Les idées reçues collent à la peau du Texas. Pourtant, le « ol’ money » ou vieil argent des compagnies gazières et pétrolières du Lone Star State s’éclipse peu à peu. Le Texas est aujourd’hui le premier état producteur d’énergie éolienne aux Etats-Unis, loin devant la Californie, qu’il concurrence déjà avec une politique très agressive en faveur des énergies renouvelables. La pandémie que le monde traverse actuellement ébranle également le secteur pétrolier, qui peine à renouer avec des perspectives de croissance à long terme.

 


Le Texas : empire du pétrole et du gaz

L’histoire du pétrole et du gaz au Texas commence il y a plus d’un siècle avec les découvertes majeures des réserves de Spindletop et Corsicana en 1901. En une vingtaine d’années, le sud-est de l’état se voue entièrement à l’extraction et à la transformation de l’or noir en ouvrant la raffinerie de Bayton sur le canal de Houston. Le site aujourd’hui détenu par Exxon Mobil est toujours en activité et se range à la deuxième place des plus grandes raffineries du monde. Ces découvertes se sont accompagnées d’une industrialisation rapide de la région avec l’installation d’usines chimiques, de sidérurgies ou de constructeurs automobiles. L’agriculture et l’élevage continuent de prospérer grâce à l’afflux de main d’œuvre et aux nouveaux débouchés ferroviaires et maritimes.

Des années 1940 à 1970, l’exploration se poursuit dans l’ouest de l’Etat et la production s’internationalise sous l’influence des « Seven Sisters », les sept corporations géantes qui contrôlent alors près de 85% du marché mondial.  Ces années marquent également le développement de la pétrochimie pour couvrir les besoins croissants du marché de masse américain.

Le premier choc pétrolier de 1973 est une aubaine pour le Texas qui voit le prix du baril quadrupler pour passer de 2,59 à 11,65 dollars (valeur nominale). Le Texas devient alors le premier fournisseur de pétrole aux Etats-Unis. Cette augmentation des prix crée une classe de nouveaux riches versant dans l’excès des gratte-ciels, des casinos et des titres aristocratiques rachetés à la couronne britannique. La série télévisée Dallas, diffusée en 1978, dresse le portrait de cet univers impitoyable, où dollar, pétrole et politique se mélangent.

La chute des prix dans les années 2000 fragilise l’empire texan. S’ouvre alors l’époque des plus grandes opérations de fusions du siècle qui signent l’avènement des Supermajors : Conocco fusionne avec Philips, Exxon avec Mobil, Total avec Petrofina et Elf Aquitaine.

 

La poussée éolienne des années 2000

Parallèlement à cette concentration des géants de l’Oil & Gas, l’Etat du Texas, désireux de valoriser au mieux son territoire, réalise que les plaines et les montagnes du Nord sont balayés par les vents forts du « Wind corridor » traversant les Etats-Unis, du Dakota du Nord au Golfe du Mexique.

En 2005, la proposition de loi en faveur des énergies renouvelables « Senate Bill 20 » est votée par la législature républicaine du Texas. Ce dispositif vise à soutenir financièrement la construction de 5 760 kilomètres de câbles électriques pour acheminer l’énergie produite par les éoliennes implantées au Nord de l’Etat vers le Sud, principal pôle de consommation. Cette loi a ainsi mis fin à l’éternelle querelle entre développeurs et fournisseurs d’énergie : « Pourquoi construire des champs éoliens si aucun câble n’achemine la production ? » et « Pourquoi installer des câbles s’il n’y a pas d’éoliennes ? ».

La dérégulation du marché de l’électricité au Texas en 2002 a favorisé l’injection des sources d’énergie les moins chères, profitant ainsi au gaz naturel dont le prix demeure plus bas que celui du charbon. La dérégulation du marché de l’électricité a également permis l’émergence des énergies renouvelables éolienne et solaire dont les prix ont respectivement réduit de 85% et 66% entre 2009 et 2016.

 

Les perspectives vertes du Texas

Depuis 2013, la production éolienne a bondi au Texas pour représenter près de 30% du mix énergétique de l’État. Durant certains mois, l’énergie éolienne peut représenter jusqu’à 50% de l’énergie injectée dans le réseau. Certains experts du secteur prévoient une hausse de l’éolien couplé à un développement exponentiel du solaire que cela soit sous forme de projets individuels ou de grande ampleur. Il est ainsi prévu que la capacité solaire soit multipliée par 70 entre 2015 et 2030.

La ville de Georgetown au Nord d’Austin est devenue l’emblème de cette petite révolution en choisissant de s’approvisionner à 100% en énergie verte. C’est la plus grande ville des Etats-Unis à être alimentée seulement par l’éolien et le solaire. Pour le maire républicain, il ne s’agit pas d’un choix politique, mais d’une décision purement économique, qui permet de réduire les coûts du poste énergétique de la ville en limitant l’usage de l’eau et en prévenant la volatilité des prix.

Selon l’Environmental Defense Fund, le secteur éolien aurait permis la création de 25,000 emplois et l’investissement de plus de 33 milliards de dollars dans des zones reculées du Texas. Le solaire quant à lui créerait deux fois plus d’emplois que le charbon et trois fois plus que le gaz naturel.

 

Everything is bigger in Texas – Tout est plus grand au Texas.

Les sceptiques rappelleront que 223 des 254 contés de l’Etat produisent aujourd’hui soit du pétrole, soit du gaz et que le Texas représente à lui seul près de 30% de la production de pétrole américaine. Ce secteur est d’ailleurs toujours en développement au vu de l’investissement massif dans le gaz de schiste. Pour autant, l’ombre des « stranded assets » ou actifs bloqués planent sur ces projets. La pression croissante d’une décentralisation de la production énergétique vers des sources vertes et de leur prix à la baisse pourrait vite rendre ces investissements caducs.