Longtemps spectateur – ou à la remorque – en termes d’innovation, le secteur de la restauration s’offre une cure de jouvence sous l’impulsion de la start-up Tiller mise sur orbite par Dimitri Farber et ses trois associés en 2014 et qui relève le pari de moderniser « l’atout maître » des restaurateurs de tous horizons : la caisse enregistreuse.

Obsolète, encombrante, archaïque, désuète, surannée… les dépréciatifs sont légion au moment de qualifier les caisses enregistreuses des restaurateurs qui semblent être restées « bloquées » à l’âge de pierre. Divers épithètes qui, s’ils s’appliquent à l’aspect « physique » de ladite caisse, conviennent également pour décrire le « cœur du réacteur » puisque les données – le « pétrole » du XXIe siècle – en restent prisonnières. Un statu quo, pour ne pas dire un enlisement, auquel Tiller (littéralement gouvernail en anglais) n’a pas voulu souscrire, prenant le pari d’impulser le cap vers la modernité. Une « spécificité » qui a eu pour effet de contraindre la jeune pousse à revoir son modèle et sa promesse initiale.

« Au départ, Tiller était une plateforme de gestion stricto sensu qui fournissait des recommandations en temps réel aux acteurs de la restauration. Elle avait ainsi toute latitude à relayer des alertes : attention cela fait trois semaines que les ventes de ce plat sont en baisse, il conviendrait d’y remédier en changeant  le prix ou en proposant une nouvelle offre », raconte Dimitri Farber qui, avec ses trois associés, officie en tant que chef d’orchestre de Tiller depuis 2014. A cette époque, le trio qui n’est pas encore quatuor prend le parti de rencontrer les « champions » de la caisse enregistreuse dans l’Hexagone afin de leur apporter leur expertise en décortiquant  leurs données. Sauf que, comme susmentionné, les machines, en raison de leur « âge avancé », n’avaient pas grand chose dans les entrailles. « C’est sûr que ce n’était pas très digital », souligne le fondateur.

« Mutation expresse »

Suivant à la lettre l’adage « pour que les choses soient bien faites, il convient de les faire soi-même », Tiller s’enhardit et mute ou plutôt enrichit cette première compétence d’analyse de données d’une seconde résolument ambitieuse : proposer sa propre caisse enregistreuse sur iPad. Ainsi la data, nerf de la guerre de ce « nouveau monde », n’aura plus qu’à être cueillie par Tiller et ses équipes. Et la « formule » de cette caisse d’un genre nouveau sur iPad a de sérieux atouts à faire valoir. «  Nous sommes 7 à 10 fois moins chers que les solutions digitales classiques mais également plus intuitifs avec une prise en main n’excédant pas la dizaine de minutes », souligne cet ancien étudiant d’école de commerce… qui ne va pas tarder à bâtir un troisième étage à la « fusée Tiller ».

« Nous avons également constaté, pendant que nous ciselions notre projet, que de plus en plus de services digitaux inondaient le marché (citons pêle-mêle Uber Eats, Deliveroo ou encore La Fourchette) mais qu’il n’existait aucun outil pour les compiler et les gérer sous la même bannière ». Une fois n’est pas coutume, la start-up va s’évertuer à remédier à cela. Auréolée de ses trois métiers, Tiller s’enhardit et, après une levée de fonds de 100 000 euros en 2015, commence à croître grâce à une stratégie visant à « envoyer au front » une horde de commerciaux » pour vendre le produit. Plan de bataille gagnant, la start-up culminant à près de 60% de croissance tous les mois sur la période.

Nouveau monde

Forte de ces premiers résultats, Tiller voit grand et nourrit de grandes ambitions comme se déployer à l’international et prendre une position de leader en France. Un nouveau tour de table – de 4 millions d’euros cette fois-ci – en avril 2016 doit consacrer cette doléance. Mais un autre élément pourrait également œuvrer à la réussite de ce projet : la loi Sapin qui, à partir du 1er janvier 2018, enjoint à tous les systèmes d’encaissement et autres caisses enregistreuses de se mettre impérativement « au goût du jour », avec, en figure de proue, l’inaltérabilité des données.  Objectif : lutter contre la fraude à la TVA qui coûte près de 15 milliards d’euros par an à l’Etat. Un « coup de pouce législatif » pour Tiller quand, de coutume, la loi et autres réglementations ont davantage tendance à brider les start-up. « Tout sera quasiment remis à plat car c’est 30 à 40% du marché qui va se renouveler », souligne le fondateur de Tiller.

Une occasion unique pour l’entreprise, qui s’est récemment attaché les services d’une des anciennes DRH de Criteo et de l’ex directrice financière de Dailymotion, de dynamiter le marché. « Nous avons désormais 3 500 clients répartis dans 25 pays. Nous avons commencé à 3 et nous sommes aujourd’hui 120 au sein de l’entité Tiller » déroule Dimitri Farber, les yeux brillants. Objectif en 2018 : tripler le bataillon pour atteindre 15 000 caisses installées pour une jeune pousse qui boucle actuellement un nouveau tour de table et qui dispose de bureaux à Milan et Barcelone. Avant, au gré des vents, de voguer vers des contrées encore plus favorables et conquérir l’Europe. Le cap est fixé, la route est tracée, à Tiller de hisser les voiles.