Solocal, Renault, Alstom : les cas où les actionnaires, dont les actionnaires individuels, s’expriment. Il est temps de prendre en compte l’avis de leurs propriétaires.

 

Le salon Actionaria va ouvrir ses portes ce vendredi 18 novembre. C’est le salon incontournable pour les investisseurs individuels pour rencontrer les entreprises dans lesquelles ils investissent ou dans celles qu’ils pourraient soutenir dans le futur. Cela est donc un lieu de débats et d’échanges.

 

Ces investisseurs individuels, que l’on appelle génériquement « petits porteurs », ce qui est une erreur tant son caractère est péjoratif, sont de plus en plus décidés à se faire entendre. Il est tentant, quoiqu’un peu facile, de faire le parallèle avec l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Face au mur – ou supposé tel – que leur opposent les « institutionnels », ils souhaitent que leur opinion soit prise en considération.

 

Le dernier exemple en date est celui de l’entreprise Solocal, qui, face à une dette très importante, l’a renégociée avec ses créanciers. Mais les actionnaires ont été mis devant le fait accompli et n’ont pas été associés à la négociation. Lors de l’assemblée générale du 19 octobre dernier, ils ont donc refusé à une large majorité le plan de restructuration, qui les diluait fortement au profit des créanciers, dont certains étaient responsables de cet endettement trop important. La direction indiquait que c’était le seul plan possible pour sauver l’entreprise. Après ce refus, de nouvelles négociations ont été engagées qui ont permis d’aboutir à un nouveau plan plus favorable aux actionnaires qui avaient investi leur épargne dans Solocal et qui avaient vu leur investissement fondre de 98 % parfois.        

 

Au cours des assemblées générales du printemps dernier, les cas de Renault et d’Alstom ont également marqués les esprits, puisque les actionnaires dans leur majorité ont refusé de valider la rémunération des dirigeants. Et dans ces deux cas, le conseil d’administration de ces entreprises n’en a pas tenu compte, comme la loi les y autorisait. Le 9 novembre dernier, Henri Poupart-Lafarge, nouveau PDG d’Alstom, a annoncé dans un communiqué avoir “constaté” qu’il “n’y avait pas de suite à donner au vote négatif” de ses actionnaires. « Circulez, il n’y a rien à voir », pourrait-on dire en plagiant Coluche.

 

Puisque l’on répète aux actionnaires qu’ils sont les propriétaires de l’entreprise, ils ont besoin d’être considérés comme tels. Et l’on constate que ce n’est pas toujours le cas. Bien évidemment rares sont les arbres qui cachent la forêt des bons élèves. Mais ce sont des cas emblématiques. Il est dommageable que des chefs d’entreprise, souvent très talentueux, fassent fi de leurs actionnaires auxquels ils doivent pourtant rendre compte du mandat qu’ils leur ont confié. N’ayant pas pris la mesure de la portée de leur engagement et de l’incompréhension, voire du ressentiment qu’ils pouvaient provoquer, ils ont contraint le législateur à réglementer brutalement, alors qu’une autorégulation comme le code AFEP-MEDEF serait suffisante si elle était appliquée avec intelligence.

 

C’est le sentiment qui ressort chez une grande partie des actionnaires mais aussi de l’ensemble de l’opinion publique. Les études d’opinion le montrent bien. Les chefs d‘entreprise qui ont une vraie côte d’amour sont ceux qui sont actionnaires et qui ont développé leur entreprise. Les patrons de grands groupes bénéficient d’une bonne opinion bien plus faible.

 

Le vote des Américains pour Donald Trump, celui des Britanniques pour le Brexit comme celui d’un trop grand nombre de Français pour des partis extrémistes, montrent à l’envi cette volonté des « petits » d’être écoutés et entendus. Sans verser dans le populisme, il serait temps qu’ils se rendent compte que la société est devenue plus horizontale. Les actionnaires souhaitent s’exprimer, ils le font lors des AG. Il le faut les écouter ; parfois ils peuvent être de bon conseil.