Lancé par deux jeunes entrepreneurs de 26 ans, RedE est un scooter électrique qui compte bien profiter de la tendance au tout livrable – restauration, courses, livres, high tech – pour conquérir les professionnels de la livraison, à l’achat ou à la location. Leur promesse est double : rentabiliser l’engin en moins d’un an, et réduire la pollution en ville.

C’est un scooter noir d’allure robuste sur lequel repose un imposant top-case de 200 litres de contenance. Au démarrage, aucun bruit. L’engin est électrique, sa batterie malicieusement cachée sous la selle. A côté, les vieilles bécanes déglinguées d’une célèbre enseigne de vente et livraison de plats japonais ont triste mine. RedE, le scooter électrique, compte bien les remplacer rapidement.


Depuis mars 2017, après deux ans de recherche et développement, la jeune entreprise dont l’atelier d’assemblage et réparation est installé à Montrouge, en banlieue parisienne, commercialise (à l’achat ou à la location) son deux-roues silencieux et écolo.

Diplômés de l’ICN Business School de Nancy, Valentin Dillenschneider et Etienne Mao partagent cette envie d’entreprendre. « Etienne rentrait d’un stage à Shanghaï où il avait découvert le déploiement à grande échelle des scooters électriques », raconte Valentin. « Je l’avais bassiné avec ma passion pour les deux-roues durant tout notre cursus. » Les deux anciens camarades de promo décident de se lancer sur le marché. En 2014, le scooter électrique est encore balbutiant. « Il existait des solutions mais très onéreuses et utilisant des batteries plomb très polluantes et avec une faible autonomie », explique Valentin Dillenschneider.  

Le boom de la livraison à domicile

Pour pallier à ces deux écueils, les néo entrepreneurs prennent le problème à l’envers. Les batteries seront au lithium, réalisées avec une filiale de Lenovo, et pour allonger leur autonomie, RedE propose des scooters électriques pour les professionnels. S’ils disposent d’un parc d’engins, les batteries pourront être chargées et passer de l’un à l’autre.

« Au lancement, nous voulions nous positionner sur le marché des particuliers, mais nous nous sommes rapidement dit que l’argument de la rentabilité serait plus parlant chez les professionnels qui achètent plusieurs scooters », explique le pragmatique Valentin Dillenschneider.

L’entreprise espère profiter de nouvelles pratiques de consommation : la livraison connaît un engouement indéniable ces dernières années. Notamment avec les repas à domicile. Selon le cabinet d’études spécialisées dans la restauration NPD Group, les coursiers de Foodora, Allo Resto, Deliveroo et Frichti ont effectué 125 millions de livraisons à domicile entre octobre 2016 et mars 2017, soit une augmentation de 35% en un an.

Rentabilisé en sept mois

De novembre 2014 à mars 2017,  les deux associés travaillent avec un bureau d’études pour produire le premier prototype en septembre 2016 et une deuxième version un an plus tard. Avec des pièces qui viennent de Chine et d’Allemagne. « Les livreurs trouvaient le guidon trop proche, les poignées d’accélération trop fragiles pour leur conduite plus brusque que celle d’un particulier. » Autant d’adaptations à effectuer pour parvenir à un produit certes plus cher que ses concurrents essence (1350 euros contre 2 130 pour l’électrique), mais rentabilisé en sept mois à raison d’une cinquante de kilomètres par jour, assure l’entrepreneur.

En moins d’un an, près de 200 scooters ont été vendus et une vingtaine d’entreprises ont opté pour la location de 12 à 24 mois à 145 euros par mois. 

Après une première levée de fonds de 280 000 euros en mars 2017, RedE termine un deuxième tour de table pour la fin du mois de mai pour déployer la solution en France et faire de l’engin un objet connecté. 

« 2017 a été une année très parisienne », ajoute Valentin. Pourtant, l’entreprise est déjà présente, essentiellement grâce au bouche à oreille à Dijon, Grenoble, Lille, Annecy, Besançon, etc. Les professionnels sont pressés par les normes euro 4 (depuis 2017) et euro 5 (en 2020) qui imposent de réduire les émissions de CO2. « Nous avons une carte à jouer en nous présentant comme les remplaçants des deux-roues essence », mise l’entrepreneur.