Ces derniers temps, le mouvement du climat auquel participe Greta Thunberg est déchiré par un débat opposant le changement du mode de vie individuel au changement systémique, comme si les deux n’étaient pas compatibles.

De nombreux experts s’accordent sur le fait que les deux formes de changement sont nécessaires, mais une nouvelle étude prouve qu’elles sont en réalité liées bien plus qu’on ne le pensait. Le grand public serait en fait plus enclin à soutenir une action systémique si ceux qui la préconisent ont une faible empreinte carbone.

L’un des auteurs, le professeur Elke Weber, explique dans un entretien publié ce lundi par l’université de Princeton : « Il est crucial que les scientifiques et autres porte-parole qui communiquent avec le public reproduisent eux-mêmes les comportements qui visent à réduire les émissions de carbone, de manière à bien faire comprendre leur message ».

Le directeur associé de l’éducation au Andlinger Center for Energy and the Environment de Princeton ajoute : « Notre nouvelle étude montre que l’empreinte carbone de ceux qui se font la voix de la science a non seulement une incidence sur leur crédibilité, mais aussi sur le soutien du public envers les politiques publiques qu’ils préconisent ».

L’étude, intitulée « Climate change communicators’ carbon footprints affect their audience’s policy support » (L’empreinte carbone des communicateurs sur le changement climatique influe sur le soutien politique de leur public) pourrait expliquer pourquoi Greta Thunberg est parvenue plus que les autres à communiquer au sujet du réchauffement climatique, galvanisant l’action sociale. La jeune fille a en effet insisté sur l’importance du changement individuel (et l’a mis en place elle-même) tout en soutenant un changement systémique.

Les auteurs de l’étude écrivent dans le journal Climatic Change : « Une communication scientifique efficace à propos du climat, ainsi que la défense des changements comportementaux individuels et des interventions de politique publique sont grandement facilités lorsque les défenseurs des droits de l’homme montrent la voie en réduisant leur propre empreinte carbone ».

Certains attendent cependant que le changement systémique remplace le changement individuel. Amy Harder, journaliste chez Axios, a récemment révélé son empreinte carbone et a suggéré qu’elle ne la réduirait pas avant que des changements systémiques se produisent.

« Mes habitudes de vol et d’alimentation ne m’empêchent pas de dormir », écrit-elle, appelant les gouvernements à adopter des politiques économiques pour changer ces habitudes

Mais la récente étude montre qu’Amy Harder sape son propre message : « Nous constatons que les gens sont plus susceptibles de soutenir les politiques si celui qui les défend a une faible empreinte carbone. Notre nouvelle conclusion est que leur empreinte carbone affecte aussi le soutien du public envers les politiques publiques ».

Mais selon les chercheurs, il n’est pas trop tard pour qu’Amy Harder améliore son empreinte carbone en prenant moins l’avion et en mangeant moins de viande :

« Dans une deuxième étude, nous démontrons que les effets négatifs d’une empreinte carbone importante sur la crédibilité sont réduits si le communicateur adapte son comportement, en réduisant son empreinte carbone personnelle ».

Sous la direction de Shahzeen Z. Attari de l’université de l’Indiana, les chercheurs ont présenté à 3 600 participants l’une des six propositions de politiques :

  1. Réglementer les émissions de CO2
  2. Taxer les émissions de CO2
  3. Augmenter la production d’énergie nucléaire
  4. Stabiliser la population humaine
  5. Intensifier les énergies renouvelables
  6. Améliorer l’infrastructure des transports en commun

Dans un premier temps, les participants ont exprimé leur soutien à chacune des politiques. Ils étaient en général plus favorables à l’intensification des énergies renouvelables et moins favorables à la stabilisation de la population humaine, mais ils ont tout de même soutenu l’ensemble des six mesures.

Les chercheurs ont par la suite présenté les défenseurs de ces propositions, en décrivant leur empreinte carbone (faible ou élevée) en fonction de leur consommation d’énergie domestique, et ont une nouvelle fois analysé le degré de soutien des participants.

Ils ont pu conclure : « Une forte consommation personnelle d’énergie ne réduit pas seulement la crédibilité d’une personne, mais également le soutien public des politiques qu’elle préconise ». L’étude concerne ainsi les personnalités politiques, mais aussi les communicateurs en général, comme Greta Thunberg.

Pour finir, les chercheurs affirment : « Les partisans des économies d’énergie et des politiques visant à réduire les émissions de carbone doivent s’attendre à des arguments ad hominem fondés sur leur propre consommation d’énergie. La meilleure façon de contrer de tels arguments est probablement d’agir personnellement, en montrant la voie et en agissant en accord avec ses propres croyances et recommandations, et en se faisant l’exemple à suivre, plutôt qu’en comptant principalement sur des faits scientifiques au sujet du réchauffement climatique et ses risques ».