L’élection présidentielle américaine approche à grands pas et s’annonce déjà comme l’une des plus controversées jamais organisées. À présent, alors que Donald Trump se remet du Covid-19, le niveau d’incertitude est au plus haut. Comment les marchés vont-ils réagir ?

Lorsque le président des États-Unis a annoncé qu’il était atteint du coronavirus, les marchés ont été secoués. Les indices américains, tels que le S&P et le Dow Jones, ont été touchés, reculant de près de 1 % à leur ouverture après l’annonce de la nouvelle via le compte twitter de Donald Trump.


Russ Mould, directeur des investissements chez le courtier AJ Bell, explique : « Le fait que Donald Trump ait attrapé le coronavirus a placé les marchés dans un léger état de désarroi ».

Il poursuit  : « Tout d’abord, le fait que le président des États-Unis soit malade crée un sentiment d’instabilité pour les marchés en général. Ensuite, cela soulève la question de savoir comment l’élection présidentielle va se dérouler. Trump sera-t-il assez en forme pour poursuivre sa campagne tout en s’isolant, ou les élections seront-elles reportées ? »


Ceci montre clairement les répercussions que peuvent avoir une élection présidentielle américaine sur les marchés et, au final, sur les investissements privés. Après tout, comme le dit le proverbe américain : « When America sneezes, the whole world catches a cold » (lorsque l’Amérique éternue, le monde s’enrhume).

Rupert Thompson, directeur des investissements de la société de gestion de patrimoine Kingswood, estime : « La nouvelle du résultat positif de Donald Trump au Covid-19 implique encore plus de volatilité liée à l’élection américaine pour les marchés au cours des prochains mois ».

Le débat présidentiel organisé fin septembre avait semblé faire pencher la balance en faveur de Joe Biden, qui espère bien remplacer le président actuel. Mais entre temps, le séjour express de Donald Trump à l’hôpital a semé le doute parmi les électeurs. Selon Rupert Thompson : « Cela devrait jouer en faveur de Biden, mais Trump pourrait bénéficier d’un vote de sympathie ».

Ainsi, l’élection pourrait avoir des conséquences plus générales sur l’économie, puisque les consommateurs vont sans doute se montrer plus prudents dans leurs comportements économiques, ce qui devrait ralentir la reprise.

 

Les marchés naviguent en eaux troubles

Rupert Thompson poursuit : « Il semblait déjà que les marchés étaient en eaux troubles, et les derniers développements indiquent simplement que les vagues pourraient être un peu plus grosses ».

L’élection américaine de 2020 s’annonçait déjà comme un scrutin inhabituel, mais la vitesse de rétablissement de Donald Trump affectera sans aucun doute les semaines restantes de la campagne et la réaction des investisseurs à son diagnostic.

Nicolas Janvier, responsable des actions américaine chez Columbia Threadneedle Investments, précise : « Au cours des prochaines semaines, l’anxiété autour de l’élection américaine va sans doute s’intensifier. Cependant, les changements d’administration présidentielle entraînent rarement des changements fondamentaux dans le fonctionnement de l’économie américaine. Ils ont donc tendance à avoir un impact limité à long terme sur les marchés financiers ».

Les marchés des options américain (qui parient sur ce qui pourrait se passer à l’avenir) enregistre actuellement une volatilité accrue, ce qui laisse présage un manque de visibilité pour les investisseurs quant au jour de l’élection.

 

Des hauts et des bas

Comment les investisseurs traditionnels peuvent-ils donc éviter des émissions à court terme aussi risquées, et comment peuvent-ils surmonter au mieux les hauts et les bas du marché qui pourraient se produire au cours des prochaines semaines ?

Pour Nicolas Janvier : « Il sera important pour les investisseurs de reconnaître que, même si la volatilité et l’incertitude seront importantes à la fois avant et après les élections, l’économie et les marchés passeront outre. Les investisseurs bénéficieront davantage d’une focalisation sur les entreprises américaines ayant des business models solides à long terme ».

Pour sa part, Russ Mould, de chez AJ Bell, estime que les marchés pourraient souffrir de la même manière qu’il y a 20 ans si le résultat de l’élection venait à être contesté : « La position combative du président Trump sur le vote par correspondance et sa déclaration affirmant qu’il pourrait contester le résultat de l’élection rappellent de mauvais souvenirs de l’élection de 2000 ».

Cette année-là, George W. Bush et Al Gore s’étaient battus pour un recompte des votes dans l’État de Floride, se disputant les voix et devant finalement se tourner vers la Cour suprême des États-Unis pour régler le problème. À la fin du conflit, l’indice S&P 500 des actions américaines avait perdu 12 % de sa valeur, bien qu’il ait rebondi pour en récupérer environ la moitié au moment où George W. Bush avait prêté serment quelques semaines plus tard.

 

Les politiques économiques des candidats

Il va de soi que les deux candidats à la présidence des États-Unis ont des politiques économiques différentes. En fait, ils ne pourraient pas être plus opposés l’un de l’autre.

Russ Mould nous explique : « Sur le papier, Donald Trump semble plus enclin à favoriser davantage de réductions d’impôts et de dérèglementation, une recette que les investisseurs en actions américaines ont bien accueillie depuis son élection en 2016, malgré toutes leurs craintes initiales au moment de sa défaite contre Hillary Clinton et les préoccupations constantes concernant ses politiques commerciales et les relations tendues entre Washington et Pékin ».

« À l’inverse, Joe Biden semble plus enclin à favoriser des hausses d’impôts et une répartition progressive des richesses, ainsi qu’une réglementation plus stricte. Le pétrole, les banques et la technologie sont des secteurs boursiers qui peuvent être considérés avec prudence dans ce contexte, bien que des dépenses agressives dans les infrastructures et les énergies renouvelables signifient qu’il pourrait y avoir quelques hotspots intéressants sur le marché ».

Cependant, les observateurs du marché américain savent bien que les politiques peuvent changer après l’élection d’un nouveau président.

Pour Greg Padilla d’Aristote Finance, une société qui gère notamment le fonds St. James’s Place North American : « Les candidats parcourent le pays en faisant des promesses et en expliquant pourquoi l’élection de l’autre candidat entraînera la mort de la nation. Mais en réalité, très peu de promesses électorales sont inscrites dans la loi, et la nation continue ».

Il reste à voir si cette année, alors que les rebondissements ne cessent de s’accélérer, le schéma sera similaire à celui des années précédentes.

 

L’incertitude des promesses électorales

L’une des réalités de la politique américaine est qu’un président a besoin du soutien du Sénat pour faire adopter des lois et tenir ses promesses électorales. Et cela n’est pas toujours le cas, comme Barack Obama l’a découvert à son grand regret. Une victoire de Joe Biden pourrait entraîner les mêmes problèmes, à savoir qu’il ne parviendrait pas à obtenir le soutien du Sénat, ce qui limiterait la quantité de lois qu’il pourrait faire adopter.

Par exemple, il n’y a toujours pas d’accord sur le projet de loi de soutien financier que les républicains préféreraient maintenir à 2 000 milliards de dollars, alors que les démocrates veulent l’augmenter à 3 000 milliards de dollars.

Marcus Brookes, directeur des investissements chez Schroders Personal Wealth, développe : « Une incapacité à trouver un compromis avant les élections aurait des conséquences négatives pour les deux parties, donc il est probable que l’on trouve en un ».

« Cela devrait donner une brève impulsion aux dépenses américaines, ce qui est très opportun car la reprise du marché de l’emploi semble à l’arrêt. Une relance de l’économie américaine a des ramifications positives sur les attentes mondiales, y compris celles des investisseurs britanniques ».

 

Et si Joe Biden l’emporte ?

Pour Marcus Brookes : « Si le sénateur Biden remportait les élections, y compris une majorité au Sénat, il ne serait pas surprenant qu’il récompense ses électeurs », ce qui signifierait plus de dépenses sociales, plus d’emprunts publics et la possibilité de mettre davantage l’accent sur le transfert des richesses : en bref, taxer les plus riches et redistribuer aux plus pauvres.

Tout d’abord, cela augmenterait le fardeau de la dette que le gouvernement américain doit maintenir, ce qui signifierait moins de dépenses pour les hôpitaux, les routes et les aides financières.

Par ailleurs, l’augmentation des emprunts d’État se traduirait par l’émission d’un plus grand nombre d’obligations du gouvernement américain, qui peuvent constituer une partie importante d’un portefeuille d’investissement, souligne Marcus Brookes.

Il conclut : « En cette période de grande incertitude, nous nous concentrons sur le développement d’un mélange d’actions et d’obligations. Si l’on ajoute à cela un horizon à long terme raisonnable (nous nous concentrons sur 10 ans), l’investisseur a une chance de ne pas être déraillé par les turbulences à court terme créées par les machinations politiques ».

 

Une incertitude permanente

Russ Mould, de chez AJ Bell, est franc dans sa prédiction : « Personne n’a la moindre idée de qui va gagner, personne ne sait si le résultat sera même disponible ou accepté, et personne ne sait comment les marchés vont réagir en cas de victoire de Biden ou de Trump ».

Il souligne qu’avant les élections américaines de 2016, le consensus était que l’élection de Donald Trump serait une mauvaise nouvelle pour les marchés, en raison de ses politiques commerciales en particulier. Mais à l’évidence, cette hypothèse ne s’est pas vérifiée.

Simon Cahill, associé chez Octopus Wealth, estime : « Si l’on se réfère à l’élection de 2016, tous les commentateurs de l’époque disaient que Donald Trump ne serait jamais élu et que si c’était le cas, les marchés feraient une chute vertigineuse. Mais cela n’a pas été le cas. En fait, ils ont même pris la direction opposée ».

Selon lui, les investisseurs devraient considérer les actions comme un investissement à long terme : « Les fluctuations à court terme et le bruit du marché ne devraient pas les détourner de leur stratégie globale. La réalité est qu’avec les prochaines élections, les marchés peuvent grimper, chuter ou rester tels quels ».

Il ajoute : « Si quelqu’un vous dit qu’il est convaincu de savoir ce qu’il adviendra des marchés, fuyez. Ils ne peuvent pas le savoir ».

 

Articles traduit de Forbes US – Auteur : Simon Read

 

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