PORTRAIT | En quête de plus grand que soi : la liberté. Le philosophe et écrivain, Gaspard Koenig a bien cette visée. L’auteur du conte philosophique L’Enfer la narre et la raconte avec cet art des mots justes. C’est justement d’eux que nous avons parlé lors de notre échange. 

« Ecrire des essais et des romans ; c’est un peu la même chose, alors qu’en France, on les scinde en deux ». Aussi, on est philosophe ou essayiste ou alors ce sera le statut de romancier qui primera au dépend des autres. Très peu, pour le syncrétique fondateur du think-tank GenerationLibre Gaspard Koenig qui écrit des ouvrages de tous genres. Il s’agit, pour lui, de porter son attention au travail de la langue lors de l’écriture d’un essai. « Il est important que les essayistes mettent du style ». Celui qui vient de publier le conte philosophie L’Enfer aux éditions de l’Observatoire tisse des liens avec les livres qui l’ont façonné. Ces temps-ci, ses lectures quotidiennes sont marquées par l’œuvre de Léon Tolstoï. Le personnage éponyme de son premier roman Octave avait vingt ans est un protagoniste d’A la recherche du temps perdu. En le brossant, Marcel Proust donne progressivement de la densité à son personnage qui deviendra un écrivain de génie.

 

De Bordeaux à Rome, il s’inscrit dans les pas de Michel de Montaigne avec sa jument Destinada

« L’ancrage fort dans la littérature » est manifeste dans les publications de Gaspard Koenig. Aussi, dans son essai Les discrètes vertus de la corruption le voici qui convoque La Fable des abeilles de Bernard Mandeville. Son voyage à cheval s’est effectué sur les traces de Michel de Montaigne. « Cela permet de s’inclure dans une histoire et donne un cadre au récit » explique-t-il. 

L’art de la formule. Il cite, notamment, Jean Giono et Paul Morand. Gaspard Koenig attache une grande importance à la phrase et à son rythme. Pour lui, « une idée s’enrichit, se précise et évolue dans la formulation ». Avec l’écriture, l’appréhension, dès lors, se fait peu à peu. « Le livre final sera différent de celui avec lequel j’ai commencé » témoigne-t-il. 

Gaspard Koenig – Photo gracieusement transmise par Gaspard Koenig

Chemins de traverse. Au sortir de son voyage consacré à l’intelligence artificielle, le voici qui, de Bordeaux à Rome, s’inscrit dans les pas de Michel de Montaigne avec sa jument Destinada. Ce voyage se fait tout autre ; « pas anticipable, pas normé ». Il s’agit, bien ici, d’ « aller au contact » avec nombre de « marges d’erreur et d’errance ».

« Je sais bien ce que je fuis, mais je ne sais pas ce que je cherche »

Il s’inscrit, d’ailleurs, en continuité avec la philosophie du cheminement de l’auteur des Essais. Avec enthousiasme, Gaspard Koenig célèbre cette façon de voyager. « Montaigne faisait de longs détours ; un principe qu’il applique à son écriture pleine de digressions, et à la vie en général ». Aussi, il s’agit d’ « être ouvert à l’imprévu ». Ce voyage s’inscrivait dans cette philosophie.

Au long des 2 500 kilomètres, le périple a été arpenté par de nombreux thèmes : du rapport à l’animal à la liberté, du stoïcisme au dépouillement. « Je sais bien ce que je fuis, mais je ne sais pas ce que je cherche ». La sentence de Montaigne résonne pour le philosophe qui s’inscrit dans cette démarche. « On prend plaisir dans le cheminement » considère-t-il. Un voyage qui la rendu « très optimiste ». Il a appris ; « la relation de confiance à travers un geste et un regard ».

Il s’est rendu compte qu’il est peu aisé de « déclencher l’hospitalité, d’avoir confiance ». Aussi, il juge ce parcours, comme « un exercice intéressant, riche et subtil ». Un voyage initiatique ? En partie oui avec « des rencontres éphémères mais très intenses et satisfaisantes » se souvient-il. De ces rencontres l’espace d’un instant à la découverte d’un paysage ou lorsqu’il se plonge dans toute l’œuvre d’un auteur, il cultive cette enthousiasme, cet instant.

Il les mettra en mots ; en les ciselant en les ajustant. Avec talent. 

<<< À lire également : Vitaly Malkine, Banquier Philosophe >>>