Softbank a proposé un plan de relance pour WeWork, le “géant” des espaces de co-travail. La holding japonaise est également plombée par ses nombreux investissements auprès d’Uber, toujours pas rentable depuis dix ans. 

Dans un portrait paru il y a un an dans les colonnes de nos confrères du Figaro, on pouvait lire Masayoshi Son, PDG de SoftBank, s’amuser en quelques mots : ” J’ai été un temps l’homme le plus riche du monde, devant Bill Gates. Mais j’ai perdu de l’argent si vite pendant le krach boursier des valeurs technologiques que je n’ai même pas eu le temps de m’en vanter auprès de lui. J’ai été aussi l’homme qui a perdu le plus d’argent de l’histoire de l’humanité !” On peut dire qu’avec certains de ses investissements, il est en train de faire honneur à sa seconde réputation. 

SoftBank Group propose d’avancer 5 milliards de dollars (4,5 milliards d’euros) pour maintenir WeWork à flot dans le cadre d’une opération qui ferait du conglomérat technologique japonais l’actionnaire majoritaire de l’entreprise américaine de location de bureaux en partage, ont déclaré lundi à Reuters des sources proches du dossier.

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WeWork pourrait être à court de trésorerie dès le mois prochain sans nouveaux financements, ont dit les sources. En 2018, l’entreprise a réalisé une perte nette colossale de 1,9 milliards, soit presqu’autant que son chiffre d’affaire de 1,7 milliards. Valorisée à plus de 47 milliards de dollars, la “licorne” a levé plus de 13 milliards de dollars depuis sa création en 2010. Eu égard aux catastrophiques résultats financiers, la valorisation pourrait plutôt tourner autour des 8 milliards de dollars. L’entreprise a renoncé le mois dernier à un projet d’introduction en bourse face aux doutes des investisseurs, qui s’inquiètent de ses pertes massives, de la viabilité de son modèle et de la gestion du cofondateur et ancien directeur général Adam Neumann, désormais président du conseil.

SoftBank a investi dans 29 licornes

SoftBank contrôle déjà environ un tiers du capital de WeWork via plusieurs investissements successifs d’un montant total de 10,6 milliards de dollars. Le conglomérat nippon pourrait posséder à l’issue de l’opération entre 60% et 80% de WeWork mais cherchera à ne pas consolider l’entreprise dans ses comptes, a dit l’une des sources à Reuters.

Le cas de WeWork rappelle, dans une certaine mesure, celui d’Uber. Le leader mondial des VTC a fait son entrée en bourse en mai dernier, sans doute la plus attendue depuis celle de Facebook en 2012. La firme fondée par Travis Kalanick, a mis sur le marché des actions à 45 dollars, dont la valeur est tombée en une journée à 41,57 dollars. Le cours de l’action vivote au moment de l’écriture de ces lignes autour de 31,40 dollars. 

Créée il y a 10 ans – déjà ! -, Uber n’a jamais été bénéficiaire sur une année. Au premier trimestre 2019, elle affichait une perte nette de 1 milliard de dollars. Et même plus de 5 milliards juste avant son entrée en bourse. Malgré ses 81 millions d’utilisateurs mensuels, la firme ne trouve toujours pas de quoi arriver à l’équilibre. 

Après tout, tel est le modèle de ces deux entreprises : WeWork comme Uber ont cherché à atteindre rapidement des positions monopolistiques sur le marché, en tablant sur une hyper croissance à l’échelle mondiale. Mais face à des marchés européens et américains pas si dynamiques que l’ont espéré les firmes, l’accroissement d’échelle de ces firmes ne peut se faire sans de lourdes levées de fonds, qui viennent aussi bien soutenir leur croissance… que compenser les pertes. 

Et que dire des 29 autres licornes dans lesquelles SoftBank est un investisseur majoritaire, si on se réfère à la base de données de CB insight ? On peut citer, par exemple, ses investissements au sein de Didi Chuxing, qui contrôle 90% du marché… des VTC en Chine. Et qui a réalisé une perte d’exploitation de 1,6 milliard de dollars en 2018… On ne sait si tous ces paris seront payants…