Depuis le début de l’épidémie en France, le COVID-19 a fait plus de 183 079 malades, dont 30 209 décès. Des chiffres très importants, et qui continuent à augmenter dans certaines régions françaises. Daniel Caille, Président directeur général du groupe Vivalto Santé, 3ème groupe de santé privé en France, donne dix recommandations afin de gérer au mieux une possible deuxième vague du COVID-19. Une grande crainte qui agite aujourd’hui le débat en France et dans le monde. Meilleure coordination territoriale, voici 10 recommandations pour la gérer au mieux.  Par Daniel Caille, PDG de Vivalto Santé.

 

Recommandation N°1 – Jouer la carte du territoire

Chaque territoire de santé, à l’échelle régionale ou départementale, doit procurer une offre complète de soins, afin de garantir à tous les patients une égalité des chances face à la maladie, et d’éviter des transferts dangereux et onéreux de malades entre établissements. Le rôle et l’autonomie de décision des élus de proximité doivent être renforcés, pour qu’ils puissent décider dans l’urgence de la meilleure affectation des moyens disponibles, en fonction des besoins. La coordination, placée sous la responsabilité des Agences régionales de santé (ARS), doit être totale entre l’hôpital public, les établissements de soins privés, la médecine de ville et les établissements médico-sociaux. C’est en jouant la carte du territoire, au plus près des populations, qu’on aura les moyens suffisants au plan local pour faire face à un afflux de patients du COVID-19, mais aussi des grippes saisonnières et des catastrophes. L’augmentation de capacité doit être anticipée, de façon à pouvoir être activée dans les moments de crises, avec des sites dédiés et des modalités de déploiement du personnel, y compris pour les plateaux techniques lourds, comme la réanimation.

 

Recommandation N°2 – Renforcer le rôle de coordination des ARS

La coordination des acteurs de santé sur chacun des territoires doit être effectuée par les ARS. Ce rôle ne peut en aucun cas être délégué aux Groupements Hospitaliers de Territoires (GHT) qui n’ont qu’une vision de l’offre de soins publique, et ne connaissent peu ou pas le privé ou les médecins libéraux. Les GHT gèrent uniquement la coopération entre les établissements publics de santé d’un même territoire.

 

Recommandation N°3 – Assurer la prise en charge médicale des EHPAD par les établissements de santé

Afin de ne pas reproduire le schéma de la première vague, il faut que les établissements de santé, publics et privés, prennent en charge la gestion médicale des EHPAD, pour suppléer la médecine de ville, en cas de besoin. La téléconsultation faite par les médecins de ces établissements doit permettre une prise en charge adaptée, et assurer si nécessaire l’hospitalisation ou l’envoi d’équipes mobiles sur le terrain.

 

Recommandation N°4 – Améliorer l’orientation des patients

L’orientation, la plus précoce et la plus sûre possible, des patients est un enjeu majeur de notre système de santé au quotidien. Mais c’est encore plus vrai depuis le début de la crise du COVID-19. C’est la raison pour laquelle nous avons développé, au sein du groupe Vivalto Santé, un outil digitalisé permettant une orientation précoce des patients, en consultation et en hospitalisation. Sur le site de chacune de nos cliniques, le patient qui a un rendez-vous doit télécharger un questionnaire, qu’il doit remplir et ramener à la clinique. Ce qui permet de définir son risque par rapport au COVID-19 et de lui faire suivre les circuits prévus au sein de chacun de nos établissements. En suivant ce modèle, ou un modèle similaire, nous assurerons la sécurité de tous nos patients, et la confiance dans leurs établissements de soins, si la seconde vague se produit.

 

Recommandation N°5 – Favoriser l’ambulatoire

La première vague a vu se mettre en place de nouvelles pratiques dans les situations d’urgence, puisque l’activité programmée a été réglementairement mise à l’arrêt. Ces pratiques visaient à réduire l’utilisation des anesthésiants, pour économiser les drogues nécessaires en réanimation, et aussi à diminuer les durées de séjour afin de limiter les risques de contamination. Il est nécessaire de favoriser au maximum l’ambulatoire en cas de deuxième vague, afin cette fois-ci de pouvoir poursuivre l’activité programmée en toute sécurité, et d’éviter les renoncements aux soins.

 

Recommandation N°6 – Permettre un suivi à distance des patients chroniques

Le renoncement aux soins a massivement concerné les patients chroniques : diabétiques, insuffisants rénaux ou encore insuffisants cardiaques. Beaucoup de suivis des patients chroniques se font encore au cours d’hospitalisation de jour, en semaine, alors qu’il serait possible de les effectuer à distance, par le biais d’objets connectés, de plateformes et de suivis digitalisés, tout ceci sous la responsabilité d’Infirmiers de pratiques avancées (IPA) et en créant des forfaits de soins adaptés. Ces suivis ne se mettent pas en place faute de moyens, à l’exception de l’insuffisance rénale chronique. La prévention, qui était pourtant le pilier « Numéro 1 » du pilier « Ma santé 2022 » du Ministère des Solidarités et de la Santé, ne bénéficie en effet toujours pas de financement.

 

Recommandation N°7 – Dépister les personnes immunisées

Notre meilleur moyen d’éviter un reconfinement consiste à dépister massivement les personnes, afin de distinguer celles qui sont immunisées de celles qui ne le sont pas. La durée de l’immunité étant encore incertaine, ceci doit se faire conformément aux préconisations de l’OMS. Ce dépistage doit, en particulier, concerner les personnels soignants.

 

Recommandation N°8 – Anticiper les mouvements de soignants vers les zones en tension

Ce qui s’est mis en place d’une façon un peu empirique durant la première vague du COVID- 19, avec le transfert de soignants d’une zone moins contaminée à une zone très contaminée, doit être organisé beaucoup plus massivement, en récompensant les personnels qui se dévouent dans ces circonstances. L’octroi de surprimes peut, par exemple, être une solution à étudier.

 

Recommandation N°9 – Rembourser largement la télémédecine

Les remboursements mis en place à titre expérimental durant la crise, pour permettre un usage plus généralisé à la télémédecine, dont on a vu le succès aussi bien auprès des patients que des soignants, doivent être pérennisés afin toujours de faciliter la continuité des soins.

 

Recommandation N°10 – Surveiller à distance la gravité des patients

Notre groupe, Vivalto Santé, a su déployer un outil digitalisé de suivi des patients à distance ou à domicile, via une application « Ambulis-Covid 19 ». Le patient renseigne différents paramètres de températures et de signes cliniques. S’il y a une urgence, une alerte est déclenchée et la prises en charge est organisée. Cet outil a été déployé dans 17 de nos établissements, et a bénéficié du soutien du fonds de soutien au numérique de la « Coalition Covid 19 ». Ce type de dispositif doit être généralisé.

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