Bon plan étudiant pour les uns. Violation des règles sur les données personnelles pour les autres. Le moins que l’on puisse dire est que le projet de la start-up Tadata de collecter les données des jeunes pour les vendre contre rémunération fait couler beaucoup d’encre et relance surtout le débat sur la patrimonialité des datas personnelles.

À l’origine du projet Tadata, deux entrepreneurs issus du monde de l’éducation, Alexandre Vanadia et Laurent Pomies. Leur idée tient en 10 mots : vos datas intéressent les marques. Profitez-en. Vendez-les !
« Les données personnelles sont exploitées et commercialisées au détriment des utilisateurs. Parmi eux, les jeunes de 15-25 ans sont les plus exposés, car les plus connectés. Ils font l’objet d’un important ciblage de la part des annonceurs, à qui ils rapportent des milliards d’euros chaque année : un pactole dont les utilisateurs ne voient pas la couleur », explique Alexandre Vanadia.
Avec son associé Laurent Pomies, il a décidé de changer la donne en proposant aux jeunes de monétiser leurs données en échange d’une mise en relation avec des annonceurs correspondants à leurs centres d’intérêt et leurs besoins.
Les étudiants s’inscrivent sur le site Tadata et choisissent les informations qu’ils souhaitent partager (lycée fréquenté, études supérieures envisagées ou en cours, ambitions professionnelles, habitudes de consommation, moyens financiers, etc.). Une fois ces informations récoltées, Tadata peut mieux cibler les annonceurs qui correspondent à leurs besoins. Le jeune touche une rémunération en échange de cette cession pour chaque annonceur.
“Selon ce que l’on a facturé aux annonceurs, après avoir enlevé les frais de structure et les frais humains, on ne garde systématiquement qu’une part inférieure à celle que touche l’utilisateur”, promettent les entrepreneurs. Sur cette base, un jeune peut espérer toucher entre 3 et 30 euros par mois, en fonction des données qu’il fournit et des annonceurs intéressés.
Les paiements s’effectuent sous la forme de virements ou de cartes cadeaux, via un partenariat avec la société Wedoogift.
Pour Laurent Pomies, co-fondateur de la start-up, « On ne soutire plus les data mais on les collecte sur la base du volontariat. Grâce à cette méthode transparente, nous offrons une contrepartie aux jeunes, les plaçant alors dans une démarche active et délibérée. Quant aux marques, elles n’ont plus à choisir entre la qualité et la quantité : Tadata propose une grande quantité de données qualifiées. »


« Les données fournies aux annonceurs sont limitées aux besoins réels de leur activité et l’usage qu’ils entendent en faire selon le cadre fixé par le règlement général européen sur la protection des données (RGPD) » tient à préciser Alexandre Vanadia. Car à peine lancé, le site a fait l’objet de controverse et d’une saisie de la CNIL.
« On reste ouvert à toutes les recommandations qui pourraient nous êtres adressés pour améliorer le système. Mais si c’est une question d’idéologie, on rentrera dans le débat de la patrimonialité des données”, préviennent les entrepreneurs.
Sur ce sujet, Tadata est soutenue par Gaspard Koenig, le philosophe libéral qui estime que « la capacité à vendre ses propres données, ou à refuser au contraire de les monétiser, est le seul moyen pour l’individu de reprendre le contrôle face à la toute-puissance des Gafa.
« Après des années d’escarmouches va enfin s’engager à découvert la bataille entre les partisans d’un droit personnaliste (la position du Conseil d’Etat et, par défaut, du gouvernement) et ceux d’un droit patrimonial (comme l’avocat Alain Bensoussan, le député Bruno Bonnell ou moi-même) écrit dans une tribune Gaspard Koenig.
En attendant, Tadata poursuit son bonhomme de chemin. D’abord proposée sur un secteur géographique restreint (Ile-de-France) depuis février 2020, Tadata sera ensuite accessible partout en France à partir de septembre.