Plateforme de recommandation RH utilisant la substantifique moelle de l’IA afin de « réveiller » le potentiel dormant de chaque collaborateur en entreprise, Clustree s’évertue à rendre les données de ressources humaines « aveugles » aux stéréotypes, permettant ainsi de révéler de véritables vocations et donner davantage de sens à moult carrières.

« La vie a plus d’imagination que n’en portent nos rêves ». Faisant sienne cette maxime de Christophe Colomb, l’entrepreneure néophyte Bénédicte De Raphélis Soissan s’est échinée à honorer ce postulat en peaufinant et ciselant une plateforme SaaS utilisant toutes les technologies de l’Intelligence Artificielle afin de rendre les données RH aveugles aux stéréotypes, qu’elles soient relatives au parcours scolaire ou encore à l’âge… sans avoir mené un parcours scolaire en adéquation avec cette ambition. « Je n’avais aucune notion en Intelligence Artificielle et encore moins en ressources humaines », sourit la sémillante jeune femme, auréolée d’un diplôme en mathématiques de l’université Panthéon-Sorbonne.  Un parcours résolument atypique – « je suis un ovni en France », abonde-t-elle – qui lui permettra néanmoins de devenir le maître d’œuvre d’une plateforme innovante, ayant, en a peine trois ans d’existence, trusté le prix de l’innovation du ministère de l’Economie et, pour sa fondatrice, une place de choix parmi les dix meilleurs entrepreneurs français de moins de 35 ans. Un palmarès établi par la prestigieuse revue du MIT Technology Review. Diverses distinctions qui n’ont pas, pour autant, grisé Bénédicte De Raphélis Soissan, toujours aussi passionnée au moment de raconter « son » histoire et par extension, celle de Clustree.

La vocation de ladite plateforme est limpide et puise sa quintessence dans le « background » de la jeune femme. Le postulat de Clustree est d’analyser pléthore de données en prenant la responsabilité de supprimer tous les stéréotypes – sans hiérarchiser les formations suivies ou encore en mettant de côté les données liées au genre ou à l’âge – pour ainsi détecter des compétences cachées et permettre des sauts de carrière « rares mais pertinents ». Réveiller le fameux « potentiel dormant ». Au sortir de sa formation universitaire évoquée en préambule, celle qui n’est pas encore à la tête de Clustree rejoint un petit cabinet de conseil où elle va réaliser, avec une certaine maestria, des missions aussi diverses que variées. Mais après 4 ans à ce rythme, la jeune Bénédicte, alors âgée de 24 ans, s’enhardit et veut s’ouvrir de nouveaux horizons. « Mais au regard de mon parcours, je me disais que personne n’allait me recevoir. J’étais vraiment à la croisée des chemins justement à cause de ces stéréotypes et autres poncifs. Je me suis alors réfugiée dans l’analyse de données en comparant des profils similaires au mien, estimant que cela me permettrait d’y voir plus clair et m’offrir davantage de perspectives » narre la jeune femme.

« Au culot »

Les conclusions de cette étude fastidieuse et chronophage – « j’ai dû analyser près de 500 profils manuellement », sourit-elle – sont peu concluantes dans la mesure où l’étude en question souffre de plusieurs défauts : la faiblesse du nombre de profils analysés, qui ne permet pas d’offrir une véritable représentativité, couplée au fait que tous ces « cas » faisaient peu ou prou partie du cercle de l’apprentie entrepreneure. C’est alors que Bénédicte De Raphélis Soissan prend le parti de « s’immerger au cœur du réacteur » et intègre – au regard de son expertise conseil – le département RH d’Engie, ex-GDF Suez, où elle est aux premières loges pour observer le fonctionnement d’un département de ressources humaines. Avec les fonds récoltés via cette mission, l’entrepreneure embauche une ergonome qui réalise les interfaces de la future solution Clustree qui verra officiellement le jour en 2014. La direction des ressources humaines d’Engie est convaincue et le pilote est signé quelques mois plus tard. Une première victoire. « Sans produit, sans équipe, sans technologie on ne donnait pas cher de ma peau mais j’y suis allée au culot. Il faut toujours oser », souligne-t-elle. Une première marche franchie qui va lui permettre de réaliser sa première levée de 600 000 euros, manne utilisée pour la création d’une véritable équipe R&D. Un second tour de table de 2,5 millions d’euros interviendra, fin 2015, quelques mois après la commercialisation. « J’ai recruté un directeur général de 56 ans, ce qui est atypique dans l’univers des start-up et s’inscrit dans la droite ligne des stéréotypes que nous combattons et, dans la foulée, nous parvenons à vendre notre solution à des grands comptes via des contrats pluriannuels pour gérer jusqu’à 30 000 collaborateurs ». A son « tableau de chasse », des groupes tels que Orange, Sanofi, SNCF, Carrefour ou encore Canal +.

Les « architectes » des ressources humaines des diverses entreprises du giron « Clustree » peuvent ainsi se concentrer sur « l’humain ». Pour les autres, le modus operandi est particulièrement mécanique et fastidieux « En général, les RH passent leurs temps à analyser manuellement les données. Ce qui signifie qu’elles ne sont en mesure que de s’occuper correctement de 5% de la population de l’entreprise. De facto, 95% de la population n’est pas géré », explique la jeune femme. Car Clustree fait véritablement office d’accompagnateur pour toutes les étapes du cycle de la vie d’un collaborateur au sein de l’entreprise. Et imaginer des sauts de carrière originaux. « Un représentant commercial d’environ 60 ans a reçu une recommandation de Social Media Manager, par exemple », relate Bénédicte De Raphélis Soissan. Ainsi, au moment du recrutement, Clustree est capable, pour un poste vacant, d’analyser toutes les candidatures internes ou externes. Ce qui est colossal lorsque l’on sait qu’une entreprise de taille moyenne reçoit près de 300 000 CV par an – jusqu’à 1,5 million pour une entité très sollicitée comme l’Oréal.

Grandes ambitions

Fort d’une dernière levée de fonds, en juin dernier, de 7 millions d’euros, Clustree veut continuer à étendre son influence et solder un travail d’évangélisation qui a porté ses fruits. Sans pour autant se disperser et céder prématurément aux sirènes outre-Atlantique. « La priorité est de consolider nos positions en France. Après, il est vrai que ce dernier tour de table doit nous permettre de poser les jalons d’une expansion à l’international, notamment aux Etats-Unis qui concentre 60% du marché », souligne l’entrepreneure. L’autre objectif est d’étoffer une équipe qui, si elle a accompli un véritable prodige jusqu’à présent, aura besoin de forces vives pour mener à bien ses ambitions que ce soit en marketing, en commercial ou encore en R&D, le nerf de la guerre. Ambition ultime : couvrir toutes les industries et élargir le bassin de population tout en permettant aux collaborateurs d’interagir directement avec l’Intelligence artificielle, sans « l’ombre tutélaire » des RH. « Nous aimerions vraiment élargir cet aspect en 2018. Le produit va davantage s’adapter à un usage collaborateur à l’avenir », abonde Bénédicte De Raphélis Soissan. Pour un parachutage dans l’univers nébuleux des ressources humaines et de l’Intelligence Artificielle, l’atterrissage est réussi.