Le président de l’Association internationale de boxe amateur (AIBA), Umar Kremlev, nous a accordé une interview exclusive. Pour rappeler les principes qui guident son action et faire quelques mises au point. Sans langue de bois.

 

La boxe fait partie intégrante de votre vie, d’abord en tant qu’athlète, puis promoteur et représentant de la Fédération russe et internationale de boxe, et maintenant président de l’AIBA. Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours ?

UMAR KREMLEV : J’ai commencé la boxe en 1995. Je me souviens que c’était une période difficile, où l’on ne pouvait pas seulement pratiquer la boxe, car il fallait travailler pour mener une vie décente. À 19 ans, j’ai failli abandonner la boxe, parce que je devais donner la priorité à mes affaires. Avec un ami, nous avons créé des sociétés, une entreprise de construction et une autre pour la livraison d’éléments de construction, en Russie, dans la région de Moscou. Mon entraîneur, Alexei Galev, est quelqu’un de bien, qui a entraîné de nombreux champions. Il a une forte personnalité.

Je l’ai aidé à financer une salle pour que les jeunes athlètes puissent progresser. Ensuite, nous avons ouvert plusieurs salles de boxe afin que les enfants puissent s’entraîner gratuitement. Parce que la boxe est le sport que j’aime. Elle m’a fait grandir, m’a donné des forces.

 

En quoi la boxe vous a-t-elle aidé dans vos affaires ?

U.K. : Parce que les affaires, c’est comme la boxe. Si on est abattu, si on tombe, on se doit de se protéger. Et garder le moral. Une fois qu’on est tombé, il faut toujours essayer de se relever. La boxe nous construit… Elle permet de développer un caractère solide. Nous avons élargi nos possibilités et, en 2017, j’ai été nommé à la direction de la Fédération russe de boxe.

 

Vous avez été élu, en décembre, président de l’AIBA. Comment se sont déroulés les cinq premiers mois de présidence ?

U.K. : Tout d’abord, je voudrais vous dire comment j’ai œuvré à la direction de la Fédération russe de boxe. Elle était alors en pleine crise. Aux Championnats du monde, en 2017, les boxeurs russes n’ont obtenu aucune médaille. J’ai mené de grandes réformes. J’ai mis en œuvre une stratégie de marketing, et j’ai établi le « Boxing Day ». En 2018, nous avons été nommés « meilleure fédération européenne » par la Confédération européenne de boxe. Et en 2019, nous avons été reconnus par la Fédération mondiale de boxe professionnelle et par l’Association internationale de boxe comme la « meilleure fédération ».

 

Vous continuiez à être actif dans vos entreprises ?

U.K. : J’occupais mon poste de secrétaire général de la Fédération russe de boxe, et à part cela, je faisais des affaires, et je fournissais les moyens aux athlètes de s’entraîner et de faire de la boxe. En un an, j’ai réussi à visiter presque toutes les villes russes. J’ai fait en sorte que le système soit complètement transparent. La communauté mondiale en a été le témoin, car j’ai réussi à organiser les Championnats du monde de boxe et les Championnats d’Europe de boxe en Russie, masculins et féminins. Nous avons gagné des médailles. Puis j’ai voyagé dans le monde entier, me familiarisant avec les fédérations nationales de boxe de différents pays. C’était plus facile pour moi, parce que j’avais moi-même était boxeur. Je n’ai pas atteint un haut niveau parce que je devais aussi me donner les moyens de vivre. 

 

 » J’ai rendu le système plus transparent « 

 

Quelles sont vos priorités immédiates pour l’année prochaine ? Et quelle est votre vision à long terme pour la boxe ?

U.K. : Grâce à mes contacts avec les fédérations nationales, j’ai obtenu la présidence de l’Association internationale de boxe (AIBA), en décembre 2020. J’ai d’abord hésité. Et, un mois avant les élections, j’ai annoncé que j’allais finalement me présenter parce que je ne pouvais plus supporter les faits qui se passaient dans la boxe mondiale. Je voulais que l’AIBA travaille à l’insertion des fédérations nationales, des boxeurs et des entraîneurs, gagne de l’argent et que tout l’argent gagné soit transféré à l’aide et l’assistance aux athlètes et aux fédérations nationales. Dans mon manifeste, il était dit que je résoudrais tous les problèmes de l’AIBA dans les six mois, et que j’effacerais la dette. Et c’est ce que nous avons fait : aujourd’hui, l’AIBA n’est plus endettée.

 

Comment y êtes-vous parvenu en si peu de temps ? Grâce aux programmes de parrainage ?

U.K. : Oui, j’ai mené une vaste stratégie de marché. J’ai rassemblé une équipe d’experts et nous avons collaboré au programme de croissance et de gestion du marché. Nous avons signé avec de grands sponsors.

 

 

Pouvez-vous donner quelques noms de partenaires ?

U.K. : L’un des plus grands partenaires est Gazprom. Ce ne sera pas notre dernier sponsor, bien sûr. Nous prévoyons de collaborer avec d’autres entreprises, et d’être liés avec elles dans des programmes sociaux, pour qu’elles soient activement impliquées. Nous menons des négociations avec de grandes entreprises, mais je ne peux pas donner de noms tant que les contrats ne sont pas signés.

 

Pensez-vous seulement aux entreprises russes ou aux entreprises internationales ?

U.K. : Aux entreprises internationales.

 

Pouvez-vous en dire plus sur le partenariat avec Gazprom ? Quelles sont les synergies ?

U.K. : Le partenariat comprend le fait que nous allons fournir à Gazprom de la publicité et de la communication, en tant que partenaire phare des Championnats du monde. Et nous avons également élaboré un nouveau système de compétition, un nouveau système de tournois, de sorte que Gazprom sera également notre partenaire principal lors de ce tournoi. Nous aurons plusieurs étapes de tournois. La première étape (le niveau le plus bas) est celle des « tournois de boxe de bronze », qui inclura les athlètes débutants. Ceux qui gagneront ces tournois passeront automatiquement au niveau supérieur : celui des « tournois de boxe d’argent » afin de ne pas confronter les boxeurs les plus forts avec les plus faibles. Les meilleurs athlètes iront aux « tournois de boxe d’or ». Bien sûr, nous assurerons une large couverture médiatique. Nous ferons donc des vidéos de boxe, qui seront ensuite publiées partout. Ainsi, les différents tournois seront couverts et présentés par tous les médias.

 

 

À cet égard, je suppose que l’association a signé des contrats avec les principaux acteurs médiatiques du monde ?

U.K. : Oui, nous avons de gros contrats avec les plus grands acteurs des médias, car la moitié du succès de tout projet, et dans tout sport, dépend d’une bonne couverture médiatique et de bonnes relations avec les médias. Plus le sport est populaire, plus il attirera de sponsors.

 

Un contrat a-t-il déjà été signé avec un média français ?

U.K. : Non, pas encore. Nous sommes en train de négocier. Nous aurons des partenaires dans chaque pays. C’est l’une de nos priorités.

 

À la suite des partenariats avec Gazprom, l’AIBA a annoncé un programme d’emprunt offrant des subventions de développement aux fédérations nationales. Pouvez-vous nous dire quel impact cela aura sur le sport ?

U.K. : Ce n’est pas seulement Gazprom qui fait partie de ce programme. Il y a aussi d’autres entreprises, comme Greenhill, qui fournit les équipements de boxe, les gants de boxe… Comme je vous l’ai déjà dit, notre tâche est de faire en sorte que l’AIBA transfère tout l’argent gagné pour aider les boxeurs. Nous aidons d’ailleurs les athlètes eux-mêmes lors des tournois, en leur offrant des récompenses financières. Nous avons mis en place un système de primes comme pour les Championnats de boxe asiatiques d’élite masculine et féminine qui sont organisés à Dubaï ou aux Émirats arabes unis :10 000 dollars pour la première place, 5000 dollars pour la deuxième place, et 2500 dollars pour la troisième et la quatrième places. Pour ce qui est des Championnats du monde, nous avons prévu 2 millions de dollars pour l’ensemble des primes. Pourquoi faisons-nous cela ? Je suis moi-même un ancien boxeur, et je sais combien il est important pour chaque athlète d’être motivé, non seulement pour atteindre des objectifs sportifs, mais aussi pour gagner de l’argent, afin de nourrir sa famille, de se débrouiller pour vivre, d’acheter ses vêtements, par exemple… L’AIBA, l’Association internationale de boxe, est un « foyer » pour les athlètes. Le boxeur doit savoir que lorsqu’il est en difficulté, il peut toujours compter sur sa « famille de boxe », car nous l’aiderons toujours.

 

Un mot de la boxe féminine qui rencontre un succès grandissant. Comment l’AIBA envisage-t-elle de garantir l’égalité des chances dans ce sport, pour les femmes et les hommes?

U.K. : Je soutiens pleinement l’égalité des sexes, je pense que chaque personne devrait avoir les mêmes droits. Nous sommes en train d’augmenter le nombre de catégories sportives, masculines et féminines. L’AIBA est comme une famille. Lorsque vous avez un enfant, que ce soit une fille ou un garçon, il doit être protégé.

 

 

Les Championnats du monde de boxe masculins de l’AIBA auront lieu cette année à Belgrade. Qu’est-ce qu’un athlète et un fan peuvent attendre de cet événement ?

U.K. : Cet événement de boxe sera le plus spectaculaire et le plus beau. Les boxeurs les plus forts du monde entier viendront.

 

Une dernière question, à propos des Jeux olympiques de 2021, au Japon : quelle est la relation entre l’AIBA et les Jeux olympiques ?

U.K. : En ce qui concerne les relations entre l’AIBA et le CIO, la précédente gouvernance de l’AIBA a fait plusieurs erreurs, et je pense que nous devrions remplir toutes les recommandations que nous avons formulées avec le CIO. Pour l’instant, nous avons réalisé et mis en œuvre presque toutes ces recommandations. Nous avons besoin de définir les détails, que ce soit confirmé et résolu. Nous devrions également soutenir nos boxeurs aux Jeux olympiques. Nous devons être transparents, devant nos boxeurs, les fédérations nationales puis devant le CIO. Notre principale priorité, ce sont les boxeurs. Donc, tout d’abord, nous devons être transparents devant nos boxeurs, puis devant le CIO, car c’est lui qui organise les Jeux olympiques. Un troisième aspect est d’être transparent vis-à- vis de nos sponsors, de nos partenaires, de tous les acteurs qui interagissent avec nous. Nos trois principes fondamentaux sont l’honnêteté, la transparence et la stabilité pour nos boxeurs. Parce que lorsqu’une personne se lance dans la boxe, elle doit comprendre qu’elle a un avenir. Si c’est nécessaire, ma mission peut être d’exclure de la boxe ceux qui n’y comprennent rien et ceux qui en sont indignes.

 

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PROPOS RECUEILLIS PAR DOMINIQUE BUSSO