La marque éco-responsable, unisexe d’Eric Cantona et de Rachida Brakni, Nostra, célèbre la nature et le terroir méditerranéen. Une griffe familiale, sans artifices, à leur image. L’occasion pour Forbes de s’entretenir avec la légende du ballon rond devenu artiste multi-facettes et l’actrice glamour du cinéma français.

Les cosmétiques, c’est un univers où l’on ne vous attendait pas… Quelle est l’histoire derrière Nostra ?

Éric Cantona : L’histoire derrière Nostra, ce sont des promenades dans la région de l’Alentejo au Portugal, en Sardaigne, en Provence… dans tout le bassin méditerranéen. Un jour, en nous baladant, nous avons vu une plante. Dans ces cas-là, j’aime bien passer ma main sur la plante et sentir, et celle-ci avait une odeur magnifique. Si bien que je suis descendu au village pour me renseigner, j’ai donc découvert que c’était de la ‘menthe pouliot’. C’est une menthe très sauvage aux vertus médicinales, que l’on retrouve partout dans le monde autour de petits ruisseaux. Elle ne pousse donc pas n’importe où. Nous avons eu envie de capturer son essence, créer quelque chose pour nous à l’image d’un savon ou d’un gel douche. Dans cette optique, nous avons rencontré un docteur en biologie / chimiste, Jean-Claude Bozou, qui nous a accompagnés, et qui a donné vie à ce produit olfactif tangible. De fil en aiguille, nous sommes partis sur toute une gamme de cosmétiques « sur-mesure ».

Rachida Brakni : Au départ, quand Éric est tombé sur cette plante, on a commencé à rêver à haute voix. Il a commencé à me dire : « Qu’est-ce que j’aimerais sentir un savon, un gel douche, avec ce parfum-là, qui sente la nature, qui sente les plantes sauvages », car il a beaucoup de mal avec les odeurs synthétiques, comme moi d’ailleurs, et comme beaucoup de personnes. On s’est dit pourquoi pas à l’idée de fonder une marque de cosmétiques, telle que l’on la rêvait. Naturelle, mixte, pour toute la famille, et écoresponsable. Cela veut dire : travailler avec des petits producteurs locaux, autour du bassin méditerranéen, designer des packagings green. Nous avons donc travaillé autour de la canne à sucre pour éliminer le plastique et tous ces surplus qui encombrent les emballages. Éric a pensé à ces quatre couleurs, qui sont très fortes, très joyeuses et qui symbolisent la Méditerranée : il y a le vert allégorie des plantes, le jaune – clin d’œil au soleil – le orange qui évoque la terre, et le bleu, pour la mer. La naturalité était notre fil conducteur.

Quelle signification derrière ce nom ?

E.C. : Tout d’abord, cela nous a pris énormément de temps pour trouver un nom ! Beaucoup sont déjà déposés. Nous avons eu l’heureuse surprise de découvrir que « Nostra » ne l’était pas. C’était le nom parfait pour nous : nostra spirit », « nostra familia », « nostra terra », « nostra Méditerranée »… Tant d’idées résonnent derrière. On est au cœur de la nature, on a fait un symbole qui est une spirale – que nous avons créée – multicolore, qui est solaire. La définition de la spirale, c’est l’éternité. Ainsi, tant l’appellation, le logo que les produits sont en parfaite harmonie 

R.B. : Il y a l’idée de communauté dans « Nostra ». Il y a quelque chose d’inclusif, c’est pour s’adresser à tous.

Ces dernières années, il y a beaucoup de nouveaux entrants dans le secteur de la beauté. Quid de vos objectifs ?

E.C. : Notre objectif, c’est de faire partager notre passion autour de cette marque. Quand on investit de l’argent, c’est comme faire un film qu’on aime : s’il rencontre le public, on est content. C’est une aventure artistique. Lorsque les gens sont fidèles à une marque, c’est qu’il y a aussi un attachement. Pour nous, c’est aussi une fierté. En termes financiers, on vit très bien sans Nostra ! L’un des objectifs, évidemment, c’est de prendre du plaisir dans cette aventure ; c’est intellectuellement valorisant, et à la limite, c’est presque ce qui nous importe. Bien sûr, c’est toujours mieux d’éviter de perdre de l’argent ! Quoiqu’il en soit, nous sommes entourés de professionnels tout en profitant d’une grande liberté car nous nous sommes financés sur fonds propres. La liberté n’a pas de prix.

R.B. : Au départ, nous étions dans un mode de business familial dans un esprit  artisanal. C’est vrai qu’Éric a raison : nous n’avons jamais cherché à obtenir la contribution de fonds d’investissements, notre priorité demeurait d’être libres, décisionnaires à chaque étape nécessaire à l’élaboration de ce projet. Pour le moment, le fait que ce soit une entreprise familiale nous convient très bien, toutefois, nous sommes conscients que la cosmétique est un secteur très concurrentiel. On ne se met pas de pression pour autant. D’abord, parce que nous avons la chance d’être distribués chez Monoprix, et puis, il y a aussi le site qui permet de digitaliser notre distribution et notre développement.

© Eric Cantona et Rachida Brakni

 

Dans le détail, qui vous accompagne dans cette aventure entrepreneuriale ?

E.C. : Aujourd’hui, nous avons laissé la licence à une société française qui s’appelle Nostra France, détenue par mon frère Joël et mon fils Raphaël. Ce sont eux aujourd’hui qui développent Nostra. Nous avons créé l’identité de la marque, et aujourd’hui, Joël et Raphaël sont là pour amener aussi leur vision. Nostra France s’occupe de développer Nostra avec l’appui de distributeurs comme Monoprix, de nouveaux distributeurs, notre site internet. Je me réjouis d’avoir un professionnel comme mon frère Joël qui a fait ses preuves dans le milieu de l’organisation sportive et de grands événements sportifs. Depuis plus de 20 ans, j’ai toujours travaillé avec mes frères, on se connaît parfaitement, et avons confiance les uns les autres. C’est sacré. 

R.B. : A ce stade, l’important pour nous, c’est de continuer à bien s’implanter en France, avant de pouvoir aller ailleurs.

Quelle est la touche ‘Rachida Brakni’ et la touche ‘Eric Cantona’ ?

R.B. : Je peux répondre pour toi, Eric, mais pour moi c’est difficile… En fait, nous avons collaboré avec l’agence BETC qui est une entreprise de référence. Mais, c’est vraiment Éric qui a apporté toute cette touche artistique. Quant à l’élaboration des produits, nous avons énormément échangé avec Jean-Claude Bozou, le docteur en biologie qui nous a aidé dans le développement de toute notre gamme de produits : beaucoup d’allers-retours au sujet des matières et des textures qui étaient importantes pour nous, jusqu’à ce qu’on arrive vraiment à quelque chose qui nous satisfasse. Éric ne supporte pas du tout ce qui est artificiel ! Son pire cauchemar, c’est quand il doit traverser un “duty free parfums” dans un aéroport, cela lui fait mal à la tête. Il était donc très à cheval là-dessus. C’est donc lui qui a travaillé avec le nez d’où est ressortie trois senteurs : la fleur d’oranger (le bois de mandarinier), la menthe sauvage (verveine), et le bois d’ambre (amande).

E.C. : C’est très intéressant d’ailleurs de travailler avec des nez, quand on est vraiment impliqué. Soit on y va et on se dit « la senteur tendance, c’est celle-là », ou alors on y va en essayant de retrouver des odeurs d’enfance. Et à ce moment-là, c’est presque comme si on était sur le divan d’un psy… Les questions fusent comme : « Pourquoi cette odeur ? ». La touche ‘Rachida’, c’est qu’elle a pensé à développer des produits auxquels je n’aurais pas pensé. Par exemple, les crèmes de jour, les crèmes de nuit…

R.B. : C’est vrai que ce sont des produits qui me tenaient à cœur. On a tous des besoins très différents par rapport à notre peau, on ne peut donc pas utiliser la même texture de crème car elle n’est pas enrichie de la même manière. Nous avons également mis au point un gommage innovant car il est à la fois exfoliant et doux pour la peau. Nous avons travaillé avec un matériau extraordinaire qu’est le liège ; c’est un isolant incroyable des plus écologiques. Notre gommage contient des billes de liège broyées permettant d’impulser un effet « rebond » sur la peau. De fait, je dirais que j’ai apporté quelque chose de plus féminin sur des produits, avec des attentes que j’ai moi-même en tant que femme.

© Faustine Martin

 

Installer une marque en pleine crise sanitaire est un sacré défi ! Comment gérez-vous la situation ?

R.B. : C’est de toute façon un défi pour tout le monde ! Le Covid nous a appris / rappelé  une chose : l’hygiène ! Dans l’après-Covid, restera cette nécessaire habitude de se laver régulièrement les mains, d’où l’intérêt d’ailleurs d’utiliser des produits qui n’agressent pas la peau et qui soient naturels. Notre marque Nostra existe et nous avons à cœur d’accompagner son développement. On ne va pas s’arrêter en si bon chemin !

E.C. : Nostra a déjà un an. En un an, énormément de belles choses ont été faites. Nous avons réussi l’exercice de positionner notre griffe en peu de temps, c’est assez exceptionnel dans pareil contexte ! Il nous reste encore beaucoup de belles choses à faire…Maintenant, c’est à Raphaël et Joël de « faire le job ». Après, par rapport aux crises, je pars du principe qu’il y a toujours des aspects positifs à explorer. Je trouve qu’il y a eu une prise de conscience sur l’essentiel. Beaucoup de gens veulent quitter les grandes villes pour aller à la campagne, beaucoup ont pris conscience de la fragilité de la nature, de l’écosystème, de la biodiversité. Clairement, on n’a jamais autant parlé de ces sujets ! 

Vous êtes tous deux des artistes passionnés, en perpétuelle réinvention. Le confinement est-il pour vous source de frustration ou d’inspiration ?

R.B. : Pour moi, un peu des deux. Il y a malgré tout pas mal de frustration en raison de l’impossibilité d’exercer notre art. Il y a aussi de l’inspiration, car on s’interroge – sans toutefois tomber dans quelque chose de philosophique – mais, par exemple, « Quelle est notre place ? », « Que va-t-on transmettre à nos enfants ? »…Ne soyons pas pour autant défaitiste, actons que nous sommes entrés dans une nouvelle ère.

E.C. : Tout ce qui est source d’inspiration est source…de frustration. Ces questions que l’on se pose ne trouvent pas forcément de réponses, ou bien des réponses qui amènent d’autres questions. En gros : des chercheurs qui cherchent, on en trouve, mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche.

Le King Cantona au côté du Roi Pelé © Getty Images

 

Eric Cantona, vous avez raccroché les crampons au sommet de votre carrière à la trentaine naissante. Deux décennies après, vous êtes toujours dans les cœurs des supporters de Manchester United, tout en étant connu des jeunes du monde entier… Comment expliquez-vous votre capacité à transfigurer le foot, les cultures et les générations ?

R.B. : Je vais répondre à la place d’Eric. Je trouve qu’aujourd’hui, il y a une espèce d’uniformisation, et on a envie de personnalités, de gens qui sortent du cadre. Pourquoi, à la mort de Maradona, tant de personnes étaient bouleversées ? Parce qu’il y a quelque chose de l’ordre du héros. On a quelque part conscience que c’est un homme avec ses forces et ses faiblesses. Et je pense qu’il y a de cela chez Éric, et que les gens le sentent.

Quel regard portez-vous sur le monde du football d’aujourd’hui ?

E.C. : La crise sanitaire nous a fait prendre conscience que ce ne sont pas les joueurs le important dans le monde du football, mais bien le public. Aujourd’hui, il peut y avoir les plus grands footballeurs sur le terrain, l’énergie, l’atmosphère, toutefois la passion n’est pas la même. Regarder les matchs à la télévision n’intéresse pas vraiment les gens éloignés des stades. Il n’y a donc plus cette énergie qui circule entre les joueurs et les spectateurs, ni cette inexplicable magie. Il y a aussi le sujet financier : pour assister à une rencontre aujourd’hui, il faut débourser de 100 à 200 euros dans certains endroits. Tout a été multiplié ! Si on continue de penser que seuls les gens qui ont de l’argent peuvent aller au stade – parce que cela fait partie de l’économie du club – on perd l’âme du football. Ce ne sont pas ces-derniers qui ont créé le sport roi, ni la passion autour. Perdre ce public équivaut à tout perdre.

Même si vous avez Messi ou Ronaldo sur un terrain de football, il y a comme un vide…comme si on assistait à un match amical alors que c’est bien la finale de Champions League qui se joue ! Ne perdons pas cette magie.

Sportif, artistes, entrepreneurs, militants, dans quel rôle vous épanouissez-vous le plus ?

E.C. : Je m’épanouis en tant que vivant, en tant qu’être humain. On ne s’autoproclame pas artiste ! « Artiste », cela fait penser à quelque chose qui va questionner, faire voyager quelqu’un. Mais tout cela est très subjectif : quand l’un dit « c’est un artiste », l’autre peut dire « non, c’est un charlatan ! ». Prenons l’exemple de Banksy, pour certains c’est un vandale…pour d’autres, un génie. Et d’ailleurs tant mieux ! Je crois que tout le monde a une façon particulière de s’exprimer et est artiste. Et on doit s’inspirer de tous..

Rachida est une grande artiste, au cinéma et au théâtre, mais aussi dans la musique. La musique procure autant de joie que d’être comédienne.

R.B. : Pour moi, c’est juste un moyen d’expression. Quel que soit le support, cela reste un moyen d’expression. Comme Nostra, d’ailleurs, c’est une façon de se raconter, une façon de s’accomplir, de prendre du plaisir. Tout est lié. C’est le même métier finalement, chanteur, acteur, metteur en scène…Et maintenant, cette nouvelle casquette autour de Nostra. Que d’aventures ! On fait ce métier pour faire des rencontres, pour créer, pour avancer. Ne plus être dans le mouvement, s’arrêter, c’est la mort !

© Nostra

 

Pour aller plus loin : www.nostra.com

Propos recueillis avec Lucie Kiritzé-Topor

 

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