Initialement dédiée à la navigation automobile, au géomarketing et à certains aspects de la gestion du territoire, les champs d’application de la cartographie ne cessent de s’ouvrir à de nouvelles dimensions, à mesure que se développent les services liés à l’automatisation et basés sur l’intelligence artificielle.

Si en effet, elle reste un socle fondamental des nombreux services, la carte continue de s’ouvrir à de nouveaux territoires : physiques, premièrement, avec l’intégration de la 3e dimension (verticalité, profondeur), mais aussi analytiques et logiciels, avec la superposition de couches de données personnalisables à l’infini. Depuis l’enrichissement des points d’intérêts, la carte n’est plus un calque statique, elle est devenue un axe dynamique structurant pour des services numériques inédits, dont elle devient le référentiel central.

Le défi des prochaines années, pour les entreprises et pour les fournisseurs de services, va ainsi consister à intégrer au sein de ce référentiel une immense variété de jeux de données, requérant des traitements différents, se présentant sous des formats divers et destinés à des usages multiples, dans des contextes business hétérogènes. Vaste programme.

Le premier exemple, devenu le plus classique, est bien sûr l’avènement du véhicule autonome. Ici, les sentiers commencent à être tracés, les principaux prérequis étant établis et les R&D du monde entier étant à l’ouvrage : association de carte HD et de capteurs, interaction des marquages au sol et de la signalétique urbaine, remontée en temps réel des informations trafic – ce que nous faisons déjà en partenariat avec trois constructeurs automobiles concurrents, intégration progressive des signaux numériques ambiants dans les équations décisionnelles des véhicules, etc.

Des secteurs initialement sans rapport vont s’interconnecter

La « seule » mise en place de ce projet de véhicule autonome se présente donc déjà comme un immense challenge et la tâche à accomplir dans le domaine reste impressionnante. La réalité est, qu’au-delà, cette tâche ne représente aujourd’hui qu’une première étape vers un monde plus automatisé et plus interconnecté, réagissant en temps réel aux nouveaux signaux en présence.

Quelques exemples simples peuvent illustrer l’ampleur de ce que les dimensions numériques de la carte vont pouvoir permettre, et devoir gérer. Au-delà du véhicule particulier en effet, l’ensemble des flux va continuer à générer des signaux numériques, qu’il s’agisse du transport – de marchandise, de personnes, des échanges (connexion à un site web depuis un appareil donné, à un endroit donné), ou de loisirs (prendre une photo, écouter de la musique). Ces flux vont s’intégrer dans une unité géographique augmentée et pertinente pour les acteurs qui sauront en tirer profit.

L’émergence du monde numérique signifie ainsi que des secteurs qui n’avaient a priori pas de rapport entre eux vont devoir, de fait, s’interconnecter. Comme on l’a vu, la voiture autonome ne deviendra possible qu’au sein d’une ville intelligente ; cette ville s’appuiera, elle, sur les traces numériques humaines et sur les interactions numériques entre les objets – téléphones, montres, wearables… – pour signaler et anticiper les différents flux, et intégrer l’ensemble au sein de clouds cartographiques.

En filigrane, la carte dynamique

Ainsi, alors que jusqu’à présent, la carte nécessitait une consultation active, le schéma va s’inverser avec des services cartographiques proposés de façon dynamique et contextualisés aux conducteurs, aux passants ou encore aux professionnels du transport. Une organisation nouvelle se façonne autour de la livraison de services et de marchandises, prévoyant les pics et jugulant les congestions. Enrichie de données météorologiques, d’événements du calendrier, de l’actualité politique ou culturelle (une manifestation, un match de football, un concert), la carte dynamique va directement enrichir le territoire électronique de tout un chacun.

La verticalité et la profondeur vont également augmenter la carte de données à valeur ajoutée ; les récentes annonces autour de la livraison par drones présagent d’une part, de nouveaux types d’organisation pour les entreprises, et d’autre part, de nouvelles possibilités pour les consommateurs. Le tout nécessitant toujours plus d’inter-connectivité entre des éléments statiques et dynamiques.

Par l’Auteur Edzard OVERBEEK, CEO HERE Technologies