Octobre, c’est le mois de l’année pendant lequel est publié le célèbre World Economic Outlook (WEO) du Fonds Monétaire International (FMI). Cette année, plus que les autres, il sera question de la Coronacrise. La croissance plonge sévèrement. Le FMI, par la voix de son économiste en chef Gita Gopinath, met en garde contre la hausse des dépenses publiques des Etats et la dette atteint des pics historiques. La Coronacrise devrait couter plus de 12 000 milliards de dollars (près de 15 % du PIB mondial), soit plus de 10 000 milliards d’euros.

La dualité économies avancées vs. émergentes au cœur des nouvelles prévisions de croissance mondiale du FMI


Cette année, le PIB devrait se contracter fortement. Il s’agirait de la plus forte contraction en plus d’un siècle… Le Fonds estime que l’économie mondiale va vivre une récession de l’ordre de 4,9 % en 2020 puis un rebond de 5,4 % devrait s’amorcer l’année suivante. Le plus lourd tribut revient en revanche aux économies avancées, dont la contraction à hauteur de -8 % du PIB réel ne serait que partiellement gommée en 2021 avec une croissance estimée à 4,8 %.

La Zone euro et le Royaume-Uni vivent une récession marquée à -10,2 % cette année, suivie de rebonds timides. L’Italie, l’Espagne et la France figurent parmi les pays les plus durement touchés sur le plan de la croissance. Le continent nord-américain n’est pas en reste avec des contractions de 8,4 % pour le Canada et 8 % pour les Etats-Unis. Du côté des économies émergentes, la reprise devrait être plus soutenue que la récession.

En effet, la Chine semble tirer son épingle du jeu avec une croissance quasiment nulle à +1 % en 2020 mais s’ensuivrait un rebond technique de forte magnitude en 2021 (+8,2 %). Le Brésil devrait connaître une chute importante de son PIB cette année (–9,1 %) alors que l’Inde limiterait les dégâts sur deux ans… Evidemment, les rebonds de croissance dès 2021 vont être financés majoritairement par de l’endettement. Porter un œil sur les ratios dette-sur-PIB semble être pertinent au regard du risque souverain.

La dette comme premier moteur de relance

A en croire les dernières prévisions d’endettement du FMI, l’essentiel de cette récession devrait être financée, à minima, par de l’endettement public. Les plans de relance ont succédé aux plans d’urgence un peu partout dans le monde et l’endettement devrait connaitre une hausse record en moins d’un an. L’addition serait salée puisque ce ne serait pas moins de 12 000 milliards de dollars de hausse de dette qui serait enregistrée dès cette année (soit environ 10 000 milliards d’euros). Ainsi, du côté des économies avancées, c’est un bond de 26 points de PIB d’endettement qui se matérialiserait dès cette année, passant d’un ratio dette-sur-PIB de 105,2 % en 2019 à 131,2 % en 2020.

Comme pour la croissance, les économies les plus émettrices de dette publique seraient les Etats-Unis avec plus de 28 points de PIB de hausse, suivis de la zone euro avec +21 points de PIB (Italie : +31,3 points de PIB ; Espagne : +28,3 points de PIB ; France : +27,6 points de PIB et Allemagne : +17,4 points de PIB). Le Japon et le Royaume-Uni ne seraient évidemment pas épargnés avec des hausses respectives de 30 et 16,2 points de PIB de leur endettement public. Les économies émergentes, moins impactées sur le plan de la croissance, devraient tout de même enregistrer, en moyenne, une hausse de 10,7 points de PIB (de 52,4 % à 63,1 % du PIB). Cette hausse, même si elle semble relativement faible dans l’absolu, représenterait tout de même un bond de plus de 20 % de l’endettement public dans les économies émergentes (contre près de 25 % au sein des économies avancées).

La Chine, l’Inde et le Brésil participent très largement à cette tendance avec des hausses de stocks de dette d’environ 12 points de PIB chacun. Il est important de retenir que toutes les économies importantes sur le plan mondial devraient voir leur endettement s’accroître directement via de l’endettement public et/ou indirectement via une baisse du PIB (faisant augmenter mécaniquement le ratio dette sur-PIB).

En conclusion, la Coronacrise que nous traversons actuellement coûte et va continuer de coûter cher sur le plan économique et financier. Des rebonds techniques sont attendus dès 2021 sur le plan de la croissance, mais si l’économie mondiale continue de tourner au ralenti comme actuellement, les ratios d’endettement devraient au moins se stabiliser grâce à la hausse du dénominateur. Dans le même temps, les taux d’intérêt ne devraient pas augmenter à court terme, les grandes Banques Centrales sont à la manœuvre pour s’en assurer.

Article rédigé par Julien Moussavi, BSI Economics