Dans la mouvance des marketplaces qui dépoussièrent la brocante, Selency est plébiscitée par une nouvelle génération de consommateurs de design, qui scrutent chaque jour la perle parmi les 1500 nouveaux produits. En sélectionnant avec soin les articles qu’elle met en scène dans un univers qui n’a rien à envier au papier glacé des magazines déco, la plateforme réenchante l’univers vintage.


 

Un succès : à ce jour, la start-up de 50 salariés qui vient de boucler un tour de table de 15 millions d’euros, affiche un chiffre d’affaire de 30 millions d’euros. Charlotte Cadé, co-fondatrice avec son mari Maxime Brousse, s’est donné pour mission d’aller plus loin dans la transition écologique de Selency. Pour 2021, elle prévoit le financement de programmes de développement d’énergie renouvelable, en favorisant les transporteurs électriques et la promotion de l’offre locale sur la plateforme. Rencontre avec une jeune femme de sa génération : dynamique et conquérante.

 

Votre marketplace de décoration « seconde main » est-elle orientée vintage ?

Charlotte Cadé : Non, Selency balaie un marché plus large avec tous types de pièces. Je définirai notre marketplace comme une plateforme de mobilier et de décoration de seconde main, sélective. La sélection est en effet au cœur de notre ADN avec des produits de tous les styles, et tous budgets confondus.

 

En quoi consiste cette sélection ?

C. C. : C’est un engagement chez Selency de proposer des produits, qui viennent soit de professionnels soit de particuliers, après les avoir vérifiés avec soin (sur photos et descriptifs). Lors de ce premier « check » qui vérifie la qualité, l’état du produit mais aussi son esthétique et son style, 15 % d’entre eux sont rejetés. Puis en seconde étape, notre équipe d’experts authentifie pour éviter les risques de faux entre du vrai mobilier signé par un  designer et celui dont c’est une copie « dans le style de ». Je précise néanmoins que cela n’a pas de valeur juridique, mais une fois sur deux, après vérification ce n’est pas authentique. On peut vendre du mobilier inspiré de designer sur Selency mais il faut que cela soit clairement précisé et visible.
Selency est une petite boutique de déco alors que les sites généralistes sont plutôt des supermarchés avec un rayon déco.

 

Ne risque-t-on pas de se retrouver tous avec le même mobilier design ?

C. C. : Non, car ce qui fait le charme de ce type de mobilier, c’est sa patine, avec les détails du bois, du cuir qui en font un modèle légèrement différent… C’est pourquoi certaines éditions originales valent plus chères que des éditions plus récentes. La mission de Selency va à l’encontre de toute cette décoration assez identique et identitaire que l’on trouve chez les fournisseurs de neuf, en proposant des pièces uniques et donc personnelles.

 

Quel est le profil de vos acheteurs ?

C. C. : Ils sont très différents. Cela varie du connaisseur assez pointu qui cherche des pièces particulières à celui qui est dans une approche plus décorative et n’y connait pas forcément grand-chose : il veut trouver un meuble à son goût.

 

Peut-on vraiment faire des bonnes affaires sur Selency ?

C. C. : Si 70 % du mobilier vient des professionnels, c’est parce qu’ils ont logiquement plus de produits à vendre que le simple particulier, mais dans les deux cas, on peut faire de bonnes affaires. Il y a les particuliers pressés de se débarrasser de certains biens à un coût bas et les professionnels qui doivent faire tourner leur stock pour leur trésorerie, avec des prix attractifs. Il faut revenir régulièrement faire des découvertes car il y a plus de mille nouveaux produits par jour.

 

En sélectionnant vos produits, ne sélectionnez-vous pas également vos clients ?

C. C. : Non au contraire, on a élargi notre clientèle. Notre effort de sélection porte sur l’intégration de nouvelles catégories avec encore plus de produits, comme celle de l’art inaugurée il y a an, ou encore celle de la seconde main du design actuel, en développant des partenariats : Vitra a fait une vente de ses modèles d’exposition. Enfin la démarche de Selency est de démocratiser les pièces uniques à caractère authentique et durable. Après, on reste dans la verticale de la décoration et de la maison, il n’est pas question de faire du prêt-à-porter ou de la vente de bijoux.

 

Quelle est la valeur ajoutée de Selency ?

C. C. : Selency puise sa valeur ajoutée dans trois points majeurs que sont la sélection, mais aussi, le site a vocation à accompagner les acheteurs dans des univers qui les inspirent. Enfin, troisième aspect très important de notre savoir-faire, l’excellence du service : la livraison et le service client. Par rapport aux concurrents dits généralistes, nous avons construit et fidélisé un réseau de petites entreprises de transport pour être livrés un peu partout en Europe les yeux fermés. L’expérience achat sur Selency, c’est un service clé en main, du clic d’achat au paiement ultra sécurisé, en passant par le transport à domicile.

 

Comment résistez-vous à la concurrence ?

C. C. : Si on prend la concurrence au sens large, c’est vrai qu’il y a du monde sur le marché. Pour pour filer la métaphore, Selency est une petite boutique de déco alors que les sites généralistes sont plutôt des supermarchés avec un rayon déco. Je pense au contraire que la petite boutique restera un lieu de référence pour décorer son appartement avec des jolies choses. La vraie concurrence vient plutôt du neuf : est-ce que les clients aujourd’hui auront le réflexe d’aller sur Selency plutôt que sur Maison du Monde ou Ikéa ?

 

Selency est un site d’e-commerce soutenu par une belle communauté (2,5 millions de visites), Comment entretenez-vous le lien ?

C. C. : Par le relationnel et avec l’authenticité qui est au cœur de nos valeurs. Nous avons développé un système de messagerie interne et cultivons la fluidité des échanges au maximum. Nous l’accompagnons l’acheteur et le vendeur.

 

Aujourd’hui êtes-vous rentable ?

C. C. : Je vais essayer de répondre en disant qu’aujourd’hui nous sommes rentable avec le volume de vente que l’on génère. Néanmoins, nous privilégions à ce jour les investissements qui nous permettent d’avoir une croissance forte, qui double chaque année depuis notre création. Cela nous assure une présence forte auprès du marché français. Mais à moyen terme – à peu près 18 mois – Selency a vocation à générer de la valeur.

 

Quels enseignements avez-vous tirés dans cette aventure entrepreneuriale ?

C. C. : Avec mon co-fondateur, nous avons réalisé parfois à nos dépens que notre plateforme était 100 % tech avant d’être une belle marque en ligne. Si aujourd’hui j’ai une totale confiance dans notre plateforme et la robustesse de notre site, nous avons parfois mal anticipé le recrutement crucial du bon directeur technique. Cela a été un enseignement.
En termes de management il faut savoir fédérer, transmettre et embarquer les gens dans votre vision.
 

Quel est le degré d’engagement d’une start-up comme Selency ?

C. C. : Par définition, les fondements de Selency en vendant de la « seconde main » sont écologiques. On communiquait peu là-dessus à la création du site car nous avions un peu peur d’être taxés d’opportunistes mais nous avons toujours été sensibilisés par le sujet de l’écologie. Un engagement que nous souhaitons renforcer, en particulier sur le sujet de la livraison en améliorant le bilan carbone. Concrètement, nous voulons financer pour 2021 des projets de développement d’énergie renouvelable sur lesquels il y aura une vraie traçabilité, favoriser les transporteurs électriques et promouvoir l’offre locale. Et enfin, nous voulons avoir une démarche sociale plus engagée et moins ponctuelle, qui concilie intérêt collectif et but lucratif. Tout cela est au cœur de nos objectifs de 2021.

Où puisez-vous l’inspiration des nouvelles tendances déco ?

C. C. : Cela me passionne et cela passe par un travail de veille inspirationnelle que je partage ensuite avec les équipes. On n’invente rien, on ne crée rien, on n’est juste là pour sentir des tendances, celles de la déco de demain.

Auriez-vous envie de créer du mobilier « brandé »  Selency ?

C. C. : Non, parce que créer un objet neuf n’est pas écologique. On l’a fait seulement avec des petits produits comme les bougies parfumées, mais cela n’ira jamais beaucoup plus loin plus loin. Notre force c’est la sélection.

De quelles qualités a-t-on le plus besoin quand on se lance dans l’entrepreneuriat ?

C. C. : Certainement la détermination car l’entrepreneuriat est aussi difficile que grisant, avec son lot de difficultés à gérer chaque jour. La détermination, si vous avez une vision en fil rouge, vous aide à tenir le rythme, à vous accrocher. En termes de management, il faut savoir fédérer, transmettre et embarquer les gens dans votre vision : le collectif est la résultante de pleins d’efforts individuels.

 

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