La mort de la chanteuse Anne Sylvestre a été annoncée ce mardi 1er décembre, à l’âge de 86 ans. L’occasion de rappeler que derrière la chanteuse-compositrice qui a fait fredonner toute une génération d’enfants avec ses « fabulettes », il y avait une artiste féministe engagée qui chantait les faits de société et la sororité.

 

Pour les « plus de quarante ans », on a tous entendu au moins l’une des compositions d’Anne Sylvestre depuis plus de 60 ans. Sa carrière d’artiste a démarré à la fin des années 1950 au cabaret de Michel Valette ” puis finalement aux “Trois Baudets” où elle chantera jusqu’en 1962. Elle a 23 ans quand elle choisit le pseudonyme d’Anne Sylvestre : « Anne-Marie ce n’était pas possible. Je voulais un nom de chanteuse. J’aimais beaucoup le prénom Sylvestre qui me rappelait des chansons de mon enfance mais au départ je n’ai pas pensé au sens qu’on pourrait lui donner, alors après on me voyait toujours au milieu des arbres avec une robe verte. Mais ce n’était pas mon intention de départ ! » racontera-t-telle au micro de France Culture en 2011. De Pauline Julien à Nicole Louvier -grâce à qui elle s’est mise à écrire-, d’Harry Belafonte à Charles Trenet qui ont bercé son adolescence et sa jeunesse, Anne Sylvestre fût l’interprète d’un répertoire aussi important que varié. Reconnue principalement pour ses fameuses Fabulettes pour enfants, elle est aussi et surtout l’autrice de près de 300 chansons : des chansons qui bousculent et des chansons qui consolent. Et qui éveillent les consciences aussi. « Pendant très longtemps, les textes chantés par des femmes étaient écrits par des hommes. Alors si à une certaine époque, j’ai écrit ce que l’on appelle mes “chansons féministes” c’est parce qu’il y avait un tel manque… des chansons comme “Non, tu n’as de nom” ou “Une sorcière comme les autres” sont comme des fresques où je voulais qu’on voit défiler toutes les femmes. ». 

 

Si sa poésie et son amour de la nature lui ont valu parfois des raccourcis simplistes de la part des critiques comme celui de compositrice naïve et campagnarde, son style aussi éclectique que profond n’a jamais été autant « dans l’air du temps » qu’aujourd’hui . A l’occasion de ses soixante ans de carrière elle avait fait une dernière tournée de concerts donnés au Théâtre le 13ème Art. L’occasion découvrir ou re-découvrir ses chansons pleines d’humour comme La lettre ouverte à Elise ou Les grandes balades, mais également plus mélancoliques avec le thème du deuil, ou un certain sentiment de solitude. Un sentiment avec lequel la chanteuse entretenait une relation ambivalente et certainement liée à sa propre histoire familiale très douloureuse et dont elle voulait se libérer : “Une sorcière comme les autres” n’est pas une chanson sur mon enfance, c’est une chanson universelle, sur les femmes, toutes les femmes qui ont eu leur mari derrière des barreaux, ou qui sont allées chercher leurs morts sous les bombes. Alors bien sûr, quand j’étais enfant, on me faisait manquer l’école toutes les semaines pour aller rendre visite à mon père à Fresnes*… Mais j’ai choisi de ne pas parler de cette histoire familiale. ». Celle qui se voyait comme un écrivain public, était peut-être l’une des plus grande autrice-compositrice française méconnue des dernières décennies.

 

 

*Le père d’Anne Sylvestre qui était proche de Jacques Doriot, s’engagea dans la collaboration avec l’occupant nazi pendant la Seconde guerre mondiale, et fut condamné à la Libération à purger une peine de dix années de réclusion

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