Florence Gérard-Chalet vient d’être nommée par le Président de la République au poste de Directrice Générale de l’Epide. Après une longue expérience à différents postes de la fonction publique, elle veut mener une politique ambitieuse pour cet établissement dont la mission est d’accompagner les jeunes en difficulté dans leur recherche d’emploi. Elle nous a présenté son parcours, les raisons de son engagement et son intention de développer les partenariats avec les entreprises. 

Créé en 2005, l’Epide ou Établissement pour l’insertion dans l’emploi, est sous la tutelle du Ministère du Travail et du Ministère de la Cohésion des territoires. Il comprend 19 centres en France métropolitaine qui accueillent annuellement près de 3 500 jeunes adultes de 18 à 25 ans. L’objectif est de soutenir une population confrontée à de grandes difficultés comme le chômage, les discriminations, l’enclavement territorial ou l’éclatement de la cellule familiale. L’EPIDE propose à ces jeunes un suivi personnalisé en internat pour faciliter leur réinsertion sociale et professionnelle. En quinze ans, 40 000 d’entre eux ont suivi un parcours au sein de l’établissement.



Quelles sont les raisons qui vous ont poussée à rejoindre l’Epide ?

Florence Gérard-Chalet: Mon parcours professionnel s’est résolument construit autour de cette conviction : Tout le monde peut s’en sortir, tout le monde peut être utile, tout le monde a sa place dans la société. Diriger l’EPIDE, c’est traduire cette conviction en actes. 

Une de mes premières visites de centres de l’Epide a été celui de Lyon-Meyzieu. Ce n’est pas un hasard. Je connais bien la ville car j’ai grandi dans un quartier difficile de la banlieue lyonnaise. Je me souviens comme si c’était hier de cette phrase terrible d’un des professeurs de mon collège qui nous avait déclaré : « Vous n’avez aucune chance et vous n’y arriverez jamais ». L’émotion que j’ai ressentie à l’époque participe encore de mon engagement. L’EPIDE œuvre pour répondre à cette injustice et je me suis tout de suite sentie en phase avec ce projet.

Comment fonctionne l’Epide précisément ?

Florence Gérard-Chalet: L’Epide est un dispositif original qui accueille des jeunes adultes très éloignés de l’emploi.  Ils nous rejoignent sur la base de volontariat. Nous les appelons les volontaires de l’Epide. Ils s’engagent en signant un contrat pour une durée moyenne de huit mois et démarrent alors un parcours individualisé en internat, cinq jours par semaine. Insertion professionnelle, formation générale, éducation à la citoyenneté et accompagnement sanitaire et social structurent ce parcours. Notre objectif est qu’ils reprennent confiance en eux et définissent leur projet professionnel. Les conseillers en orientation et les chargés de partenariats identifient les métiers en tension et proposent des stages d’immersion ou de découverte. Par exemple au mois de février 2020, un groupe du centre Brétigny-sur-Orge (91), avaient ainsi effectué un stage d’immersion avec les sapeurs-pompiers de la ville.

L’Epide est un choix très exigeant pour les jeunes, mais ils peuvent compter tout au long de leur parcours sur des équipes encadrantes aux horizons professionnels variés (santé, social, enseignement ou armée). Notre projet est unique parce qu’il fait se rencontrer la détermination des volontaires et l’engagement des agents.

Comment s’inscrit-il dans la lutte contre les inégalités ?

Florence Gérard-Chalet: Certains jeunes en difficulté ont, en France, deux fois moins de chance d’accéder à l’emploi, et notre travail est de faire en sorte que cela ne soit ni une fatalité ni une assignation. Le problème n’est pas d’être jeune, mais d’avoir quitté l’école sans diplôme, de ne pas avoir accès à une formation et de ne pas avoir d’expérience professionnelle.

À l’Epide, nous accueillons des jeunes qui ont besoin de retrouver des repères et d’acquérir les bases de leur formation générale. C’est magnifique de pouvoir se dire qu’un jeune qui nous a fait confiance est aujourd’hui un agent polyvalent de restauration, capable de construire sa vie. Les jeunes qui l’ont vécu en parlent, en sont fiers et reviennent souvent témoigner dans les centres. Je pense ici à Maëva du centre de Lanrodec (22), qui disait : « Ici, on apprend à se respecter et à respecter les autres ».

Qui sont aujourd’hui les principaux acteurs de la lutte contre les inégalités ?

Florence Gérard-Chalet: C’est l’affaire de tous ! En première ligne, il y a l’État et les pouvoirs publics, le monde associatif, les entreprises, sans oublier tous les acteurs de l’enseignement, de la santé etc. Tout le monde est concerné. La hausse des inégalités n’est pas bonne pour la croissance économique. Il faut toujours « Penser global, agir local ».

Quelles nouvelles inquiétudes ont apporté la crise survenue des suites de la pandémie de Covid-19 ?

Florence Gérard-Chalet: Les mois qui viennent de s’écouler nous ont mobilisés. Le contact a été maintenu avec les volontaires afin que chacun continue le parcours qu’il a débuté. Notre responsabilité est encore plus engagée aujourd’hui. La situation économique et la montée du chômage sont préoccupantes. Nous savons que les personnes sans qualification et sans expérience seront les plus durement touchées. En 2019, 19,6 % des personnes actives âgées de 15 à 24 ans sont au chômage.

Les jeunes qui intègrent l’EPIDE ont cependant la volonté de s’en sortir et de construire avec nous leur projet professionnel. Leur force est la nôtre !

De quoi l’Epide a-t-il besoin aujourd’hui ?

Florence Gérard-Chalet: Des entreprises ! Elles sont des partenaires majeurs pour l’établissement et pour les jeunes. Les secteurs sécurité, logistiques, transport, BTP, commerce, santé, aide à la personne, propreté, industrie, numérique, connaissent les qualités des volontaires qui sortent de l’EPIDE : savoir-être, écoute, discipline. Elles savent leur grande capacité à intégrer le monde de l’entreprise. Nous les préparons pour cela.

Je veux dire aux chefs d’entreprises que, en donnant leur chance aux jeunes qui sortent de l’Epide par un stage, un CDD ou un CDI, ils font un choix gagnant-gagnant. Aujourd’hui, 40 % d’entre eux signent un contrat avec un partenaire. Nous voulons aller beaucoup plus loin.

L’Epide collecte également la taxe d’apprentissage et recherche des mécènes. En finançant nos projets, les entreprises contribuent aussi à la réussite des volontaires qui sont comme tout le monde. Ils veulent juste être heureux, avoir leur vie et s’installer.