La plateforme de covoiturage a annoncé ce matin le lancement d’une application – pilote – baptisée BlaBlaLines et exclusivement dédiée au covoiturage quotidien.

Innovation et prise de risques. Maîtres mots, vertus cardinales et essence même de toute start-up qui se respecte. Si BlaBlacar a allègrement dépassé le stade de la jeune pousse, la plateforme reste néanmoins fidèle à ces fondamentaux. Après avoir dévoilé le mois dernier son forfait de location de véhicule longue durée (48 mois) pour récompenser ses utilisateurs premium, répondant à la douce dénomination « d’ambassadeurs », la plateforme de covoiturage a dévoilé, ce matin, un nouveau produit plus sobrement intitulé BlaBlaLines pour les trajets quotidiens et l’inévitable itinéraire domicile-travail. « 2017 est l’année de l’innovation chez nous », déclarent les équipes de Frédéric Mazzella, président fondateur de BlaBlaCar qui, à la différence du mois dernier, a personnellement introduit la conférence de presse posant les jalons de cette nouvelle application. Devant une assistance nombreuse et bien moins clairsemée que le mois dernier au sein du BlaBla Village, écrin niché dans le IIe arrondissement de Paris, Frédéric Mazzella a déroulé un argumentaire bien huilé mettant notamment en exergue les « chiffres » révélateurs de la réussite d’une plateforme qui va bientôt fêter ses onze années d’existence, après avoir pris la succession de « l’ancêtre » covoiturage.fr

Inutile de préciser que ces chiffres témoignent de cette insolente réussite. 40 millions d’utilisateurs répartis sur trois continents, 12 millions de personnes transportées par trimestre quand, à titre de comparaison, l’Eurostar et la compagnie British Airways ne réunissent respectivement « que » 2,5 et 10 millions de voyageurs sur une période calendaire similaire. Mais si la renommée de BlaBlaCar émane essentiellement des trajets longue distance – 300 kilomètres en moyenne -, la problématique des trajets quotidiens, en l’occurrence domicile-travail, n’avait jamais vraiment été abordée, en raison d’un marché résolument faible et des contraintes techniques (détours, mise en relation quotidienne complexe, retards éventuels bien plus pénalisants que lors d’un départ en week-end ou en vacances).

« Approche totalement repensée »

Mais en planchant davantage sur la question, les huiles de BlaBlaCar ont compris qu’il y avait néanmoins une opportunité à saisir, « même s’il est bien trop prématuré d’évaluer le marché », dixit Frédéric Mazzella lui-même.  Tout d’abord, 23% des Français, selon les chiffres de BlaBlaCar, ont refusé un travail pour des questions de mobilité. Ensuite, seulement 3% des déplacements domicile-travail sont effectués en covoiturage en France. « Là où certains ne voient pas de marché, j’y vois davantage un potentiel non exploité », souligne Frédéric Mazzella. BlaBlaLines est ainsi né de ce constat. Si le principe demeure la mise en relation entre particuliers pour partager les frais de leurs trajets pendulaires, il s’y adjoint une différence notable afin de s’adapter aux contraintes spécifiques du covoiturage quotidien : une approche totalement innovante et parfaitement adaptée aux doléances des deux parties, passager et conducteur.

Ainsi, pour chaque demande, un passager se voit attribuer une ligne, c’est-à-dire un trajet entre un point de rendez-vous et un point de dépose au plus près de sa recherche. Les lignes sont automatiquement activées et proposées par la plate-forme dès qu’un volume suffisant de conducteurs effectuant le même trajet, dans les deux sens, est atteint. Flexible, le service n’impose en effet pas le même conducteur à l’aller qu’au retour et permet de trouver un covoitureur même au dernier moment. Les points de rendez-vous sur le trajet, fixés automatiquement par l’application, sont toujours sur la route du conducteur, à l’heure de son passage, et au plus proche de la localisation du passager.

Déploiement progressif

Via BlaBlaLines, la mise en relation est automatisée. Le passager fait sa demande sur l’application qui se charge automatiquement de trouver le conducteur qui fait le trajet demandé à l’heure correspondante et qui a accepté la réservation. Le tout savamment orchestré par un système de « Matching » à la Tinder. « Notre mission est d’optimiser l’usage des millions de voitures qui roulent avec des places vides. Nous œuvrons au quotidien pour développer massivement la pratique du covoiturage en France comme à l’international ». Toujours selon BlaBlacar, le coût annuel moyen pour un aller-retour de 50 kilomètres serait de 5 000 euros. L’utilisation de BlaBlalines permettrait d’en économiser la moitié.

La précipitation étant mauvaise conseillère, l’état-major de la Scale-Up a néanmoins pris le parti d’y aller par étape et de recueillir, à mesure, les précieux retours d’expérience qui permettront de ciseler le dispositif. A l’instant T, soit au 2 mai 2017, la phase pilote MVP (pour Minimum Viable Product) teste deux axes, en l’occurrence Reims Châlons-en-Champagne et Toulouse Montauban (un tronçon de 54 kilomètres). Ce dernier trajet, qui bénéficiera notamment de l’appui et de l’expertise de Vinci Autoroutes, est jalonné de 2 500 points de rencontres. « L’application ignorera de manière automatique les points de rencontres nécessitant de longs détours », glisse Simon Berger-Perrin, chef de produit.  Dix nouveaux axes seront dévoilés en septembre 2017 et le déploiement dans la France entière est attendu à l’horizon 2018. « Nous espérons écrire un nouveau chapitre dans l’histoire du covoiturage ! », souligne, enthousiaste, Frédéric Mazzella. Rendez-vous est pris.