Depuis plusieurs semaines, on voit se multiplier les reportages, les émissions et les prises de position contre le plastique. Face à un sujet d’une telle importance et ayant de fortes retombées auprès du grand public, il est regrettable que ce ​plastic bashing ne laisse place à aucune nuance, ni pondération dans le débat autour du plastique. On confond allègrement les produits plastiques et les déchets plastiques. Des pans entiers sont occultés pour privilégier une approche stigmatisante et radicale.

La filière industrielle du plastique (qui représente 3500 entreprises) regrette cette démesure. Les 200 000 salariés qui transforment le plastique et les composites en France sont inquiets en raison des nombreuses approximations et contre-vérités présentées par les détracteurs.


Si le plastique occupe une place centrale dans nos vies quotidiennes, c’est parce qu’il présente des avantages techniques, économiques et sanitaires. De nombreux exemples d’usages peuvent être cités dans tous les domaines du quotidien : l’alimentation où l’emballage protège les denrées, le logement où le plastique isole et protège les sols, le transport avec des véhicules allégés moins gourmands en carburant, la santé où le plastique réduit les risques sanitaires, les loisirs avec des équipements rendus accessibles au plus grand nombre, l’agriculture où le film plastique réduit la consommation de pesticides, le numérique et les moyens de communications mobiles, l’énergie rendue verte par les éoliennes. Les exemples sont nombreux.

Ce qui est moins connu, c’est que le plastique a une empreinte carbone bien plus favorable que les matériaux alternatifs, et cela est encore plus vrai quand il est recyclé. Le plastique est l’un des matériaux les plus efficaces pour lutter contre le réchauffement climatique, qui est l’enjeu essentiel des prochaines décennies. Il limite l’empreinte carbone des activités humaines. Par exemple, il émet jusqu’à trois fois moins de gaz à effet de serre que d’autres matériaux d’emballage, sur un cycle de vie complet.

Enfin, les plastiques évoluent en permanence pour s’adapter aux nouveaux usages et aux attentes des consommateurs et pour répondre aux exigences environnementales. Grâce aux efforts de R&D et d’innovation de la filière plasturgique, on assiste actuellement à l’arrivée des plastiques et des composites de nouvelle génération. Ceux-ci sont encore plus pointus techniquement (plus transparents, incassables, ininflammables, autoréparables, plus légers) et plus respectueux de l’environnement (biosourcés, biodégradables).Enfin, les plastiques sont recyclables, ce qui les inscrit dans une vision circulaire de l’économie que le gouvernement actuel vise à impulser et dynamiser. Les industriels de la plasturgie se sont formellement engagés pour l’intégration croissante de Matières Plastiques Recyclées (MPR).

50% des entreprises du secteur intègrent déjà des MPR dans la fabrication de leurs nouveaux produits, tels que les emballages (bouteilles, pots de peinture, films, sacs), les pièces automobiles, le mobilier urbain, les fenêtres et les canalisations. D’ici 2025, près de 600 000 tonnes/an de MPR seront consommées, soit le double de la consommation d’aujourd’hui.

Pour autant, la filière est consciente que des utilisations excessives du plastique sont apparues. Nous les condamnons, et il faut les combattre. C’est dans cet esprit que la profession travaille actuellement sur un engagement de croissance verte, un « Green Deal ». Il sera finalisé dans quelques semaines. C’est toute une filière qui est mobilisée pour éco-concevoir les produits, puis collecter, trier, régénérer et incorporer le plastique recyclé. Par ailleurs, l’émotion que nous ressentons tous en voyant certaines images de la nature abîmée par les déchets plastiques doit aussi nous conduire à des comportements plus citoyens.

Le plastique est un matériau jeune, dont certains excès doivent être corrigés. Mais, contrairement à ce qui est affirmé, le plastique est un matériau d’avenir, qui est présent dans toutes les évolutions technologiques actuelles, et qui portera les innovations des prochaines années.

 

Benoît Hennaut​, président de la Fédération de Plasturgie & Composites et directeur général de Nicoll 

Jean Martin​, Délégué Général de la Fédération de la Plasturgie et des Composites