En 2017, les levées de fonds ont été moins nombreuses, mais les tickets plus élevés, selon Capgemini Consulting et ECap Partner qui proposent leur baromètre 2017 des start-up du numérique. 1,5 milliards d’euros ont été levés par des start-up du numérique en 2017, soit 20% de plus que l’année précédente. Avec quelques beaux tickets : Actility lève 71 millions d’euros, Doctolib 61 et ManoMano 60. Décryptage d’une année 2017 qui marque l’entrée de l’écosystème dans l’âge de la maturité.

Moins mais plus pourrait être le paradoxe de l’année 2017. Le baromètre 2017 des start-up du numérique réalisé par Capgemini Consulting et Ecap Partner révèle un nombre de levées de fonds moins élevé, mais avec des tickets moyens plus importants.

Par start-up, il faut considérer « des sociétés indépendantes de moins de sept ans qui ont levé des fonds et n’ont pas été rachetées », précise Numa Bourragué, managing partner chez eCap Partner.

Maturité de l’écosystème

460 levées de fonds ont été comptabilisées en 2017, soit 3,5% de moins que l’année précédente. Pourtant, 2,5 milliard d’euros, dont 1,5 milliards pour les entreprises de moins de sept ans, soit 20% de plus qu’en 2016, ont été récoltés par les start-up. « Moins de levées, mais des tickets moyens plus importants avec 3,5 millions en moyenne par levée (+24% par rapport à 2016) », constate Olivier Lagane, Digital strategy manager chez Capgemini Consulting. « C’est un signe de maturité de l’écosystème », analyse-t-il.

Copyright © 2018 Capgemini. All rights reserved

Autre signe de maturité, alors qu’en 2016, une seule entreprise levait plus de 40 millions d’euros – Sigfox avec 150 millions – en 2017, cinq start-up ont réalisé des tours de table supérieurs à 40 millions. Il s’agit de Actility (71 millions d’euros), Doctolib (61), ManoMano (60), Blade (51) et Algolia (47). « Les investisseurs aussi gagnent en confiance et maturité », ajoute Numa Bourragué de eCap Partner.

Dans le top 10, les cinq suivants n’ont pas à rougir des montants collectés. iAdvize empoche 32 millions, Frichti 30 millions, Shift 23,7 millions, et Data iku 23 millions.

Guest to Guest, avec ses 33 millions d’euros levés, se paie même le luxe de racheter l’entreprise américaine Home exchange, et devient, grâce à ce rachat, leader du secteur de l’échange de maisons. « Jusqu’à présent, les entreprises françaises se faisaient racheter par les entreprises américaines, et pas l’inverse », constate Numa Bourragué.

A noter qu’en 2017, les vingt plus grosses levées représentent 40% du total des levées, contre 30% en 2016.

Copyright © 2018 Capgemini. All rights reserved

Tendance à la verticalisation

« On constate la poursuite de la tendance à la verticalisation des levées, ce qui prouve que le numérique touche désormais tous les secteurs », souligne eCap Partner. Dans le top 5 des secteurs qui comptabilisent le plus grand nombre de levées, on trouve 47 levées pour des applications et technologies d’entreprises (+9%), la santé avec 41 (+32%) et l’immobilier avec 41 (+37%), les RH, l’éducation, la formation et le jobbing avec 35 (+17%), et le marketing et la communication avec 34 levées (-31%).

Avec 178,7 millions levés au total, les applications et technologies d’entreprises (+47%) restent sur la première marche du podium en terme de montants levés. La santé fait une percée impressionnante (+104%) avec 168 millions collectés, « notamment grâce à Doctolib (61 millions), mais pas seulement », souligne Olivier Lagane.

Le secteur qui connaît la plus forte hausse est celui du juridique, administratif, comptabilité (+411%) avec 26,3 millions levés. A l’opposé, le secteur des services à la personne dégringole de 81%.

Copyright © 2018 Capgemini. All rights reserved

La France attire les investisseurs étrangers

Les start-up lèvent de l’argent de plus en plus tôt, montre le baromètre. Si les levées de moins de 1 million se font toujours à maturité équivalente, 2,5 ans en 2015 et en 2017, plus le montant augmente, plus l’âge de l’entreprise diminue avec le temps. Ainsi, un tour de table entre 5 et 10 millions se faisait à 4,5 ans en 2015 contre 3,5 ans en 2017, et un tour de plus de 10 millions se faisait à 5 ans en 2015 contre 4 ans en 2017. Preuve d’une meilleure complémentarité des acteurs de l’écosystème.

En effet, les business angels se concentrent sur l’amorçage, les fonds sont très présents sur les levées inférieures à 5 millions ; bpifrance, l’acteur le plus présent de l’écosystème participe sur 18% du total des levées et se positionne sur des tickets de plus en plus importants ; enfin, les corporate font leur apparition sur les levées les plus importantes, supérieures à 5 millions, « dans l’objectif de se positionner sur le capital des start-up ou de les acquérir », ajoute Olivier Lagane.

Les investisseurs étrangers se lancent sur 15% des levées en 2017, soit 11% de plus par rapport à 2016. Et notamment sur de gros montants. « Plus les levées sont importantes, plus elles sont visibles », indique Numa Bourragué. « La French Tech attire l’attention », ajoute Olivier Lagane.

70 start-up rachetées

70 start-up de moins de sept ans ont été rachetées en 2017, et plus de 200 si l’on inclut les entreprises de plus de sept ans, soit 20% de plus qu’en 2016. Parmi les rachats marquant, plusieurs sociétés ont été reprises par des entreprises étrangères comme Zenly par Snap, chauffeur privé par Daimler ou Regaind par Apple. Mais il est intéressant de constater que d’autres, et elles sont de plus en plus nombreuses, l’ont été par des grands comptes français, comme Compte Nickel par BNP Paribas, Mesdepanneurs par Engie, ou Very Chic par Accor Hotels.

Dernier point, « les start-up B2C sont beaucoup plus présentes cette année », remarque Olivier Lagane de Capgemini Consulting. Là encore, un signe d’optimisme et de maturité. « Les entrepreneurs font preuve de plus d’audace en s’attaquant à la disruption de certains marchés », conclut Numa Bourragué.