y a aussi un système de cooptation. La France est heureuse de compter dans sa délégation 34% d’entrepreneurs femmes vs 27% l’an passé, 42% d’entreprises des territoires.

L’année dernière, le G20 des jeunes entrepreneurs avait abouti à 15 recommandations articulées autour de 5 axes : avez-vous été écouté ? Ont-elles été mises en place par les pouvoirs publics ? Quel bilan en faites-vous ?

Certaines mesures ont été prises en compte par le gouvernement. Bien sûr, nous n’avons pas été les seuls à les pousser mais nous sommes contents des orientations prises par le gouvernement dans des domaines où les entrepreneurs ont fait des reco : faire de l’apprentissage une voie d’excellence, développer une économie numérique européenne, instaurer un taux d’imposition minimum mondial à l’impôt sur les sociétés pour les multinationales pour lutter contre l’évasion fiscal, et enfin sanctuariser le Crédit Impôt-Recherche

Quels seront vos principaux axes de travaux cette année ? 

C’est trop tôt pour en parler, mais le thème du sommet est l’entrepreneuriat, source d’innovation et de résilience. Les axes de travaux seront guidés par le thème.

Avec le covid, vos marges de manœuvre sont-elles limitées ? 

Oui, d’abord dans nos déplacements. Nous ne pouvons-nous rendre en Arabie saoudite, il n’y aura pas de voyage cette année. Ensuite, beaucoup de restrictions et de conditions sanitaires sont naturellement à respecter pour le déroulement du sommet. Les lieux sont choisis en conséquence dans le respect des règles. 

Comment qualifieriez-vous la teneur des liens entre les entrepreneurs français et ceux du reste du monde ? Avec quels pays la France tisse-t-elle des liens particuliers ? 

La France joue un rôle central et clé dans l’Europe. Les entrepreneurs français ont toujours fait preuve de résilience, d’innovation et de fidélité envers leurs clients, leurs partenaires, et fournisseurs. Les entrepreneurs français maintiennent des relations fortes avec l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne… Le monde est en mutation, les sujets tels que l’environnement, la souveraineté, la RSE sont portés par les entrepreneurs français qui sont constamment à la recherche d’impact. Enfin, le near shore fait une apparition de façon très marquée.

Etes-vous optimistes pour les mois à venir ? Sur quoi portent vos craintes ?

Les craintes majeures concernent l’emploi… 1 entrepreneur sur 6 a cessé son activité à l’international dû à la crise.  23% des entreprises ont stoppé leurs activités à cause des problèmes liés à la logistique dont 2% à cause des problèmes douaniers pendant la crise (source : business france). Cette pandémie a accéléré la mondialisation (provision des masques pendant le confinement par exemple) même si les échanges se poursuivront de façon différentes avec un respect de la nature, de l’impact et de la responsabilisation en favorisant, j’insiste, le near shore. Le plus challenging en cette période est l’incertitude, mais l’entrepreneur vibre d’espoir et d’optimisme même si la période fut très difficile.