A même pas 30 ans, l’ancienne mannequin a eu mille vies. A travers son magazine numérique F’OLITIQUE et ses activités de productrice, Anna La Germaine rapproche mode et politique, déniche de nouveaux talents et collabore avec les médias les plus influents. Son prochain défi, le cinéma ! Rencontre avec cette figure importante du luxe.

 

C’est une double couverture de magazine qui a fait date. Lorsque la prestigieuse revue L’Officiel de La Mode a sorti en kiosques son numéro de février de l’édition émiratie en simultané avec le périodique israélien LAISHA, le monde a découvert une collaboration inédite. Dans le sillage des accords d’Abraham, la plus belle femme du monde, Yael Shelbia, originaire de l’Etat hébreu faisait la couv de L’Officiel Arabia tandis que la top model dubaïote, Chanel Ayan, s’affichait en une de la vénérable publication israélienne. Un événement largement commenté au-delà de la fashion sphère et relayé dans les plus grands médias de la planète. A l’origine de ce coup d’éclat, la fondatrice et directrice artistique du magazine F’OLITIQUE, Anna La Germaine.

Bien connue du milieu, la jeune femme a démontré que la mode était tout sauf frivole. « J’ai toujours appréhendé la mode comme un puissant vecteur de messages politiques et sociétaux. Quand on y réfléchit bien, c’est une question de culture, d’identité, d’affirmation de soi et même de révolutions ! Lorsque Yves Saint Laurent a introduit le smoking dans le vestiaire féminin il y a cinquante ans, ce n’était certainement pas anodin. En fondant Fashion Politique Ltd. en 2011, puis en lançant F’OLITIQUE Magazine, j’avais dans l’idée de contribuer à rapprocher ces deux domaines fondamentaux. », expose-t-elle. A l’initiative du projet, la jeune femme n’a pas hésité à monter dans un avion pour le vendre aux différentes rédactrices en chef. Emballées par l’audace de l’instigatrice, elles acceptent de collaborer autour de cet angle improbable. Anna La Germaine profite par ailleurs du buzz suscité par le shooting de Kamala Harris dans les colonnes de Vogue USA en début d’année pour convaincre ses interlocuteurs.

 

© L’Officiel

 

Tout juste installée à la Maison-Blanche, la désormais vice-présidente des Etats-Unis est le symbole que tout le monde s’arrache. « Cette couverture politique dans un magazine féminin ne pouvait qu’accréditer mon approche du métier. », souligne la serial-entrepreneure. Avec son esprit libre et ses convictions inébranlables, l’ancienne mannequin assume sa différence dans un milieu élitiste, aseptisé. Une conscience forgée très tôt. Diplômée d’une maîtrise en droit international, elle a toujours imaginé faire carrière au sein des Nations Unies ou de l’UNICEF avant d’être repérée dans la rue par un chasseur de tête, sa beauté slave ne passant pas inaperçue. Au milieu d’amazones blondes qui peuplent les villes d’Ukraine, son pays d’origine, Anna La Germaine attire l’œil avec ses cheveux noirs de jais et ses yeux à la Claudia Cardinale. Un visage cinématographique, une photogénie innée devenant son passeport pour les podiums des grandes capitales de la mode.

Le glamour, l’indépendance financière, les décalages horaires et les plus belles rencontres sont rapidement devenus son quotidien. Au zénith de sa carrière et au cœur de l’évolution médiatique, la globe-trotter en stilettos pense déjà ‘à la retraite’. Elle souhaite se consacrer à l’entrepreneuriat. « J’avais besoin de créer, de diriger des projets et de connecter toutes les parties prenantes de cette industrie. Il m’importait aussi de donner de la visibilité aux acteurs émergents qui avaient du mal à percer. Seule la création de contenus permettait d’avoir un tel impact. Fashion + Politique était mon fil rouge pour élaborer mon magazine numérique anglophone F’OLITIQUE dont la périodicité est annuelle. Peu de temps après le lancement en 2011, j’agrégeais une audience de plusieurs dizaines de milliers de lecteurs répartis dans 124 pays ! J’ai également enchaîné les partenariats avec diverses marques de luxe et d’art de vivre internationales. », rembobine-t-elle.

 

@avarofiglio

 

Son entrée en matière dans le business dépasse  ses objectifs. Elle reconnait volontiers que son carnet d’adresses a été un bon booster. Au fil des ans, elle étoffe son impressionnant CV de vingtenaire par l’ouverture d’une agence de conseil en relations publiques et média tout en rejoignant le New York Founder Institute en tant que consultante à résidence. Sa nomination au sein de cet écosystème de renom lui permet d’accéder à un univers stratégique où se côtoient financiers, entrepreneurs, institutionnels au service de startuppers prometteurs. Sollicitée pour prodiguer des conseils aux jeunes pousses de la FashionTech, pour les aider à pitcher auprès d’investisseurs potentiels, mais aussi à lever des fonds, Anna La Germaine se passionne pour ce rôle. « J’ai toujours considéré que la réussite dans le business n’était pas incompatible avec la philanthropie. Au fond, lorsque j’auditionne ces candidats intéressés de se faire un nom, je leur demande si leur projet change la vie de quelqu’un et comment ils se démarquent. », explique-t-elle.

Donner sa chance à de nouveaux venus, proposer une autre voie au tout ostentatoire caractérisé par la généralisation du logotype… XXL de préférence, font partie de ses sacerdoces. Anna La Germaine est convaincue de la pertinence à faire preuve de plus de sobriété et élargir le spectre de la mode car les marques de niche – non soumises au rythme effréné des fashion weeks – se montrent davantage créatives. Et puis, ces longs mois de confinement ont modéré la consommation des clients les plus insatiables. Cette tendance au minimalisme et aux pièces confortables l’encourage à persévérer. Pour autant, Anna La Germaine pose un regard très lucide sur la mode post-pandémie. « Je m’attends à un retour en grâce des ‘Années Folles’ avec le désir d’afficher des pièces extrêmement onéreuses, sophistiquées, festives. Fort heureusement, les gens ne restent pas englués dans les tragédies, sinon l’humanité n’aurait pas pu survivre à l’Histoire ! », estime-t-elle.

Cette boulimique de travail a quitté New York pour le charme envoûtant de la Toscane. L’Italie, une destination idéale pour mener de front ses nombreuses activités dont la production de films. Le cinéma restant sa passion de toujours, la directrice artistique souhaite à présent s’investir davantage dans ce domaine. « Mes scripts sont prêts, dès la levée des restrictions, je vais rencontrer des acteurs clefs du Septième art. J’avais déjà produit des comédies musicales aux Etats-Unis mais maintenant, je vais passer à la réalisation. », annonce-t-elle. Elle vient d’ailleurs de nommer un nouveau rédacteur en chef, Danilo Venturi, pour lui succéder au sein de F’OLITIQUE Magazine. Une initiative lui permettant de dégager du temps pour concrétiser ses nouvelles ambitions.

 

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