La crise que nous traversons a de multiples facettes. Elle a débuté par l’apparition d’un nouveau Coronavirus, inconnu de l’espèce humaine. L’épidémie chinoise s’est rapidement transformée en une pandémie tragique. Il s’en est suivi une crise économique brutale et généralisée à l’échelle planétaire. Très récemment, c’est une crise sociale et sociétale qui s’ajoute au marasme économique. Cette Coronacrise trouve ses racines dans le phénomène beaucoup plus large du changement climatique, phénomène qui pourrait être le terreau d’autres crises aussi singulières que celle que nous traversons.

 La Coronacrise milite-t-elle en faveur du climat ? 


Au plus fort de la crise sanitaire que nous venons de traverser, plus de 4,5 milliards d’humains ont été appelés à se confiner dans environ 110 pays ou territoires. Alors que le monde était en pause, les médias ont été nombreux à relayer des images évocatrices des bienfaits de l’arrêt brutal de l’économie mondiale sur l’environnement et la biodiversité. Les chinois ont pu apercevoir un ciel bleu au-dessus des grandes mégapoles jusqu’alors couvertes de brouillard persistant grisâtre dû à l’importante pollution atmosphérique ; la couleur des eaux des canaux à Venise est redevenue transparente et les poissons les ont regagnées ; la qualité de l’air et de l’eau s’est rapidement améliorée un peu partout sur la planète, les animaux ont reconquis certains territoires subitement désertés par l’Homme. Une récente étude publiée dans Nature Climate Change a estimé que la planète avait enregistré début avril une réduction d’environ 17 % des émissions journalières de dioxyde de carbone. Le secteur du transport routier explique une très large partie de cette baisse. Au total, sur l’ensemble de l’année 2020, ce serait une diminution de l’ordre de 4 à 7 % des émissions de dioxyde de carbone que nous devrions enregistrer, une « anomalie » de l’Histoire conclue l’étude.

Cette baisse anecdotique des émissions de dioxyde de carbone au sens de l’Accord de Paris est certes une bonne nouvelle mais elle cache cependant une autre réalité. En effet, les nombreux plans de relance qui se multiplient aux quatre coins du monde pour pallier les effets de la récession économique liée à la période de confinement devraient inciter les acteurs économiques à consommer davantage. Et pour cause, privés de consommation, les ménages ont eu tendance à thésauriser une grande partie de leurs revenus disponibles alors que, dans le même temps, les entreprises ont enregistré des pertes de chiffre d’affaires considérables. Ce rebond de consommation devrait entraîner une hausse quasi instantanée et de même ampleur des émissions de gaz à effet de serre (GES) rendant caducs les bienfaits de l’arrêt momentané de l’économie mondiale sur l’environnement. Il y a fort à parier que les plans de relance, même si certains d’entre eux se veulent en partie orientés vers la lutte contre le changement climatique, relayent cette lutte au second plan afin de pérenniser dans un premier temps la croissance économique alors retrouvée.   

Comment le changement climatique favorise l’émergence des pandémies ?

Beaucoup de débats ont encore lieu au sujet du nouveau Coronavirus SARS-CoV-2 mais une large majorité d’entre eux s’est concentrée sur la lutte sanitaire contre la maladie COVID-19 qui a déjà fait plus de 400 000 victimes à travers le monde. Pour un certain nombre de scientifiques, l’émergence de ce nouveau Coronavirus est à mettre à l’actif du changement climatique. Et pour cause, il est maintenant admis que le changement climatique favorise entre autres choses la destruction de la biodiversité. Cette diversité biologique, et donc génétique, est pourtant essentiel dans le processus de régulation de la transmission des pathogènes. Cette diminution de la biodiversité favorise la mutation de certaines souches de virus. Dans le cas du nouveau Coronavirus, l’étiolement des espaces de vie de certaines espèces d’animaux a eu pour conséquence la cohabitation d’espèces sauvages auparavant impossible, favorisant ainsi la mutation génétique jusqu’à atteindre une forme de virus transmissible à l’homme.

De plus, la saisonnalité souvent mise en avant lorsque l’on aborde la grande famille des Coronavirus (mais c’est aussi le cas d’autres virus touchant principalement les voies respiratoires) pourrait être remise en question alors que les climatologues observent de plus en plus de dérèglements dans la survenue et la durée des saisons. Enfin, la mondialisation du voyage et du commerce, couplée à la multiplication de zones urbaines densément peuplées, a augmenté la vitesse de propagation du virus d’une zone géographique à une autre.

La fonte du permafrost : terreau fertile des prochaines crises ?

Un autre phénomène, induit par le changement climatique, pourrait accélérer l’émergence de crises sanitaires à répétition. En effet, lorsque l’on parle de changement climatique, le réchauffement climatique de nature anthropique (c’est-à-dire issu de l’activité humaine) arrive rapidement en tête des débats. Ce dernier a notamment pour conséquence la fonte du permafrost (ou pergélisol en français), cette épaisse couche de glace située principalement au nord du cercle polaire arctique. Le permafrost renfermerait entre 1 600 et 1 700 milliards de tonnes de carbone, soit à peu près le double du dioxyde de carbone déjà présent dans l’atmosphère. La fonte de ce gigantesque puits de carbone naturel libérerait alors une quantité phénoménale de gaz à effet de serre, qui accélérerait la fonte du permafrost. Un cercle vicieux qui pourrait rapidement devenir incontrôlable.

Dans le même temps, il libérerait aussi quantité de bactéries et virus parfois oubliés depuis des milliers d’années. A l’été 2016, un enfant est décédé de la maladie du charbon (mieux connue sous le nom d’anthrax) en Sibérie alors même que ce virus a disparu depuis plus de 75 ans dans cette région. En cause, le dégel d’un animal mort de l’anthrax il y a près d’un siècle qui aurait réinfecté des animaux vivants puis la jeune victime. Toujours en Sibérie, le virus de la variole a été identifié dans des corps gelés datant, pour certains d’entre eux, de plusieurs siècles.

Le changement climatique devrait être en filigrane de nombreuses des prochaines crises que nous aurons à traverser. Il reste à espérer qu’après la prise de conscience de ce phénomène, les actions mises en place seront à la hauteur des enjeux. La lutte contre le changement climatique nécessite une transformation de nos modes de production, de transport et de consommation, et non pas un arrêt pur et simple de l’économie… Néanmoins, cette crise nous a permis de comprendre qu’une alternative était possible pour sauvegarder et pérenniser notre planète. 

Article rédigé par Julien Moussavi, BSI Economics

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