Maxime Durand, co-fondateur et Stéphane Delebassée ont décidé de créer une marque éthique pour accompagner et rémunérer justement les agriculteurs durant la sensible période de conversion au bio. Une initiative entrepreneuriale qui décolle. Rencontre avec l’un des fondateurs de Transition.


 

Quel est le principe de Transition ?

Maxime Durand : Transition est une marque éthique qui aide les agriculteurs français à passer au bio ! Nous proposons une gamme de produits d’épicerie qui rémunère justement les producteurs pendant la difficile période de conversion biologique. En effet, même si le bio fait beaucoup de bruit depuis quelques années, il ne représente qu’environ 9% des surfaces cultivées en France. C’est trop peu pour une méthode de culture qui a autant d’impacts positifs pour la société et l’environnement ! 

Pourquoi il y a aussi si peu de surface permettant d’avoir des production bio ?

M. D. : La raison principale, c’est que le passage au bio est particulièrement compliqué pour un agriculteur. Cela représente 2 à 3 ans de ce que l’on appelle la « conversion biologique » : une période durant laquelle l’agriculteur cultive déjà selon le cahier des charges AB, avec toutes les contraintes que cela impose (chute de rendements, hausse du coût de la main d’œuvre, investissements…) mais n’a pas encore le label et le prix de vente associé. C’est une véritable prise de risque qui dissuade de nombreux producteurs. Chez Transition, nous sommes convaincus que l’agriculture doit se réinventer pour faire face aux enjeux climatiques et démographiques à venir. Nous pensons aussi que les producteurs n’ont pas à porter seuls le poids de cette transition. Nous avons tous une assiette devant nous, nous sommes tous concernés par cet enjeu. Aussi, nous souhaitions donner à chaque consommateur le moyen d’aider les agriculteurs en conversion par un geste simple du quotidien. Notre gamme de produits d’épicerie rémunère justement les producteurs pendant leur conversion biologique et leur permet d’aller plus sereinement jusqu’au bout de leur démarche.

Nous souhaitons dès l’année prochaine accompagner plus de 600 agriculteurs dans leur conversion biologique et 1 000 en 2023 

 

Comment est né ce concept ? Quel est son histoire ? 

M. D. : Le concept est né avec Stéphane Delebassé, un ami d’école. Nous étions alors étudiants à l’ITEEM (Ingénieur Manager Entrepreneur – Centrale Lille) et nous avions l’envie de lancer une entreprise avec un véritable impact social et environnemental. A cette époque, c’est la rude expérience de mon grand-oncle, qui à ses dépens, nous a donné cette idée. Cet agriculteur breton s’était lancé il y a cinq ans dans la conversion au bio. Il n’avait pas anticipé une grande partie des coûts. Ruiné, il a fini par mettre la clé sous la porte. Avec Stéphane, on a trouvé ça complètement fou. Comment un agriculteur qui souhaite cultiver de manière durable peut-il se retrouver seul face à de telles difficultés ? Cette histoire nous a donné l’envie de créer une marque éthique pour accompagner et rémunérer justement les agriculteurs durant la sensible période de conversion au bio. Lancée en 2018, notre entreprise sociale a d’abord créé la marque BioDemain, présente dans différentes chaînes de magasins bio. En avril 2021, nous avons souhaité étendre cet engagement au plus grand nombre et démocratiser l’aide à la conversion en créant une seconde marque « Transition », à destination de la GMS.

Quels sont vos objectifs à court terme ? 

M. D. : A la rentrée, nous passons de 200 à environ 1 500 magasins partenaires sur toute la France. Nous pensons accompagner une centaine d’agriculteurs d’ici la fin de l’année. Nous souhaitons dès l’année prochaine accompagner plus de 600 agriculteurs dans leur conversion biologique et 1 000 en 2023. L’agriculture durable a besoin d’avancer plus vite et nous voulons jouer un rôle fort dans cette transition.

Quel est le modèle économique ? 

M. D. : Le concept de Transition est simple. Nous achetons à un prix juste les produits de ces agriculteurs en conversion, leur permettant ainsi de passer cette période sans frein financier. Le prix juste est fixé avec le producteur et compris entre le conventionnel et le bio. Il prend en compte les surcoûts liés à la conversion. Nous commercialisons ces produits sous la marque Transition et valorisons leur démarche auprès des consommateurs.  Nous nous rémunérons via une marge sur les ventes, afin de financer le développement produit, le packaging, la logistique, la qualité et la communication.