Forte d’une levée de fonds de 8 millions d’euros au mois de septembre dernier, l’application bancaire Shine se positionne comme un véritable soutien et accompagnateur pour le quotidien des entrepreneurs. Ouverture de compte bancaire professionnel, édition de factures ou encore création de statuts, la start-up prend en charge toutes ces contingences logistiques, par définition extrêmement chronophages. Plongée dans les rouages de l’administration « à la française ». 

La « phobie administrative », kezaco ? Un mal longtemps méconnu mais qui a déboulé sur le devant de la scène médiatique par l’intermédiaire de l’ex-secrétaire d’Etat Thomas Thévenoud. En 2014, tout juste nommé dans le gouvernement de Manuel Valls, le jeune député socialiste avait plaidé la « phobie administrative » pour justifier le retard dans ses déclarations d’impôts. Si la dérision et les quolibets ont longtemps – et aujourd’hui encore – accompagné les différentes sorties de l’ancien élu, les tâches administratives peuvent rapidement submerger le travailleur indépendant. Surtout en France, véritable dédale de réglementations et autres statuts qui peuvent rapidement décourager ou embrumer l’esprit des plus téméraires. Afin d’éviter cela, Nicolas Reboud et Raphaël Simon, respectivement âgés de 33 et 28 ans, ont décidé de mettre en branle une application bancaire baptisée Shine qui prend en charge toutes les contraintes et charges administratives pesant sur les épaules, souvent trop frêles en la matière, des travailleurs indépendants.


Car la demande est criante. En effet, selon une étude Opinion Way, près de 4 millions de Français envisagent de devenir micro-entrepreneurs. En outre, cette même étude révèle que la « complexité administrative » coûterait près de 60 milliards d’euros par an aux entreprises françaises. Edifiant. « L’angoisse » de rater une échéance, l’un des cofondateurs de l’application, Raphaël Simon, l’a appris à ses dépens, comme le relate l’autre moitié du tandem, Nicolas Reboud. « Anciennement freelance, il me racontait qu’il avait mis plus d’une quinzaine de jour à choisir son statut en se renseignant sur internet. De plus, au regard de nos expériences respectives, nous nous sommes rendu compte qu’il existait, chez les travailleurs indépendants et autres micro-entrepreneurs, une forme d’angoisse de rater une échéance importante ». 

Créer son statut en quelques clics 

Les deux hommes vont d’ailleurs prendre le parti de structurer leur application autour du compte en banque professionnel, qui, rappelons-le, est une obligation légale pour quiconque souhaite déployer ses ailes vers l’entrepreneuriat. Avec l’aide de partenaires aussi reconnus de BNP Paribas ou Crédit Mutuel-Arkéa, Shine va réussir à franchir ce premier écueil. L’application offre également la possibilité aux micro-entrepreneurs de créer leur statut en quelques clics. « Vous avez, en effet, toute latitude pour créer votre statut depuis l’application et ce de manière beaucoup plus fluide que sur les plateformes de l’Etat. Et surtout les informations ne vous seront demandées qu’une seule fois », présente Nicolas Reboud, ancien d’HEC et rompu aux joutes de la création d’entreprises avec déjà, pour ce trentenaire, deux sociétés à son actif, dont Printic, qui permet d’imprimer des photos à partir de son smartphone, société qui tombera d’ailleurs dans l’escarcelle du groupe M6 en 2014.

Enfin, troisième étage de la « fusée Shine », un assistant administratif qui repose sur le principe – éculé mais toujours aussi efficace – des notifications. « A chaque date ou échéance importante, Shine vous signale qu’il faut déclarer votre chiffre d’affaires, votre TVA, etc. Vous avez également la possibilité d’éditer vos factures et les envoyer à vos clients afin qu’ils puissent les régler en ligne. Une notification vous parviendra lorsque le client aura ouvert cette facture ou l’aura payée. Il pourra également recevoir un rappel ou une relance lorsqu’il omettra de le faire », déroule le cofondateur de Shine. Le temps de la « collection sauvage » de justificatifs dans des enveloppes volantes et autres facturations à l’aveuglette est désormais révolu. En ligne depuis le 26 février, ce sont déjà près de 27 000 travailleurs indépendants qui ont recours aux services de Shine. Et l’application veut mailler le territoire en vertu d’un potentiel de conquête extrêmement large. « Nous avons parmi les utilisateurs de l’application des mécaniciens, des coiffeurs, des avocats, des livreurs à vélos, etc. Le champ des possibles est particulièrement vaste », souligne Nicolas Reboud. Pour qu’entreprendre ne soit plus un parcours (administratif) du combattant.