1. Mis sur orbite à la fin du mois de février dernier, Shine peut d’ores et déjà se targuer d’avoir « comblé un vide » en se positionnant comme un véritable soutien et accompagnateur au quotidien des indépendants. Ouverture de compte bancaire professionnel, édition de factures ou encore création de statuts, la start-up prend en charge toutes ces contingences administratives et surtout extrêmement chronophages afin que l’indépendant puisse pleinement (et uniquement) s’atteler au développement de son activité.

La phobie administrative. Un mal longtemps méconnu mais qui a déboulé sur le devant de la scène médiatique par l’intermédiaire du secrétaire d’Etat Thomas Thévenoud qui, ayant pris du retard dans ses déclarations d’impôts, avait, pour justifier sa bévue, plaidé la phobie administrative. Si la dérision et les quolibets ont longtemps (et encore toujours) accompagné les différentes sorties de l’ancien député socialiste, les tâches administratives peuvent rapidement submerger le travailleur indépendant. Surtout en France. Doux euphémisme. Un véritable dédale de réglementations et autres statuts qui peuvent rapidement décourager ou embrumer l’esprit des plus téméraires pourtant initialement désireux de se lancer dans le grand bain de l’entrepreneuriat. Afin d’éviter cela, Nicolas Reboud et Raphaël Simon, respectivement âgés de 33 et 28 ans, ont décidé de porter sur les fonts baptismaux une application bancaire baptisée Shine, qui prendrait en charge toutes les contraintes et charges administratives pesant sur les épaules, souvent trop frêles en la matière, des travailleurs indépendants.  Car la demande est résolument criante. En effet, selon une étude Opinion Way, près de 4 millions de Français envisagent de devenir micro-entrepreneurs.  En outre, cette même étude révèle que la « complexité administrative » coûterait près de 60 milliards d’euros par an aux entreprises françaises. Edifiant.

L’un des cofondateurs de l’application, Raphaël Simon, l’a appris à ses dépens, comme le relate l’autre moitié du tandem, Nicolas Reboud. « Anciennement Freelance, il me racontait qu’il avait mis plus d’une quinzaine de jour à choisir son statut en se renseignant sur internet. De plus, au regard de nos expériences respectives, nous nous sommes rendu compte qu’il existait, chez les travailleurs indépendants et autres micro-entrepreneurs, une forme d’angoisse de rater une deadline importante », développe l’entrepreneur.  Les deux jeunes hommes, alors à la recherche d’un projet, – « je voulais initialement créer quelque chose dans le secteur de la banque et de l’assurance, qui étaient pour moi des secteurs un peu poussiéreux et au sein desquels les opportunités ne manquaient pas »- vont donc  finalement venir en aide à tous ceux «emportés » dans le tourbillon  de l’administration « Made in France ».  Et force est de constater que les étages de la « fusée Shine » ont été particulièrement bien pensés pour cette catégorie de la population.


Le compte professionnel, une obligation légale

Tout d’abord, le « cœur du réacteur » Shine n’est autre qu’un compte en ligne. Qui, rappelons-le, est une obligation légale pour quiconque souhaite déployer ses ailes vers l’horizon de l’indépendance professionnelle. « Nous avons vraiment pris le parti d’articuler notre application autour de ce compte qui, de facto, n’existait pas et était trop cher », se souvient Nicolas Reboud. Avec l’aide de partenaires aussi prestigieux de BNP Paribas ou Crédit Mutuel-Arkéa, Shine va réussir à franchir ce premier écueil.  Mais la « force de frappe » de la jeune pousse ne se limite pas à cela. Loin de là. L’application offre également la possibilité aux micro-entrepreneurs de créer leur statut en quelques clics, une « démarche » qui avait donné des sueurs froides à l’un des deux cofondateurs de Shine comme évoqué en préambule. « Vous avez, en effet, toute latitude pour créer votre statut depuis l’application et ce de manière beaucoup plus fluide que sur les plateformes de l’Etat. Et surtout les informations ne vous seront demandées qu’une seule fois », présente Nicolas Reboud, ancien d’HEC et rompu aux joutes de la création d’entreprises avec déjà, à seulement 33 ans, deux sociétés à son actif, dont Printic, qui permet d’imprimer des photos à partir de son smartphone. Un joli succès d’estime mais également commercial puisque cette jeune pousse tombera dans l’escarcelle du groupe M6 en 2014.

Enfin, troisième strate du « naviral-amiral Shine », un assistant administratif qui repose sur le principe – éculé mais toujours aussi efficace – des notifications.  «  A chaque date ou échéance importante, Shine vous signale qu’il faut déclarer son chiffre d’affaires, votre TVA etc. Vous avez également la possibilité d’éditer vos factures et les envoyer à vos clients afin qu’ils puissent les régler en ligne. Une notification vous parviendra lorsque ledit client aura ouvert cette facture ou l’aura payée. Il pourra également recevoir un rappel ou une relance lorsqu’il omettra de le faire », déroule le cofondateur de Shine.  Le temps de la « collection sauvage » de justificatifs dans des enveloppes volantes et autres facturations à l’aveuglette est désormais révolu. Un chat avec des experts disponibles sept jours sur sept prend également le relais pour répondre aux doléances des indépendants et autoentrepeneurs, désireux d’obtenir des éclaircissements.

Une levée de fonds de 2,8 millions d’euros

En ligne depuis le 26 février, ce sont déjà près de 2 000 de travailleurs indépendants qui ont recours aux services de Shine. Et l’application veut mailler le territoire en vertu d’un potentiel de conquête extrêmement large. « Nous avons parmi les utilisateurs de l’application des mécaniciens, des coiffeurs, des avocats, des livreurs à vélos etc. Le champ des possibles est particulièrement vaste », souligne Nicolas Reboud. La start-up a d’ailleurs levé 2,8 millions d’euros en juillet 2017 auprès de Daphni, Kima Ventures et de plusieurs business angels, parmi lesquels Rachel Delacour (Bime Analytics), Jean-Daniel Guyot (Captain Train), Franck Le Ouay (Criteo), Ning Li (Made.com), Olivier Mathiot (PriceMinister), Francis Nappez (BlaBlaCar) ou encore Jean-Charles Samuelian (Alan), pour parachever son combat vers la simplication. « Nous avons beaucoup de chance d’être aussi bien entourés.  Car même s’ils tirent tout l’écosystème français vers le haut ils restent très accessibles et nous aident dès qu’ils le peuvent », souligne Nicolas Reboud.  L’objectif aujourd’hui : devenir l’outil incontournable des indépendants. « Nous voulons que tous ceux qui souhaitent se lancer aient comme premier réflexe de se dire : je ne sais pas trop par où commencer mais je vais déjà télécharger Shine »poursuit l’entrepreneur.  Et ainsi paver le chemin vers l’indépendance. La vraie.