Plasticienne du sein, Isabelle Sarfati chirurgienne et fondatrice de l’Institut du Sein* à Paris, augmente, modèle, sculpte, corrige  ou répare la forme du sein en utilisant une nouvelle technique : le lipofilling qui est l’injection de notre propre graisse. Une alternative -sans corps étranger – à la prothèse mammaire qui répond à une exigence grandissante chez les femmes de naturel, tant dans la technique que dans le résultat.

 

Désirée de Lamarzelle : Comment a évolué la chirurgie esthétique ?

Isabelle Sarfati :  Elle est corrélée à l’histoire de la féminité, si on regarde la révolution sexuelle en 68 où la mode était plutôt aux petits seins et au naturel en « jean T-shirt baskets », les années 80 se sont illustrées par des femmes libres qui ont utilisé leur pouvoir d’achat – surtout aux Etats-Unis – pour ressembler à des femmes objets. Ce sont les débuts de la chirurgie plastique qui frôlait parfois la parodie de la féminité avec des prothèses très identifiables façon « airbag » pour les seins.

Et aujourd’hui ?

Dans la mouvance écologique de notre société, on observe une envie de naturel et où le plastique est de plus en plus banni. Mais on voit également en chirurgie que les codes esthétiques répondent désormais à une pluralité de types de beauté. Les femmes veulent être belles mais dans leur style, elles souhaitent s’embellir mais dans leur catégorie et non conditionnées par les codes de beauté de la fameuse caucasienne longiligne.

Des nouveaux canons de beauté dont ceux importés de la télé-réalité avec Kim Kardashian ?

Les modèles se sont énormément diversifiés. En ce qui concerne Kim Kardashian, c’est une beauté orientale qui doit être visuelle, et elle a mis à la mode le fessier proéminent. Une singularité qui a explosé et qui créé la demande en chirurgie plastique. Oui, cela reflète bien ce que j’appelle l’intersectionnalité de la beauté.

Comment la technique s’est-elle adaptée aux évolutions de la chirurgie ?

Je suis spécialisée dans la technique du lipofilling qui est une alternative à la prothèse, c’est-à-dire une injection de graisse prélevée sur la personne opérée pour combler les creux ou remodeler le sein. Il y a, sinon, la prothèse composite qui associe à la pose d’une petite prothèse une injection de graisse qui se fond autour avec un résultat plus naturel : le sein va pouvoir bouger.

C’est la fin de l’utilisation de la prothèse ?

Je ne remets pas en cause la prothèse qui reste très pratique notamment dans les centres anti-cancéreux pour la reconstruction mammaire où elle fait l’objet d’un excellent suivi. Mais on observe que les gens ont de moins en moins envie de cohabiter avec un corps étranger et souhaitent un résultat plus naturel qu’avec la prothèse.

La graisse, c’est un peu le « upcycling » de la chirurgie esthétique ?

La graisse est un matériau de sculpture sur-mesure en comparaison avec la prothèse qui est un mono-bloc. Seule, elle sert à faire du volume très précis, et avec la prothèse composite, je m’en sers pour obtenir un galbe le plus naturel. Mais bien entendu, certaines personnes n’ont pas assez de graisse à prélever pour laréinjecter, et là, la prothèse est nécessaire.

Quel retour scientifique avons-nous sur cette méthode, notamment pour la santé ?

Elle a été autorisée après 15 ans d’observations et de publications, car il fallait écarter tous les doutes, en particulier celui de l’impact possible sur le cancer du sein. Un délai qui peut sembler long mais nécessaire pour être rassuré. Aujourd’hui, le lipofilling est même pris en charge par l’assurance maladie dans le cadre de la chirurgie réparatrice. On est très loin du vide de réglementation des débuts de la chirurgie esthétique.

« Le lipofilling est même pris en charge par l’assurance maladie dans le cadre de la chirurgie réparatrice. »

Comment se passe une première consultation ?

En première consultation, on clarifie les choses : quel est exactement leur besoin ? Je leur expose les techniques adaptées, avec les avantages et les inconvénients. Je donne mon opinion au passage sur ce que je ferais personnellement et j’essaie d’expliquer le résultat qu’on va avoir. Pour la prothèse, je dois notamment les mettre en garde sur la nécessité de la changer tous les 15 ans.

Pourquoi avoir fondé cet institut spécialisé dans le sein ?

Nous avons fondé l’Institut du Sein avec la volonté d’en faire un centre de référence international spécialisé dans tous les domaines de la chirurgie du sein et du traitement du cancer du sein. A travers notre spécialité, nous pouvons améliorer nos connaissances et avoir du poids pour publier nos résultats. Et c’est également un centre de formation qui reçoit beaucoup de visiteurs étrangers. Cela sert l’évolution de la chirurgie esthétique comme celle de la chirurgie réparatrice, c’est très précieux de réunir dans un seul lieu toutes les spécialistes dans ce domaine.

Quelle expérience avez-vous eue du confinement ?

Seul le service de cancérologie est resté ouvert. En ce qui me concerne, j’étais mobilisée volontaire dans un EHPAD. Une expérience très forte aux côtés d’un personnel soignant aussi dévoué qu’exemplaire. La politique de confinement a terriblement pesé sur les EPHAD, c’était très dur pour toutes les personnes âgées qui ont été enfermées dans leur chambre. Cela m’a beaucoup touché.

Y a-t-il eu affluence à l’Institut du Sein depuis la réouverture ?

Oui avec énormément de demande pour la chirurgie plastique !  Je ne sais pas si c’est un effet secondaire du confinement avec son reflet dans les visioconférences ou les apéro-zoom !

 

*Créé en 2005, l’Institut du sein met une équipe spécialisée de la chirurgie du cancer du sein, de la reconstruction mammaire et de la chirurgie esthétique à la disposition de ses patientes, opérées non sur place mais dans des cliniques ( Clinique des Champs Elysées).