La crise énergétique se propage aussi vite que le coronavirus. Bientôt, cette crise énergétique atteindra son paroxysme sur le plan économique. Actuellement, les pénuries d’approvisionnement s’accumulent tandis que la COP26 démarrera le 31 octobre à Glasgow, en Écosse. Les dirigeants du monde entier devront présenter de sérieux arguments pour convaincre le public de la nécessité de poursuivre la lutte contre le changement climatique, alors même que la demande de combustibles fossiles ne cesse d’augmenter et provoque une flambée des prix de l’énergie.


 

Contrairement aux pays en développement, les pays riches ne souhaitent pas ralentir le rythme. En effet, ils estiment que la crise énergétique actuelle ne fait qu’illustrer la nécessité de déployer davantage d’installations d’énergie solaire et éolienne, qui sont des sources d’énergie propres et infinies. Cependant, les pays en développement craignent que le prix élevé de l’électricité, du gaz naturel et des carburants pour le transport n’entrave leur reprise économique.

Cette crise énergétique sera certainement au cœur des débats à Glasgow, lors de la COP26, une conférence internationale visant à limiter l’augmentation de la température à 2 °C maximum d’ici 2050 par rapport aux niveaux préindustriels. Néanmoins, les émissions de gaz à effet de serre (GES) devraient augmenter de 6,7 % cette année, en grande partie car les économies nationales se remettent du covid. Selon Henry Fernandez, directeur général de MSCI, une société américaine de services financiers qui s’efforce d’accroître la transparence, « comme les évènements climatiques extrêmes de 2021 nous l’ont rappelé, le changement climatique n’est pas un problème “probable” dans les 30 ou 40 prochaines années. Il s’agit d’un danger clair et présent pour notre mode de vie actuel. Nos actions au cours des cinq prochaines années, et notamment lors de la COP26 à Glasgow, pourraient faire la différence entre éviter ou subir les pires conséquences climatiques. »

Le monde entier doit limiter ses émissions de CO2, même si Henry Fernandez précise que les marchés émergents enregistreront probablement une augmentation des températures d’ici 2050. Pour éviter que cela ne se produise, les industriels doivent réduire leurs rejets de CO2 de 10 %. À cet égard, selon l’indice Net-Zero Tracker de MSCI, les sociétés GlaxoSmithKline plc, H&M Hennes & Mauritz et Électricité de France figurent parmi les bons élèves en matière de réduction des émissions de GES, tandis que les sociétés Saudi Arabian Oil Company, Gazprom et Coal India sont en retard dans ce domaine.

L’indice Net-Zero Tracker montre également que moins de la moitié des entreprises cotées en bourse s’alignent sur l’objectif de limitation de la hausse de la température à 2 °C. L’indice suit 9300 entreprises publiques.

Dans son rapport International Energy Outlook 2021, l’Agence américaine d’information sur l’énergie indique que la consommation mondiale d’énergie augmentera de près de 50 % d’ici 2050. Les énergies renouvelables se développeront à un rythme bien plus rapide, mais ce développement sera insuffisant pour atteindre les objectifs de réduction nette des émissions de CO2 d’ici 2050.

« Face à cette situation, la mauvaise réponse serait de ralentir la transition vers les énergies renouvelables », déclare Frans Timmermans, vice-président exécutif de la Commission européenne. « La bonne réponse est de maintenir [l’élan] et peut-être même de chercher des moyens d’accroître cet élan. »

 

Crise énergétique : une demande toujours plus forte

À mesure que les pays se remettent de la pandémie, la demande de biens et de services explose. Cela est particulièrement vrai pour la Chine, mais le pays a manqué de charbon en raison de l’interdiction des importations australiennes. Les entreprises chinoises ont donc commencé à importer davantage de gaz naturel liquéfié (GNL), ce qui a entraîné une forte hausse des prix du GNL (actuellement, 35 dollars/million de BTU).

Cette forte demande de GNL en Asie a eu des répercussions sur les prix du gaz naturel en Europe. Le continent européen a fait l’objet de critiques pour son incapacité à mettre en place une transition rationnelle vers une énergie propre. Par exemple, l’économie allemande comptait sur l’énergie nucléaire pour 30 % de son électricité. Désormais, ce taux n’est plus que de 12 %, et il est même en passe de devenir nul. De ce fait, l’Allemagne est désormais plus dépendante du charbon et du gaz naturel. Quant au Royaume-Uni, le pays a réduit ses émissions de CO2 de 44 % en 30 ans, alors que ces derniers temps, ses installations de stockage de gaz naturel sont presque vides.

Aujourd’hui, le prix du GNL dans toute l’Europe est de 25 dollars/million de BTU, et le Nord Stream II de la Russie ne sera pas mis en service assez rapidement pour réduire ces coûts cet hiver. Parallèlement, le coût d’achat de permis d’émission de carbone en Europe (des crédits négociables permettant aux entreprises de dépasser les limites d’émission de CO2) s’élève désormais à 69 dollars/tonne, soit le double par rapport à l’année dernière. Néanmoins, c’est aussi une source de revenus utilisée pour aider à payer les factures de consommation courante des foyers dans le besoin et à commercialiser de nouvelles technologies.

Les opposants à la transition énergétique verte affirment que l’économie mondiale dépend des combustibles fossiles : le pétrole, le gaz naturel et le charbon représentent 84 % de l’énergie utilisée dans le monde. Les Européens, par exemple, s’efforcent actuellement de trouver suffisamment de charbon et de gaz naturel pour alimenter leurs dernières unités de production d’énergie fossile, car l’éolien et le solaire ne peuvent pas combler ce vide. Pour d’autres, la stratégie actuelle du continent européen n’est pas adaptée sur le long terme.

Toutefois, les défenseurs de l’Accord sur le climat affirment que la hausse rapide des prix des matières premières indique clairement que la transition vers les énergies vertes doit être accélérée, et non ralentie. Une baisse de la demande et des subventions pour les combustibles fossiles fera baisser leurs prix. Ils affirment également que ceux qui s’opposent au changement ont un intérêt direct à préserver le statu quo. Selon le Pew Research Center, une grande partie de la population soutient l’action en faveur du climat : 70 % dans le monde et 60 % aux États-Unis.

« Nous devons être clairs, nous ne pouvons pas envisager une voie différente entre le monde en développement et le monde développé », déclare Francesco La Camera, directeur général de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA). « Le pétrole, le charbon et le gaz naturel peuvent jouer un rôle, mais c’est la pire des options. Il faut que ce soit un effort commun… Les nouveaux systèmes énergétiques seront décentralisés. »

Les principales économies mondiales restent engagées dans l’objectif zéro émission nette d’ici 2050, tandis que les marchés financiers récompensent les technologies durables : l’IRENA indique qu’en 2020, l’indice S&P Clean Energy, qui regroupe les valeurs liées aux énergies propres, a progressé de 138 %, alors que l’indice S&P Energy, davantage axé sur les combustibles fossiles, a reculé de 37 %. En outre, l’IRENA affirme que les investissements dans les énergies propres ont permis de créer trois fois plus d’emplois que le secteur des combustibles fossiles. Le financement est la clé : 131 000 milliards de dollars sont nécessaires pour parvenir à la neutralité carbone d’ici 2050, un obstacle de taille étant donné qu’environ 750 milliards de dollars seront consacrés aux énergies propres et à l’efficacité énergétique en 2021.

La crise énergétique actuelle sera résolue, l’offre finira par rattraper la demande. Cependant, avant d’en arriver là, les dirigeants mondiaux doivent mettre en place un plan d’action plus abouti. En tout état de cause, les pays ne doivent pas perdre de vue la nécessité d’atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris sur le climat en 2015.

 

Article traduit de Forbes US – Auteur : Ken Silverstein

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