Si parmi les quelques points positifs de la crise sanitaire du Covid-19, son impact sur l’environnement fait l’unanimité, seul le long terme compte pour de nombreux chercheurs. Certains, dont le professeur François Gemenne, craignent la reprise démultipliée et anti-écologique de l’activité industrielle pour rattraper le retard du confinement.

 


Des dauphins dans les ports de Sardaigne, des canards qui déambulent dans les gares, toutes ces images qui circulent sont comme les preuves vivantes d’une biodiversité qui reprend ses droits sur l’activité humaine restreinte par les mesures de confinement. Alors que tous s’accordent sur les bienfaits du Covid-19 sur le climat et plus généralement l’écologie avec la baisse des pics de pollution, François Gemenne, chercheur à l’université de Liège est d’un tout autre avis. Pire, il a fait part dans un article publié dans le quotidien belge « le Soir » de ses inquiétudes en qualifiant le Covid-19 de « bombe à retardement pour le climat », avec selon lui des signaux positifs faussés qu’il juge « insignifiants » pour modifier la trajectoire du réchauffement climatique.

 

L’excuse ‘’coronavirus’’

Plus pessimiste, il insiste sur la crainte de « l’après coronavirus » de voir certains gouvernements tentés de relancer leurs économies et leurs activités comme auparavant, voire, en tendant « une bouée de sauvetage à l’industrie fossile » explique-t-il avant d’ajouter « Le Canada a déjà annoncé un plan de relance de son industrie pétrolière et gazière. La Chine envisage déjà la construction de centaines de nouvelles centrales à charbon pour relancer la machine industrielle. ».  Le coronavirus ne doit en effet pas servir d’excuse aux pays qui voudraient tourner le dos aux accords internationaux sur l’écologie et aux mesures qu’ils auraient déjà engagées au nom de la relance économique comme « La République Tchèque et la Pologne demandent déjà l’abandon du Green New Deal européen, alors qu’il s’agissait pourtant de la mesure phare de la nouvelle Commission. ».

 

La vraie crise à venir sera écologique

Pour François Gemenne la crise sanitaire doit être l’occasion de tirer « certaines leçons essentielles de cette crise, avec la nécessité de réinvestir dans les services publics, de relocaliser certaines chaînes de production, de revenir à l’essentiel et en particulier de retrouver le sens du commun. ». Un point de vue que partage en partie l’anthropologue et philosophe Bruno Latour, qui prône un après coronavirus stratégique pour une reprise du système de production plus responsable. Cette pause soudaine doit servir de base de « ne pas reprendre à l’identique tout ce que nous faisions avant ». La vraie crise à redouter pour le philosophe est celle à venir… et elle sera écologique si nous ne profitons pas du signal envoyé par le coronavirus.

 

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