Pauline Laigneau, cofondatrice de Gemmyo, a accepté un entretien avec Forbes pour les dix ans de la marque de joaillerie. L’occasion de faire le bilan d’activité à la sortie de la crise sanitaire et d’en profiter pour présenter “Le Podcast de Pauline Laigneau”, un contenu destiné à inspirer les entrepreneur.e.s.


 

Comment avez-vous vécu cette crise sanitaire ?

Pauline Laigneau : Nous avons su en tirer profit car Gemmyo est une marque née sur Internet. Nos parts de marché en France se sont consolidées, notamment grâce à notre forte présence digitale. Ces deux années ont été très intéressantes en termes de croissance et nous comptons aujourd’hui près de 60 collaborateurs.  

Il serait logique de croire que la joaillerie ne faisait pas partie des préoccupations des Français pendant la crise. Mais en réalité le bilan est plutôt positif en termes de ventes et notre notoriété sur les réseaux sociaux y a largement contribué. Nous avons conforté notre place en tant que jeune marque énergique dans un secteur assez traditionnel.

Cette dynamique nous a fait beaucoup réfléchir sur notre manière de monter en gamme et de faire de l’exigence une de nos valeurs cardinales. Cela se traduit aujourd’hui déjà par une montée en gamme des prix : passant à un prix moyen de 1000 euros à 1500 euros ces dernières années. Nous sortons également plus fréquemment des nouvelles collections avec un attrait particulier pour les pierres confidentielles et rares.

 

Comment percevez-vous la demande du marché vis-à-vis de votre marque ?

P. L. : Nous ne nous définissons pas comme de la haute joaillerie mais bien comme de la « belle » joaillerie, simplement parce que nos prix restent encore accessibles et que nous voulons voir nos créations portées par nos clientes au quotidien. Notre conviction depuis le début c’est de penser que puisque le bijou est un objet intime et symbolique, nous devons offrir la possibilité au client de se l’approprier, de lui donner du sens. L’idée c’est que chaque femme ou homme puisse adapter et personnaliser son bijou selon ses envies. Nous souhaitons également rendre cet objet unique grâce à la recherche de pierres rares, comme le saphir bleu gris ou vert. C’est d’ailleurs un des enjeux prioritaires pour Gemmyo alors que les importations de pierres ont largement été ralenties pendant la crise.

 

Vous racontiez dans une interview pour Forbes France en 2017 que vous ne souhaitiez pas adresser particulièrement le marché asiatique… Est-ce toujours d’actualité ?

P. L. : Ce n’était pas notre projet et ça ne l’est toujours pas. C’est un marché assez mature en matière de joaillerie haut de gamme et les grandes marques de la Maison Vendôme sont déjà bien présentes sur les continents asiatique et américain.

De notre côté, l’objectif est de s’installer durablement dans toutes les grandes capitales européennes dans les dix prochaines années. Nous avons récemment ouvert une première boutique en Belgique et d’autres devraient voir le jour en Europe d’ici 2022. Notre joaillerie incarne une élégance assez discrète qui peut intéresser le marché asiatique mais ce n’est pour l’instant pas notre but.

 

Pauline Laigneau : Je défends un féminisme inclusif et aspire à ce qu’une femme puisse devenir une meilleure version d’elle même avec les hommes et non contre eux.

 

Est-ce que vos clients sont toujours majoritairement jeunes ?

P. L. : Nous fêtons notre dixième anniversaire cette année et Gemmyo a évolué : notre cible correspond de plus en plus aux 35-55 ans plutôt qu’aux 25-35 ans. C’est lié à notre hausse progressive du panier moyen et au fait que nous aussi nous sommes un peu plus âgés 😉

Mais globalement, nous conservons une grande part de jeunes chez nos clients par rapport au reste du marché de la joaillerie. Si notre âge moyen s’élargit, c’est que toutes les générations ont désormais recours à internet. 

L’entreprise a été très rentable l’année dernière, avec un résultat net en plein Covid de 500 000 € de bénéfices. C’est une activité désormais autogérée puisque nous sommes tous deux – mon mari et moi – fondateurs et actionnaires majoritaires de Gemmyo.

 

Quelle place laisser à la technologie pour fluidifier et optimiser votre activité ?

P. L. : Il s’agit d’une part de s’intéresser aux processus du secteur de la joaillerie, qui gagnerait à plus se digitaliser. Trop souvent les entreprises avec qui nous travaillons pensent qu’un site internet suffit…

Chez Gemmyo, nous avons entièrement créé notre ERP (progiciel de gestion intégré) en lien avec nos 150 artisans répartis dans 5 ateliers. Cela permet l’optimisation de la logistique et donc la réduction drastique du temps de fabrication des pièces.

Dans le secteur, il est coutume d’utiliser des moules pour produire une série de produits. Mais chez Gemmyo, c’est bien le client qui passe commande et déclenche la fabrication de son bijou. Il a donc fallu déployer ces systèmes informatiques sur toute la chaîne de valeur pour assurer la continuité de notre production.

 

Depuis le lancement de votre podcast, est-ce que vous avez encore le temps d’assurer votre rôle chez Gemmyo ?

P. L. : Ce n’est pas simple ! Mais quand on a des passions, on s’en donne les moyens. Ce projet de podcast me tient énormément à cœur et il ne me prend pas tant de temps que ça. J’y consacre environ une journée par semaine et tant que cela ne prend pas le dessus sur Gemmyo, tout va bien.

Je sors deux épisodes par semaine et ils comptent aujourd’hui environ 350 000 écoutes par mois. J’ai constitué une équipe pour m’aider sur la partie technique et ainsi mieux me concentrer sur le fond.

 

Parlez-moi justement de ce podcast que vous avez renommé “Le Podcast de Pauline Laigneau” récemment ?

P. L. : Oui, l’ancien nom “Le Gratin” avait du mal à être compris à l’étranger. Mais le contenu reste le même : il est question d’une part d’inviter des personnalités remarquables pour apprendre de leur parcours. Ces mentors virtuels ont pour vocation d’aider mon audience à devenir la meilleure version d’elle-même.

À ces retours d’expérience, j’adresse également des conseils plus pratiques et opérationnels aux entrepreneurs. C’est donc un podcast qui a vocation à être inspirant et pratico-pratique à la fois.

 

Une attention particulière est portée aux femmes entrepreneures ?

P. L. : J’ai une audience quasi paritaire et j’ai choisi dès le début de le devenir car autant les hommes que les femmes s’intéressent aux sujets que j’aborde. Même si j’ai conscience que les femmes peuvent s’identifier à moi, je n’ai jamais souhaité m’enfermer dans une démarche exclusive. Je défends un féminisme inclusif et aspire à ce qu’une femme puisse devenir une meilleure version d’elle même avec les hommes et non contre eux.

Cela ne change pas le fait qu’il manque cruellement à travers le monde de role model auxquelles les femmes entrepreneures peuvent s’identifier.

 

Pauline Laigneau : Je constate que beaucoup de gens n’ont pas de stratégie de vie : ils n’ont pas défini où vivre dans vingt ans, ni comment, ni qui devenir professionnellement.  Il n’y a pas de mal à se laisser porter par les opportunités mais je reste tout de même convaincue que pour atteindre ses objectifs il faut les fixer.

 

Beaucoup d’entre elles sont peut-être assujetties au syndrôme de l’imposteur ?

P. L. : Je suis assez convaincue que beaucoup de personnes vivent ce syndrome de l’imposteur, y compris chez les hommes. Je suis aussi convaincue que tout le monde peut y arriver et je veux notamment montrer aux femmes qu’il est possible d’avoir des ambitions, que cela ne fait pas d’elles de mauvaises mères, amies ou épouses.

L’objectif de mon podcast est d’aider les femmes à s’assumer et devenir la meilleure version d’elles-mêmes. Je ne veux pas faire de généralités mais je pense aussi que de nombreux hommes sont dans l’incapacité d’admettre leurs échecs ou leurs faiblesses vis-à-vis du syndrome de l’imposteur. Le manque de confiance en soi est faussement attribué aux femmes ; je crois aussi que les hommes ont moins souvent l’occasion de pouvoir en parler.

 

Quel conseil donner pour assurer un bon équilibre entre sa vie professionnelle et personnelle ?

P. L. : Je constate que beaucoup de gens n’ont pas de stratégie de vie : ils n’ont pas défini où vivre dans vingt ans, ni comment, ni qui devenir professionnellement.  Il n’y a pas de mal à se laisser porter par les opportunités mais je reste tout de même convaincue que pour atteindre ses objectifs il faut les fixer.

Ce n’est pas forcément des objectifs à court terme mais à échelle d’une vie amoureuse, familiale, géographique… Je renouvelle moi-même souvent ma stratégie de vie et je me rends compte qu’il est important de se demander : “qu’est-ce que je veux vraiment ?”. Je citerais Bill Gates sur ce point : “On surestime toujours ce qu’on peut accomplir dans les deux ans, et on sous-estime ce qu’on peut faire des dix prochaines années”. 

 

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