Désireuse de ferrailler avec PowerPoint dès les prémices de son existence, la start-up française Bunkr, tombée dans l’escarcelle de Synthesio en début de semaine, a certes raté cet ambitieux pari, mais son cofondateur, Edouard Petit, dresse pour Forbes le bilan d’une « formidable » aventure entrepreneuriale. 

Vous êtes souvent désigné comme la start-up « qui voulait ringardiser Powerpoint ». Est-ce que la vente à Synthesio sonne le glas et marque l’échec de cette ambition ?

Quand nous nous sommes lancés (en 2012), il est vrai que nous avions de grandes ambitions sur le marché des présentations. Tout le monde nous a, fort de ce postulat, immédiatement catégorisé comme le « Power Point Killer ».  Terminologie que nous avons allègrement utilisé par la suite car cet argument était particulièrement porteur. Même si, évidemment, nous n’avons pas réussi à déloger Powerpoint de la première marche du podium. Toutefois, il convient de prendre en considération le fait que le marché a considérablement évolué entre notre mise sur orbite et aujourd’hui. Pour vous donner un exemple, peu après notre levée de fonds (de 1,4 million de dollars en 2014), Google et Apple qui, initialement, proposaient des softwares payants, ont fini par proposer ledit software gratuitement à leurs clients. Il était donc compliqué, pour nous, de rivaliser face à ces géants qui offraient – gracieusement – le même produit que nous. Dans ce contexte, vous pouvez gagner des parts de marché en termes d’usage et augmenter significativement le nombre d’utilisateurs, mais il demeure résolument compliqué de tirer son épingle du jeu – financièrement parlant – face à ces mastodontes qui disposent d’une force de frappe à nulle autre pareille. Ils ont, d’une certaine manière, cannibalisé le marché ces dernières années.

Ce sont ces considérations qui vont finalement vous pousser à vendre votre structure après cinq ans d’efforts et 1,4 million d’euros levés ?

Nous avions pour ambition initiale de nous placer immédiatement sur des standards similaires à ceux de PowerPoint et vendre des licences sous forme d’abonnement. Chose que nous avions commencé à faire et à laquelle nous avons dû renoncer quand les softwares proposés sont devenus gratuits. Après cela, deux trajectoires s’offraient à nous : mettre en place un nouvel usage totalement disruptif par rapport à nos concurrents, avec une croissance à trois chiffres pour rattraper les 1,5 milliard d’utilisateurs de PowerPoint. Autre possibilité : trouver un nouveau modèle économique qui puisse nous permettre de continuer à développer cette application sur une offre totalement différente. Après la levée de fonds de 2014, nous avons décidé de remodeler complètement notre application pour « ne rien s’interdire » et se donner la possibilité d’explorer ces deux pistes. Le tout en ayant un produit totalement différent de tous les autres. Nous sommes alors devenus un outil de présentation qui permettait de présenter n’importe quel type de data online le plus facilement possible. Lancée en février 2015, cette nouvelle mouture de l’application nous a permis d’enregistrer une très forte croissance d’utilisateurs mais malheureusement pas suffisamment importante pour prendre des parts de marché à PowerPoint. Nous avons donc finalement décidé de retenir la seconde piste et essayer de tracer un sillon différent de celui de nos concurrents.

(Capture d’écran Bunkr Démo)

Comment s’est effectué, dans ce contexte, le rapprochement avec Synthesio ?

Divers rapprochements se sont effectués, de la manière la plus naturelle qui soit, avec d’autres structures qui disposaient de leur propre système de données et qui voulaient automatiser les présentations pour leurs clients, chose que nous étions capable de faire à leur place. Cette manière de faire est, certes, quelque peu éloignée de l’outil de présentation standard, mais nous avons pris le parti de prendre ce virage au point de lancer, en janvier 2016, notre offre API (connecteur permettant de pluguer des entrées de données et automatiser le processus). Nous nous sommes vite rendus compte qu’il y avait d’énormes opportunités sur ce segment et Synthesio est devenu notre premier client, au mois de juin 2016. Ils ont poli leur réflexion au point de se demander s’il n’était pas plus opportun pour eux de disposer de cette technologie en interne au lieu de la sous-traiter. De notre côté, force était de constater que ce marché était relativement petit et que l’une des seules opportunités de parfaire le produit était de s’unir avec une structure désireuse de développer cette fonctionnalité en son sein. Ce qui constituait une formidable opportunité pour Synthesio.

Quel bilan tirez-vous de cette aventure, vous qui avez fédéré jusqu’ à 200 000 utilisateurs ?

Le bilan est globalement positif. Comme vous l’évoquez, nous arrêtons à quasiment 200 000 utilisateurs ce qui non négligeable sur un marché « B to B », même si cela demeure relativement faible sur le marché existant. Nous avons beaucoup appris durant les cinq ans qu’a duré cette aventure et l’écosystème autour de nous a beaucoup évolué. Aujourd’hui, lever 1,4 million de dollars peut paraître dérisoire mais, à l’époque, c’était considérable. Nous avons réussi à aller au bout du produit que nous souhaitions faire.  Si Google et Apple n’avaient pas rendu leurs produits respectifs gratuits, nous aurions pu proposer un abonnement premium bien plus longtemps. Ces cinq années ont été très dures mais tout aussi formidables et enrichissantes.  Aujourd’hui, la boucle est bouclée.

Quels sont désormais vos projets ?

La technologie de Bunkr va être intégrée à la suite de produits de Synthesio pour sa fonctionnalité existante de reporting. Mon associé (Alexis Jamet, CEO de Bunkr ndlr) va piloter le projet en interne avec l’équipe. De mon côté, j’ai décidé en accord avec les fondateurs de Synthesio, de reprendre ma liberté. Je vais néanmoins continuer, durant quelques mois, afin de gérer la transition, notamment auprès des utilisateurs actuels de Bunkr. Ensuite, je repartirais vers de nouvelles aventures, je ne m’interdis rien et examine plusieurs projets susceptibles de m’intéresser. Pour aller encore plus loin la prochaine fois.