Les outils des hommes prolongent leurs corps et expriment leurs esprits… Alors qu’il est indispensable que le grand public s’approprie l’intelligence artificielle, les lieux communs et la défiance empêchent la compréhension de ce domaine de recherches en pleine expansion. Co-fondateur de Talentsoft et docteur en informatique, Alexandre Pachulski puise dans le cinéma autant d’indices concrets et ludiques pour décrypter l‘intelligence artificielle.

 


Désirée de Lamarzelle : Dans votre préface, vous dites « que nous sommes ce que l’intelligence artificielle est censée aider et ce dans tous les domaines » ?

Alexandre Pachulski : Je fais de l’intelligence artificielle un sujet plus sociétal que « techno », en  montrant qu’elle est dans nos vies et qu’elle nous concerne directement. Ce ne doit pas être un sujet élitiste. L’image de l’IA est souvent biaisée car souvent abordée sous l’angle de la dystopie en particulier dans les films de science-fiction. J’avais envie – au contraire – que les personnes puissent voir une opportunité dans son utilisation plutôt que de la craindre.

Justement, à travers le cinéma, ce n’est pas la vraie vie et c’est plutôt anxiogène…

Il y a une vingtaine de références cinématographiques incontournables comme Terminator ou Matrix, qui évidemment abordent l’intelligence artificielle avec les menaces habituelles d’éradiquer la planète, mais j’ai parlé de beaucoup d’autres de films qui traitent l’intelligence artificielle autrement. Qu’il s’agisse de « Breakfast club » ou même des « sous-doués » avec la fameuse machine à baffes, on touche déjà à l’intelligence artificielle. Il y a évidemment d’autres films plus intellectuels, mais je montre son existence dans la vie de tous les jours.

C’est un décryptage du réel dans le cinéma, finalement ?

Le livre est organisé en quatre chapitres dont le premier est intitulé « Qu’est-ce que c’est l’intelligence artificielle ». Si son contenu est plus aride, il est destiné à défricher l’histoire de l’intelligence artificielle dans les sujets régaliens comme la santé, la sécurité, l’emploi, ou l’éducation, etc… Mais les autres chapitres permettent de poser des questions simples : ensemble nous découvrons ce qu’elle peut nous apporter ou non. Bien souvent dans le domaine amoureux ou professionnel, on a des comportements « de robot », avec une attitude un peu prévisible qui manque de créativité… alors que nous sommes par nature enclins à être inspirés et à réagir de manière propre et imprévisible. La machine a quelque chose qui est d’une autre substance, elle n’a pas de conscience. C’est tout le sujet de l’intelligence artificielle aujourd’hui – que j’aborde – qui est de se demander si un jour elle aura une conscience ?.

 

Par exemple ?

Par exemple, si on continue dans le domaine amoureux à se laisser diriger par des applications de rencontre qui utilisent des algorithmes pour détecter les profils qui « matchent » le mieux, il n’y a qu’un pas pour que l’intelligence artificielle puisse remplacer encore mieux que la réalité le/la partenaire idéale en imitant ce qui nous plait, comme dans le film « Her ». La question est : qu’est-ce que la société a envie de faire avec cette intelligence ?.

L’intelligence artificielle a tendance à être inégalitaire quand elle est codée par les mêmes profils de personnes majoritairement masculins et blancs.

Oui c’est un problème, c’est l’effet « Amazon » dont l’algorithme de recrutement de CV discriminait les femmes car codé majoritairement par des hommes. Le risque est là. Ce qui est intéressant, c’est de se demander quelles sont les intentions derrière l’intelligence artificielle. C’est aussi pour ça qu’aujourd’hui on éduque des IA, on ne les code plus.

Que signifie l’éducation dans l’intelligence artificielle ?

Une intelligence artificielle apprend par elle-même à partir de données et de l’expérience qu’on lui fournit. Ce qui signifie que plus les expériences sont biaisées, plus – évidemment – ses points de vue le seront. Donc il faut se demander ce que l’on a envie de leur faire faire et si notre mode de fonctionnement qui nourrit l’intelligence artificielle n’est pas plein de pièges dont on n’a même pas conscience. Une de mes grandes thèses, c’est que l’intelligence artificielle sert de miroir à l’humanité tant au niveau macroscopique qu’au niveau individuel.

Donc aujourd’hui, elle présente les risques de nous faire manipuler, non ?

Ce que vous évoquez, c’est plutôt l’intention : que va-t-on demander aux intelligences artificielles ? Est-ce gagner plus d’argent en remplaçant les humains parce que la techno ne tombera pas malade et travaillera 24 heures sur 24 ? Ce qui favorisera un monde ultra capitaliste quelque part déshumanisé. Ou bien est-ce qu’on va se demander – ce qui est mon avis – si leur utilisation peut servir autrement ? Une opinion qui est minoritaire pour le moment, d’ailleurs les politiques ne se sont pas encore emparés du sujet de l’intelligence artificielle, qui n’existe dans aucun service public comme typiquement l’éducation.

Comment s’emparer politiquement du sujet ?

Par exemple, si les écoles alternatives ont un tel succès, c’est qu’on s’intéresse à l’enfant. La pédagogie de l’enfant s’appuie sur le fait qu’ils ne se ressemblent pas et que, naturellement, si on donne la même chose à manger à des enfants qui ne se ressemblent pas, ils ne vont pas la gérer de la même façon. Les enseignants ne devraient pas être là pour faire “recracher” des cours mais pour accompagner leur apprentissage, et l’IA peut adapter son apprentissage en fonction de l’enfant. En revanche, à la question de savoir qui va éduquer cette intelligence artificielle pour comprendre ce qu’est un enfant, la réponse est politique et non technologique.

Si on met l’intérêt du citoyen en premier, il faut lui permettre d’être libre de ses choix de son parcours sans être obligé de choisir un travail purement alimentaire. On est dans une nouvelle vision de l’intelligence artificielle qui utilisera notre fameux « temps de cerveau » dans quelque chose de plus utile. C’est une autre société.

C’est davantage un livre sur l’intelligence artificielle que sur le cinéma ?

J’aborde la thématique tout au long du livre mais de manière plus légère qu’un essai. C’est plus ludique de l’aborder en parlant aussi bien des “Misérables” que de “Robocop”. A la limite, vous êtes surpris !

Il faut une culture cinématographique très large pour écrire ce livre ?

Parmi les réactions des personnes qui ont lu le livre qui vient de sortir, ils apprécient que l’on ne soit pas obligé d’avoir vu les films pour comprendre. Je suis passionné de cinéma depuis mon enfance où j’allais voir 5 à 6 films par semaine. Je continue à en regarder beaucoup avec les plates-formes de streaming.

Avez-vous imaginé un format plus interactif qu’un livre sur ce thème ?

C’est la suite programmée du livre. Après la refonte de mon blog pour une plate-forme d’agrégation de différents contenus (conférences, vidéos, podcast …) je vais publier des vidéos qui feront vivre chaque chapitre. J’ai également une chronique à la radio de 3 minutes sur cette thématique.

Livre Génération I.A Alex Pachulski
Album cinéma Livre Génération I.A Alex Pachulski

Livre “Génération I.A” d’Alexandre Pachulski