Le 30 juin, la ville de Lytton dans l’Ouest du Canada connaissait la température la plus élevée jamais vue dans le pays : 49,5 oC. Record de chaleur qu’elle avait déjà battu les 2 jours précédents avec respectivement 46,6 et 47,5 oC. La vague de chaleur qui a frappé le Nord-Ouest des États-Unis et du Canada a été suivie par le déclenchement d’incendies. Au même moment, la Finlande connaissait le mois de juin le plus chaud de son histoire. Des évènements qui auraient été impossibles sans le réchauffement climatique causé par les émissions massives de gaz à effet de serre humaines. En 2018, les émissions étaient de 58 milliards de tonnes d’équivalent CO2.

 

Par sa vitesse et son amplitude, le changement climatique aura des conséquences très sérieuses pour l’humanité : températures et humidités excessives rendant la vie dans certaines régions très difficile, montée des océans, événements climatiques extrêmes plus fréquents, etc. Rappelons que la température mondiale est déjà 1,2 oC au-dessus des températures de la période préindustrielle et que les promesses des États, si elles sont respectées, nous emmènent vers un réchauffement d’au moins 2,4 oC d’ici la fin du siècle.

 

Des effets sur l’économie difficiles à estimer

Si, intuitivement, on peut redouter un impact du réchauffement climatique sur l’économie mondiale, les études sur le sujet donnent des résultats très contrastés. Pour tenter d’estimer ces effets, des modèles dit « intégrés » associent une description de l’économie à un modèle climatique : les activités économiques produisent des gaz à effet de serre qui modifient le climat, qui lui-même modifie la production économique. Le plus célèbre de ces modèles est celui proposé par William Nordhaus, prix Nobel d’économie 2018.
Ces modèles permettent des analyses de type coûts-bénéfices, en vue de déterminer le coût social du carbone. Celui-ci évalue le coût en dollars des dommages liés à l’émission d’une tonne de CO2 dans l’atmosphère, et donc les bénéfices escomptés des mesures de réduction des émissions.
L’impact économique du changement climatique est estimé par la réponse du PIB mondial à la variation d’un paramètre du climat, typiquement la température globale. Il existe plusieurs méthodes pour déterminer la nature de cette réponse, le plus souvent en extrapolant les effets déjà observés ces dernières décennies. Des formes très différentes ont été proposées, si bien que les effets prédits pour un même niveau de réchauffement sont souvent incompatibles entre eux. Ainsi, pour un réchauffement de 4 oC, certaines estimations donnent un PIB mondial inférieur de quelques pourcents à ce qu’il aurait pu être dans un scénario sans changement climatique, tandis que d’autres estiment qu’il sera divisé par deux. À + 8 oC, les modèles les plus optimistes prévoient un impact de seulement 10 % alors que certaines régions du monde deviendront difficilement habitables à cette température. Les faibles dommages prédits par certains modèles incitent les climatodénialistes à prôner que le coût des actions à entreprendre ne se justifie pas et que l’humanité devrait se concentrer sur d’autres problèmes.

 

La question d’une limite à la croissance mondiale

Beaucoup de ces modèles considèrent aussi que la croissance économique se poursuivra inéluctablement, quelle que soit l’ampleur du réchauffement. Cependant, des études récentes s’intéressent à l’impact du réchauffement sur le taux de croissance de l’économie. Zenon Research vient de publier un rapport s’inscrivant dans cette veine. Il révèle que la croissance économique est ralentie par le réchauffement, et que cet effet peut aller jusqu’à faire entrer l’économie mondiale en récession durable. Cette « limite climatique » à la croissance économique est notamment liée à la possibilité de franchir des points de bascule climatiques après lesquels les effets du changement climatique sur l’économie s’accélèrent, dès lors que le niveau de réchauffement dépasse 3 à 5 degrés.
Ces résultats pourraient conduire à penser qu’un réchauffement de quelques degrés pourrait être acceptable. Mais l’étude de Zenon Research montre aussi que, dès 2 °C, le taux de croissance du PIB mondial pourrait être divisé par deux. Par conséquent, la nécessité de maintenir une croissance économique, en particulier pour soutenir les plans de transition énergétique, doit conduire à agir encore plus fort et plus rapidement pour limiter le réchauffement climatique. Car, si les dommages climatiques venaient à entraver durablement la croissance mondiale, il est à craindre que le défi qui nous fait face devienne encore plus difficile à résoudre qu’il ne l’est déjà.

 

Tribune rédigée par : Greg De Temmerman, directeur général de Zenon Research et chercheur associé à Mines ParisTech 

 

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