TOURISME DE MASSE À VENISE | Imaginez la scène. Vous descendez du train à la gare Santa Lucia et face à vous se dresse un tourniquet payant vous empêchant d’entrer dans les quartiers historiques de Venise, un peu comme si vous étiez à Disneyland ou dans une station de métro à Paris. C’est ce qui pourrait bientôt se produire si la nouvelle reprise par La Stampa venait à se concrétiser.

 

Pour tous ceux qui ont déjà foulé le sol de la place Saint-Marc et celui des ruelles étroites de Venise encombrées par une horde de touristes, cette mesure de dissuasion est une excellente nouvelle et aurait déjà dû être mise en œuvre il y a des années. Venise est depuis longtemps la plus célèbre victime du tourisme de masse, une situation qui a failli placer la ville sur la liste des sites du patrimoine mondial en péril de l’UNESCO. La Cité des Doges a évité de justesse cette désignation en juillet, lorsqu’elle a enfin interdit aux navires de croisière de naviguer dans le canal de la Giudecca et le bassin de Saint-Marc. La ville n’est cependant pas sortie d’affaires, l’UNESCO exigeant toujours une mise à jour constante de toutes les mesures visant à freiner le tourisme de masse.

L’année dernière, la pandémie a permis de fortement réduire le tourisme, ce qui a donné un répit à Venise et à ses voies navigables. Toutefois, avec la réduction des restrictions sur les voyages, le tourisme de masse est de retour (selon des données récentes, la ville a enregistré 80 000 visiteurs par jour) et avec lui, la reprise des menaces visant à limiter l’entrée des visiteurs.

Selon le plan annoncé par la ville, les visiteurs qui ne remplissent pas les conditions requises pour bénéficier de l’une des exemptions (les résidents de la ville, les membres de leur famille, les résidents de la région de Vénétie, les enfants de moins de six ans et les clients des hôtels de la ville) devront s’acquitter d’une taxe comprise en 3 euros et 10 euros en fonction de la saison et du nombre de visiteurs attendus ce jour-là. Les visiteurs devront réserver un billet sur un site Internet ou une application, puis entrer en montrant un QR code aux principaux points d’entrée de Venise, comme la Piazzale Roma ou la gare.

Cette mesure passera-t-elle cette fois ? Les habitants de Venise se sont plaints de la foule et des déchets. Par ailleurs, les responsables de la ville ont expliqué à maintes reprises que les excursionnistes apportaient une faible contribution financière tout en exerçant une pression insoutenable sur les infrastructures de la ville. Tous ont apprécié la sérénité relative, y compris l’apparition de dauphins dans les canaux plus propres, en 2020, même si cela était le résultat d’une pandémie. Toutefois, beaucoup restent préoccupés par l’image de l’installation de tourniquets pour entrer dans la ville.

Pour Marco Gasparinetti, conseiller municipal et avocat, « c’est une mesure anticonstitutionnelle et contraire au droit européen. Une mesure de ce type pourrait être mise en place pour une zone limitée, comme la place Saint-Marc, mais certainement pas pour une ville entière. C’est la concrétisation de Venise comme un parc à thème dont l’accès est soumis au paiement d’un ticket. C’est humiliant pour la ville, pour ses habitants et pour les visiteurs. Il est impensable de faire payer une famille ou un ami d’un Vénitien pour entrer dans la ville. »

Néanmoins, au vu de la situation actuelle et de la reprise du tourisme de masse, cette mesure pourrait finalement entrer en vigueur.

 

Article traduit de Forbes US – Auteure : Laurie Werner

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