En découvrant que son collègue était rémunéré 10 000 euros de plus par an – à qualification égale – et pour le même poste, Laura Lesueur a eu un déclic, celui de faire bouger les lignes par la voix d’un podcast. Prédestinée à faire carrière dans la Tech, la trentenaire a décidé de sortir des schémas limitants et tout tracés en lançant Legend Ladies pour mieux traduire ses nouvelles ambitions. Inspirer, révéler, motiver, accompagner les femmes dans leur parcours professionnel et à chaque étape. Aujourd’hui, dans le créneau de l’entrepreneuriat, son podcast se classe dans le Top 10 français.

 

Conçu tel un organisme de formation à visée pédagogique et inspirationnelle et s’appuyant sur des clés activables immédiatement, Legend Ladies aspire à ouvrir le champ des possibles. Salariées, cadres et entrepreneures sont encouragées à révéler leur plein potentiel. « Mon expérience est l’expérience de beaucoup de femmes. Nous sommes dans l’auto-censure durant l’entretien d’embauche, une étape déterminante conditionnant notre trajectoire professionnelle. Il existe souvent une gêne quand vient la question du salaire tandis que les hommes n’ont aucun mal à aborder ce chapitre, ils sont même décomplexés vis-à-vis du sujet ! Résultat, j’observe que ce point central de l’entretien n’est pas préparé, voire passé sous silence. Les femmes ont tendance à adopter une position passive car elles ne sont pas entraînées à négocier. De fait, il existe un vrai débat sur la capacité des femmes à affirmer leur valeur sur le marché. », introduit Laura Lesueur. L’auto-censure ne serait pas suffisante à elle seule pour expliquer les écarts de rémunérations selon l’ex-startupper. Pour elle, le manque de rôles modèles « de proximité », auxquels il est possible de s’identifier pour « oser plus », alimente tout autant ce cercle vicieux.

Les femmes ont besoin de voir réussir d’autres femmes qui leur ressemblent. « Christine Lagarde ou Michelle Obama sont inspirantes mais restent inaccessibles pour la majorité. », rappelle-t-elle. Des thématiques allègrement abordées durant ses podcasts qui se veulent également serviciels par le déploiement d’initiatives concrètes axées sur trois leviers. D’abord, individuel : en outillant les auditrices de ‘soft skills’ indispensables comme l’art de la négociation, de la prise de parole en public ou encore de l’affirmation de son leadership ; en second lieu, le levier professionnel : il s’agit là de promouvoir la culture du changement au niveau corporate. « Les entreprises peuvent aller plus vite que la loi en prenant des engagements tangibles pour faire avancer la parité et l’égalité homme / femme, à l’instar du Parental Act qui permet d’allonger le congé du deuxième parent au-delà du cadre légal. », fait-elle valoir.

Enfin, le levier sociétal : « La récente loi Rixain-Castaner sur l’égalité économique et professionnelle vient par exemple renforcer la présence des femmes dans les postes à hautes responsabilités ». Pour cette féministe, le temps est venu de repenser des codes sociaux établis – par et pour des hommes – car l’enjeu est fondamental.

 

Associer les hommes

Laura Lesueur nous interpelle également sur des situations archaïques : « On trouve encore des espaces publics (gares, aéroports), où la table à langer se trouve exclusivement dans les toilettes des femmes. Quel message envoyons-nous donc aux parents ? Dans la salle d’attente du pédiatre, je vois encore 4 femmes pour 1 homme. Pourquoi ? Cela signifie que ce sont encore bien majoritairement les collaboratrices qui quittent leur job en milieu de journée pour emmener l’enfant chez le médecin. En 2021, ce n’est pas normal ! Les cartes sont aujourd’hui rebattues, la plupart des femmes travaillent au moins autant que les hommes mais dans beaucoup de foyer, les règles n’ont pas changé. L’équation n’est pas logique. Il faut tout remettre à plat. Chaque famille doit redéfinir, comme elle l’entend, les règles du contrat fictif qu’est celui de la répartition des tâches. », estime-t-elle.

Résolument pragmatique et inclusive, l’entrepreneure souhaite associer les hommes à cette (r)évolution, ce sont les grands oubliés de ce débat. Ainsi, il convient de les aider à se repositionner dans ce monde qui change.

 

Laura Lesueur
© Laura Lesueur

 

Ce travail d’inventaire se poursuit par la mise en évidence d’un autre écueil : « l’ambition ». Un mot très important, lequel se conjugue d’ailleurs au féminin. Le dictionnaire l’explique comme : « le  désir ardent de gloire, d’honneurs, de réussite sociale ». Une définition qui sied au sexe fort mais qui prend une autre tournure quand l’interlocuteur est une femme. « Une femme ambitieuse est encore perçue, dans notre société patriarcale comme froide, vénale et “prête à tout”. Le cliché du film ‘Le Diable s’habille en Prada’… Or, l’ambition c’est d’abord le courage d’oser se réaliser. En ce sens, elle peut être noble et belle ! Dans notre culture, une jeune fille doit plutôt être sage, discrète et bien élevée. On ne l’élève pas pour qu’elle soit ambitieuse. Les femmes ne sont pas “conditionnées” pour faire entendre leur voix là où cette dernière devrait compter. La tech ne fait effectivement pas exception à la règle et c’est un problème car il s’agit d’une cellule de pouvoir et d’avenir ou les femmes sont sous-représentées. », alerte Laura Lesueur. Le geek en tailleur-stilettos est encore loin d’être une évidence. Conséquence, le manque de rôles modèles référentes dans ces secteurs porteurs fait également ici défaut.

Un milieu dont elle connaît effectivement les ressorts pour y avoir exercé. Laura Lesueur appellent ses consœurs à ne pas adopter des codes pensés par et pour les hommes pour accéder à des fonctions clés en entreprise. L’enjeu étant de ne pas effacer ses différences, mais plutôt d’être valorisée pour ses compétences, tout en affirmant sa féminité comme on souhaite la vivre. Avec son podcast Legend Ladies, Laura Lesueur ne chôme pas ! Nombreuses sont les entreprises qui la sollicitent pour des interventions participatives basées sur le leadership, la motivation, la communication et l’ambition.

A la rentrée, elle étoffera son concept par un ‘bootcamp mental’ esquissé pour identifier et dépasser ses blocages internes. Des ateliers en petits groupes et du coaching individuel complèteront cette formation pour un impact maximal et un suivi sur la durée.

Mais surtout, elle aime à rappeler qu’il suffit « d’un déclic dans la vie » ! A bon entendeur.

 

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