Largement impactée par le Brexit et la fuite de milliers d’emplois vers le continent, Londres n’est désormais plus la première place financière du monde, devancée par New York. En revanche, l’attractivité et la progression de Paris est plus mesurée : la Ville Lumière ne grappille, effet, qu’une seule place dans ce classement.

La City perd de sa superbe. Confrontés à l’exode de milliers d’emplois, les plus prestigieux établissements bancaires de la planète, désireux de conserver leur accès au marché unique européen, ont pris « les devants » avec en ligne de mire mars 2019 et la sortie officielle de la Grande-Bretagne du giron européen. Ainsi, selon l’indice Z/Yen qui répertorie 100 centres financiers mondiaux sur la base de critères tels que les infrastructures et l’accès à un personnel hautement qualifié, Londres descend de son piédestal, supplantée par New York. « Big Apple » devance ainsi, outre Londres, Hong Kong qui complète le podium au pied duquel échoue Singapour. Autre enseignement de ce palmarès, la montée en puissance de Shanghai qui s’empare de la cinquième place, au détriment de Tokyo qui recule à la sixième position.  A noter également la bonne tenue de plusieurs places d’Europe continentale au sein de ce palmarès ; citons pêle-mêle Zurich qui s’installe dans le Top 10 (9e place) par une progression de sept rangs tandis que Francfort, principale terre d’accueil des employés de la City en déshérence avec Paris,  grimpe de 10 places, passant de la 20e à la 10e position. En revanche, « douche froide » pour Paris dont la progression – de la 24e à 23e place –  est plus que limitée. Une petite déception dans la mesure où la dynamique semblait être du côté de la capitale française ces derniers mois,  bien davantage que son éternelle rivale Francfort.

Et c’est peu dire que Paris ne ménage pas ses efforts pour s’imposer comme « LA » terre d’accueil européenne des salariés désireux de quitter la City.  Comme rappelé par Les Echos début juillet, ce sont déjà près de 3 000 salariés – soit près de la moitié de son objectif de 10 000 emplois nouveaux créés – tous établissements bancaires confondus (1 000 pour la banque sino-britannique HSBC ou encore 400 pour Bank of America entre autres) – qui devraient ainsi « trouver refuge » au sein de la Ville Lumière. Les raisons de ce nouvel attrait se situent essentiellement dans l’amélioration du climat politique français et la confiance retrouvée des investisseurs corrélées aux réformes impulsées par Emmanuel Macron à l’Elysée il y a un peu plus d’un an.  Et ce n’est pas fini, à en croire le Premier ministre Edouard Philippe qui a annoncé mi-juillet de nouvelles mesures pour amplifier le mouvement.  Pour séduire les gestionnaires de fonds, l’hôte de Matignon avait notamment affirmé que le “carried interest” perçu hors de France serait fiscalisé en France comme un revenu du capital et non plus du travail, réduisant ainsi l’imposition des impatriés qui bénéficieront de la flat tax à 30%.

Zurich en embuscade

De quoi redonner le sourire à la France, perçue aux yeux des investisseurs étrangers sous le quinquennat précédent comme « l’ennemi de la Finance », selon le mot de François Hollande en 2012, lorsqu’il battait la campagne à la conquête de l’Elysée. Ainsi, Paris, après un  « retard à l’allumage » aurait repris le dessus sur Francfort, sa principale concurrente dans cette « opération séduction » à destination des salariés de la City.  Par exemple, Bank of America (qui a officiellement annoncé le transfert de 400 salariés vers Paris) éprouverait de grosses difficultés à recruter à Francfort et envisagerait, de ce fait, de « renforcer son hub à Paris ». D’autant que « Mainhattan », comme est parfois surnommée Francfort, n’accueillera pas les « 4 000 emplois » initialement évoqués par Deutsche Bank à l’été 2017, puisque ce ne seront « que » quelques centaines de transferts qui seront opérés, disséminés dans plusieurs villes de l’Union européenne.  Ce classement reflète néanmoins le fait que Paris et Francfort devront se méfier de Zurich, la ville helvète pouvant également offrir des conditions idoines aux employés de Londres en quête d’un nouveau « terrain de jeu ».

Pour rappel, comme « chiffré » mi-juillet par Catherine McGuinness, responsable de l’administration locale de la City of London, ce sont entre « 3 500 et 12 000 emplois » qui seraient susceptibles de « traverser la Manche » une fois le Brexit entériné.  « Nous ne prévoyons pas un important Brexodus dans un premier temps. Mais tout va dépendre de la manière dont les choses vont tourner. A long terme, on pourrait assister à de nombreux autres départs », a souligné la responsable qui ne se montre pour autant pas forcément très rassurante pour l’avenir. « De nombreux autres emplois pourraient être perdus sur le long terme ». D’où le « grand écart » susmentionné entre « fourchette haute et fourchette basse ». De quoi continuer à maintenir sous pression Paris, Francfort et Zurich, un « trident » lancé à tombeau ouvert pour s’offrir, à plus long terme, la couronne de première place financière d’Europe.