Acquis en 2015 afin de pouvoir disposer des droits de vote doubles et déclenchant, par la même occasion l’ire de Renault, l’Etat a finalement revendu ce jeudi – pour un montant avoisinant les 1,2 milliard d’euros – les 4,73% du capital du constructeur. Une manière d’apaiser les tensions entre la marque au losange et son actionnaire historique ?

Tout est bien qui finit bien entre Emmanuel Macron et Carlos Ghosn ? L’avenir nous le dira. Toujours est-il que les deux hommes ont indirectement soldé le contentieux qui les opposait après la montée de l’Etat au capital de Renault en 2015 afin de disposer de droits de vote double. Dans le détail, celui qui n’était encore que simple ministre de l’Economie était monté au front, faisant passer la participation de l’Etat de 15,01% à 19,74% afin d’imposer, en assemblée générale, l’application de la « loi Florange » qui récompense les actionnaires de long terme par des droits de vote double. « Un coup de force » aux yeux de Carlos Ghosn qui a fustigé l’initiative du ministre, l’accusant de mettre en péril l’alliance entre Renault et Nissan. Ce dernier n’avait pas non plus particulièrement apprécié la manœuvre, le constructeur japonais ne disposant pas de droits de vote double alors que son activité représente à elle seule plus du double de celle de son partenaire. Une incongruité qui avait exacerbé les tensions.

Mais ce jeudi, le contentieux a connu son (probable ?) épilogue avec la cession par l’Etat des 4,73% du capital du constructeur acquis à l’époque. Avec une jolie « culbute » à la clé.  « Cette opération est donc un succès stratégique, obtenu dans des conditions patrimoniales favorables puisque l’État enregistre une plus-value de plus de 55 millions d’euros sur cette opération », a estimé le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, dans un communiqué. Une première étape vers un désengagement progressif de l’Etat dans les « affaires courantes » du constructeur ? C’est en tout cas l’analyse du broker Evercore, cité par Reuters. « Nous espérons que cela traduit la volonté plus large du gouvernement de jouer un rôle moins intrusif dans l’entreprise», souligne l’intermédiaire avant d’ajouter que « cette cession pourrait être une indication d’un désengagement plus important de l’Etat à l’avenir ».

En tête du CAC 40

En Bourse, la nouvelle a été, évidemment, particulièrement bien accueillie par les investisseurs, ces derniers hissant le titre Renault en tête du CAC 40 avec une progression de près de 4% et un pic à 91,3 euros en fin de matinée, soit un plus haut historique depuis janvier 2016. « Même si la vente par l’Etat français était attendue depuis longtemps, elle supprime l’un des principaux handicaps pesant sur le titre », souligne Barclays dans une note cité par Reuters. Et d’ajouter que « la fin de l’anticipation du placement devrait permettre à l’action de recommencer à surperformer ». Dans la cadre de cette cession, l’agence des participations de l’Etat (APE), structure en charge de l’opération, a également fait savoir que Renault avait souhaité prendre part à l’opération dans le cadre de son programme de rachat d’actions, pour un total de 1,4 million, soit 10% de l’ensemble des titres.

L’Etat poursuit ainsi sa stratégie de cessions d’actifs, entamé en septembre dernier avec la vente de 4,5% du capital de l’énergéticien Engie (ex-GDF) pour un montant de 1,53 milliard d’euros. Pourtant, la cession desdites actions Renault n’a pas été simple, comme le rappelait Bruno Le Maire le mois dernier, l’Etat attendant le moment idoine pour « liquider » ses titres, autremement dit que le cours du constructeur ait retrouvé de sa vigueur. « Nous sommes scotchés avec quelques pour cents de Renault que je n’arrive pas à vendre parce que le cours de l’action n’est pas suffisamment élevé », confirmait le locataire de Bercy. Désormais délesté des titres Renault, l’APE devrait poursuivre son programme et plusieurs noms reviennent avec insistance comme Orange ou encore Aéroports de Paris.

Un fonds d’innovation de rupture

Ce programme de cessions d’actifs d’un montant total de 10 milliards d’euros doit servir à alimenter un fonds en faveur de l’innovation de rupture promis par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle. « Le produit de cette opération contribuera à alimenter le fonds pour l’innovation de rupture voulu par le président de la République », a confirmé Bruno Le Maire. Ce fonds devrait voir le jour au début de l’année 2018. « Le rôle de l’Etat en matière économique, c’est d’investir dans l’avenir, de financer l’innovation de rupture, de protéger nos secteurs stratégiques et de construire des champions européens », avait précisé, par le passé, le ministre de l’Economie. En attendant de nouvelles cessions, c’est l’apaisement qui devrait l’emporter entre Carlos Ghosn et Emmanuel Macron, visiblement tous deux désireux de tourner la page de cette épisode tumultueux. Et qui appartient désormais à l’histoire.