Un patient sur deux atteint de cancer sera traité par radiothérapie. Or, cette irradiation entraînerait l’apparition d’effets secondaires chez 5 à 10% des patients. La start-up Novagray développe des tests prédictifs qui décèlent l’intolérance aux rayons. Une information qui permet aux médecins d’adapter la thérapie au patient, et éviter des séquelles irréversibles aux personnes radiosensibles. Rencontre avec Clémence Franc, cofondatrice de Novagray et lauréate des StartHer Awards.

C’est un simple test sanguin, mais il pourrait changer la vie de milliers de patients. Une personne sur deux atteinte d’un cancer sera traitée par radiothérapie. Problème, tous les malades ne réagissent pas de la même manière. Chez 5 à 10% d’entre eux, l’irradiation entraînerait l’apparition d’effets secondaires aux conséquences irréversibles. Parce qu’ils s’attaquent aux cellules cancéreuses, les rayons endommagent certaines cellules saines adjacentes.   


La start-up MedTech Novagray anticipe, grâce à un test sanguin, les effets secondaires de la radiothérapie sur le patient. L’idée est de permettre à l’équipe médicale d’adapter le traitement en fonction de la sensibilité du patient aux rayons. Par exemple, pour traiter le cancer du sein, la radiothérapie est l’une des principales méthode mise en place dans le protocole de soins après une chirurgie : les rayons détruisent les cellules cancéreuses, mais provoquent très souvent des fibroses ou des nécroses des tissus. Une radiosensibilité que l’équipe de Novagray propose de déceler en amont du traitement.

15 ans de travaux de recherche

Cette prouesse médicale est issue de quinze ans de travaux de recherche réalisés par le professeur David Azri, directeur de recherche à l’ICM, l’Institut du Cancer de Montpellier, et l’IRCM, l’Institut de Recherche en Cancérologie de Montpellier. Clémence Franc, cofondatrice de Novagray, a rencontré le professeur Azri en 2014, dans le cadre de sa première start-up, toujours dans le domaine de la radiothérapie. « J’ai toujours été très intéressée par le secteur médical, j’ai d’ailleurs hésité à faire des études de médecine après un cursus à l’Ecole Spéciale des Travaux Publics (ESTP, Paris) et d’HEC Entrepreneurs. Et puis j’ai réalisé que ce qui me plaisait, c’était de combiner la science, la technique et les aspects plus business au service du médical. »

L’équipe s’est attaquée au cancer du sein, dont 50 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, avant d’élargir ses recherches au cancers du poumon et de la prostate. « Chaque année, 7 millions de nouveaux patients  sont traitées par radiothérapie. 60% d’entre eux sont atteints de ces trois cancers », indique la jeune femme de 27 ans repérée par le MIT dans son palmarès des jeunes innovants de moins de 35 ans.

Test sanguin

« Notre premier test pour le cancer du sein a été validé sur plus de 500 patientes dans le cadre d’un essai clinique financé par l’Institut National du Cancer (INCa). Tous nos tests sont protégés par du savoir-faire et des brevets. » Car dès que l’on met un pied dans le secteur médical, c’est tout un engrenage de protocoles, de validations, d’essais cliniques et de brevets qui s’enclenchent. Des étapes que la jeune pousse est en train de franchir, une à une.

Clémence Franc est confiante et espère commercialiser son test entre 2018 et 2020. «  Nous sommes en avance de trois à cinq ans par rapport à la concurrence », indique-t-elle. Reste la question, cruciale, du remboursement. En attendant une solution avec la sécurité sociale, le coût du test devrait incomber au patient. Ce n’est ni l’objectif, ni le modèle choisi par Clémence Franc qui souhaite que la solution soit accessible à tous. Le modèle économique est donc à trouver pour la start-up qui lève actuellement des fonds pour se déployer à l’étranger, notamment en Europe. La solution séduit déjà : Clémence Franc est lauréate du StartHer Awards 2017. Il faut dire que les solutions pour traiter, accompagner et soulager les personnes atteintes de cancer ne seront jamais de trop sur le marché.