Cofondateur de la start-up Bunkr, « un PowerPoint à la française », Edouard Petit a quitté la direction de celle-ci, fin janvier dernier, après sa vente à l’Américain Synthesio. Depuis, l’entrepreneur a mis le cap vers de nouvelles aventures en rejoignant l’équipe Stanley Robotics où il officie désormais en tant que responsable marketing. Pour Forbes France, le jeune homme revient sur ce « temps de latence » entre la fin d’une histoire personnelle et professionnelle et les prémices d’une nouvelle aventure.

Nous vous avions quitté en janvier dernier, au lendemain de la cession de Bunkr – plateforme que vous avez cofondée avec Alexis Jamet – à l’Américain Synthesio et dont l’ambition initiale était de « ringardiser » Powerpoint. Avec le recul, quel bilan dressez-vous de cette aventure ?

Avec le temps, j’ai pu mesurer combien les cinq années de l’aventure Bunkr furent pour moi enrichissantes ! Professionnellement et humainement, cela nous a énormément fait grandir. Avec le recul, on perçoit mieux les “erreurs” et les “réussites” qui ont rythmé la vie du projet, ça permet d’avancer plus vite sur les nouveaux projets, d’éviter certains écueils, même si évidemment, je ferai d’autres erreurs.  Le bilan est donc 100% positif. Et si c’était à refaire, je recommencerais et je ne changerais rien. Nous avons su arrêter au bon moment et de la plus belle des manières avec cette belle sortie, en l’occurrence la vente à Synthesio que vous évoquez. Notre parcours a été particulièrement valorisé par les gens de l’écosystème, ce qui m’a permis de passer à autre chose et de rejoindre, avec le sentiment du devoir accompli, l’aventure Stanley Robotics.

Effectivement, à la différence de votre associé, vous n’avez pas intégré Synthesio et avez souhaité « prendre davantage de temps pour réfléchir à de nouveaux projets ». Comment avez-vous, justement, mis à profit ce temps de latence ?

Le rachat portant essentiellement sur la partie produit, je n’avais pas d’obligation de continuer l’aventure chez Synthesio. Après 5 ans, j’avais davantage besoin de changer d’air, partir et poser les jalons d’un nouveau départ. Après l’annonce de la vente, j’ai d’abord pris quelques semaines pour me reposer, puis j’ai rapidement été sollicité par des startup sur leurs problématiques marketing. J’ai donc commencé à accompagner des startup en tant que consultant. Puis j’ai recroisé Clément, Stéphane et Aurélien (les fondateurs de Stanley Robotics, ndlr), lors d’un rendez-vous chez nos avocats pour la finalisation du deal avec Synthesio, et nous avons échangé sur leurs challenges marketing à venir. Nous nous étions rencontrés plusieurs fois chez TheFamily (l’accélérateur de start-up). Après plusieurs échanges, ils m’ont convaincu de les rejoindre pour prendre le poste de responsable marketing.

Vous êtes donc aujourd’hui responsable marketing chez Stanley Robotics. Pouvez-vous nous parler de cette « nouvelle vie » et de ce qui a guidé votre choix ?

Avant d’accepter, j’ai longuement hésité à me relancer sur un nouveau projet, chercher de nouveaux associés, travailler sur une nouvelle idée. Mais après réflexion, je ne me voyais pas relancer quelque chose sans mon partenaire (et ami) de toujours Alexis Jamet, qui lui, continue de travailler sur Bunkr au sein de Synthesio.  J’ai suivi Stanley Robotics depuis le début et j’ai toujours été impressionné par le challenge technologique et l’histoire des fondateurs. Quand ils m’ont montré qu’ils avaient déjà un robot en fonctionnement à l’Aéroport de Paris, j’ai été séduit. Avec Bunkr, j’ai passé cinq années à travailler sur un produit dématérialisé, j’avais besoin d’avoir un produit physique à marketer, quoi de mieux qu’un robot autonome pour faire rêver ? Mon choix a été entériné après avoir rencontré l’équipe et j’ai été totalement conquis au regard des prouesses qu’elle pouvait encore accomplir. Que ce soit d’un point de vue technologique, mais également commercial. Vendre du soft à des entreprises, je l’avais déjà réalisé avec Bunkr, mais vendre des robots autonomes à des aéroports c’est totalement différent ! J’ai rapidement compris que j’allais pouvoir, à la fois, apporter une plus-value grâce à mon expérience passée, mais aussi que j’allais apprendre énormément aux côtés de l’équipe !

Gardez-vous, dans un coin de votre tête, la possibilité de revenir, à terme, dans le « grand bain entrepreneurial » en rebâtissant un nouveau projet ?

Évidemment. La possibilité de repartir un jour vers une nouvelle aventure entrepreneuriale n’est pas à exclure. C’est une tout autre excitation que de pouvoir bâtir un projet de ses mains, se lancer, construire son équipe. Si je repars, une chose est sûre et certaine, ce sera avec Alexis. Après près de 10 ans à monter des projets, on connaît les défauts et les forces de chacun, ce qui nous a toujours permis d’avancer plus vite.  Mais aujourd’hui, je m’épanouis totalement avec l’équipe Stanley Robotics, j’apprends beaucoup et je crois énormément en la capacité de l’équipe à en faire une des plus belles start-ups française. Et en parallèle, Alexis continue son chemin chez Synthesio. C’est une nouvelle phase que l’on vient juste de commencer, chacun de notre côté. Prenons le temps d’apprendre de nouvelles choses, de nous perfectionner avant de se relancer !

Fort de votre expérience, quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur désireux de se lancer en 2017 ?

De ne justement pas attendre les conseils pour se lancer ! Les planètes sont alignées, l’écosystème français n’a jamais été aussi riche (je ne parle pas d’argent) et solidaire ! L’expérience que vous allez acquérir aura bien plus de valeur que n’importe quel MBA ! Lancez-vous, vous ne le regretterez pas ! Beaucoup de gens attendent le bon moment, repoussent au lendemain, mais si vous avez une intuition sur quelque chose, allez-y. Je rencontre énormément de personnes qui “veulent se lancer” mais qui se posent trop de questions, veulent trop avoir des certitudes sur leur marché, le potentiel, faire des business plans. Le meilleur moyen de lever les incertitudes est de se lancer. La vérité du terrain est toujours plus concrète que des études.